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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Histoires en série d'une chaussure terre à terre.

Odyssée ordinaire et plantaire.

Une petite fable pour ne pas lasser le lecteur.



    Revenons à la réalité prosaïque de nos petits clubs en oubliant les divagations cordonnières de la chaussure haute technologie. Ici le soulier ne connaît pas la diversité, l'amateur ne dispose pas d'une vaste panoplie d'outils pour affronter les pelouses de la région.

    Bien heureux déjà celui qui peut compter jusqu'à deux pour faire la paire. Le négligent en laisse souvent au moins une à la maison et s'aperçoit de la bourde en ouvrant son sac dans le vestiaire adverse. C'est la consternation dans les rangs des compagnons de celui qui n'est pas unijambiste et se trouve donc dépourvu d'un élément indispensable à la pratique de sa passion.
    Satisfait celui qui maintient match après match, sa paire chérie encore en vie. Il la rafistole, l'emballe, la colmate tant bien que mal au grand dam d'un trésorier qui voit d'un mauvais œil cet acharnement thérapeutique qui lui coute si cher en 'Élastoplast'. Pourtant, jusqu'à leur trépas, il ne se séparera pas de ces épaves qui le font gagner, il en est persuadé.

    Bricoleur ce garçon qui se déplace avec dans son sac, pinces et embases, tir fond et crampons, marteau et clef anglaise. Avant chaque match, il change ses crampons, s'énerve et brise un pas de vis. Il démonte, remonte, râle et s'emporte. Il sort bon dernier de ce qui lui sert d'atelier dominical et évite ainsi une bonne partie de l'échauffement. Il fera la suite en levant le pied.

    Étonné ce dépensier invétéré qui se veut toujours à la pointe de la mode sportive. Il dépense sans compter dans le soulier coloré, profilé et estampillé d'une marque célèbre. Il réserve la surprise de la nouvelle acquisition pour un jour de match à la maison. Avant la première mi-temps, il appellera au secours pour qu'on aille lui chercher une autre paire plus ordinaire. Il finira perclus
d'ampoules.

    Agenouillé ce roi du lacet défait. Il se refuse à les couper, ne parvient jamais à réaliser le nœud qui tient toute une partie. S'arrête à tout moment pour refaire une boucle double et se prend parfois les pieds dans celle-ci. Curieusement, dans les vestiaires, après un match bien dénoué, il ne parviendra pas à se défaire de ses chaussures si attachantes.

    Étalé le prince de la glissade, le roi de l'instable. Il est chaussé de  crampons moulés, les seules chaussures qu'il supporte malgré un poste qui exige un ancrage dans le sol. Il ne tient pas le pavé, se vautre et provoque la chute de sa mêlée. Il ne comprend pas, lui qui est si bien dans ses délicats chaussons !

    Rehaussé l'inconditionnel du crampon vissé de 16 mm, qui, quel que soit le terrain, se perche sur ces appendices rutilants en aluminium. Quand le terrain est sec ou dur, il traîne sa misère mais, pour rien au monde il n'abandonnera ces petits millimètres de plus qui le rapprochent des étoiles. Allez savoir pourquoi, il vénère notre bon président de la république.
    Désespéré l'entraîneur qui constate l'état lamentable des souliers de ses guerriers. Il compte sur les doigts d'une main les appliqués qui cirent l'outil le samedi soir à la maison. Les autres enfilent des godasses crottées, rigides et ternes. Le bon ouvrier respecte son matériel et à voir les pieds de son équipe, il doute déjà du résultat à venir.

    Méticuleux enfin, celui qui lave ses godillots après la partie. Il les a quittés avant de rentrer dans les vestiaires pour complaire au gardien du lieu. Il les a décrottés contre un système destiné à cet usage et que bon nombre de ses camarades ignore superbement. Il les passe sous la douche avant de les sécher et de les bourrer d'un papier journal de couleur jaune. Il n'oubliera pas de les retirer du sac en rentrant à la maison avant que de les passer à la graisse de phoque, un produit introuvable de nos jours.

    Godassement vôtre.
   

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