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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ici, la paix niche !

Dame Yvolyne II

 


 


Christiane et José n'ont hélas plus bon pied ni bonne santé. Mais ils ont encore le regard qui pétille lorsqu'ils évoquent leur Yvolyne, la prunelle de leurs yeux, une péniche logement, tout à fait capable de naviguer encore, d'autant que nos deux octogénaires disposent du permis ad hoc.

 


 

Je les ai surpris à leur descente de la passerelle métallique. José devant pour assurer Christiane et ses béquilles. Ils avaient l'air tout aussi étonnés de voir en face d'eux un bâton de pèlerin, un gros sac à dos et son porteur en sueur. Je m'enquis de savoir s'ils connaissaient un logement dans le secteur : hôtel ou chambre d'hôte à proximité.

 


 

Est-ce mon état déplorable ? Ils me proposèrent immédiatement de me conduire dans un hôtel. Si la conduite de José me préoccupa, l'endroit où me conduisirent m'inquiéta bien plus. Le long de la Nationale 7, le marcheur est un naufragé en puissance. Je leur expliquai qu'il ne me fallait pas m'éloigner du centre ville en leur demandant de me reconduire au port.

 


 

Sur la route, ils m'avaient donné l'eau à la bouche en me racontant l'histoire d'Yvolyne II, leur péniche magnifique. Comme ils me virent prendre des notes, leur curiosité fut tout autant piquée que la mienne. C'est tout naturellement vers elle que nous revînmes, José se proposant de me faire l'honneur d'une visite à l'expresse condition de quitter mes godillots ...

 


 

Yvolyne II est entrée dans leur vie en 1996. C'est à Compiègne que vivait ce jeune couple, réuni au hasard de la vie après une rencontre aux États Unis en 1982 où Christiane fut tour à tour enseignante de français, esthéticienne et responsable d'un centre de remise en forme. Ils se retrouvèrent en France cinq ans plus tard. C'est quand ils eurent envie de changer d'air que la péniche fit son entrée en Seine !

 


 

Christiane avait beaucoup bougé, voyagé dans ses existences antérieures. La Normandie, puis la Tunisie, le Maroc, les États Unis furent ses ports d'attache. De retour elle voulait continuer à naviguer et c'est pour ça, qu'en tout bien tout honneur, José la conduisit en bateau ! Ils écumèrent les canaux de France, d'Allemagne, de Belgique et de Hollande à bord de leur maison.

 


 

Yvolyne est, vous n'osez le croire, née le même jour que José : le 17 novembre 1930, le certificat d'immatriculation faisant foi. José est bricoleur, il alla chercher une grue en Hollande pour transformer une péniche laborieuse en belle résidence principale. Six années de travaux intenses ici même à Roanne, durant lesquelles le couple vécut à l'étroit dans l'ancien logement des mariniers, là où je suis quand j'écris ces lignes.

 


 

La péniche fut rehaussée, habillée, aménagée, viabilisée, modernisée. Il ne manque rien au confort moderne dans ce grand espace très agréable, fonctionnel et lumineux. Yvoline II est la résidence principale du couple, elle leur demande beaucoup d'énergie. Ce jour-là mes deux hôtes avaient briqué le bateau de la soute au pont. Christiane était épuisée.

 


 

Pourtant, ils n'hésitèrent pas plus d'une minute, le temps pour une Christiane jamais assez prudente, de vérifier ma carte d'identité et me proposèrent de dormir à l'arrière du bateau, dans les appartements historiques. Je trouvai extraordinaire que ce fut la dernière péniche du bout du quai qui fut la première à m'ouvrir sa passerelle alors que depuis Briare, j'ai marché le plus clair de mon temps le long des canaux.

 


 

 

Je les ai laissé profiter d'un repos bien mérité dans leur logement spacieux. J'allai bien vite dans la bonne ville de Roanne, avaler avec des baguettes mon plat de nouilles quotidien (elles furent chinoises, d'où ce détail superfétatoire ) puis je revins au bout du quai, à deux pas de la Loire, vous narrer cette histoire de marinier en goguette.

 


 

Canotiquement vôtre

 

 

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Le ch'timi 19/07/2011 18:00



Cher Bernard,


Quel luxe ! Dans les années 70, j'ai habité quelques mois sur une péniche ( celle de Dick Annegarn ) ancrée sur la Deûle à Lille...des sacrés souvenirs...


L'Éclusier Lyrics


Jacques Brel



L'éclusier
Paroles et Musique: Jacques Brel 1968

Les mariniers
Me voient vieillir
Je vois vieillir
Les mariniers
On joue au jeu
Des imbéciles
Où l'immobile
Est le plus vieux
Dans mon métier
Même en été
Faut voyager
Les yeux fermés.

Ce n'est pas rien d'être éclusier

Les mariniers
Savent ma trogne
Ils me plaisantent
Et ils ont tort
Moitié sorcier
Moitié ivrogne
Je jette un sort
À tout c'qui chante
Dans mon métier
C'est en automne
Qu'on cueille les pommes
Et les noyés

Ce n'est pas rien d'être éclusier

Dans son panier
Un enfant louche
Pour voir la mouche
Qui est sur son nez
Maman ronronne
Le temps soupire
Le chou transpire
Le feu ronchonne
Dans mon métier
C'est en hiver
Qu'on pense au père
Qui s'est noyé

Ce n'est pas rien d'être éclusier

Vers le printemps
Les marinières
M'font des manières
De leur chaland
J'aimerais leur jeu
Sans cette guerre
Qui m'a un peu
Trop abimé
Dans mon métier
C'est au printemps
Qu'on prend le temps
De se noyer


Amitiés


Patrick



BR 22/07/2011 17:31



Patrick


 


Là, vous ne me surprenez pas et j'avais pensé à cette illustration.


 


Mais ne voulant pas vous ôtez le pain de la bouche, je vous est tendu la perche !