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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Rite païen ?

 

Casse-croute masculin.

Les tripoux de Larderolles.


J'ai eu le plaisir d'assister à une bien étrange cérémonie païenne, un rituel qui eut pu sortir de la forêt des Carnutes ou d'un album d'Astérix. Mais c'est chez mes amis Rutènes que se déroule cette Bacchanale sacrée.


Il est bientôt neuf heures en ce dimanche matin et tous les hommes d'alentours se pressent sous la halle du village de Larderolles. Ils n'iront pas à la messe, ils viennent célébrer ici l'union de la tripaille et de la semaille. La fête des moissons bat son plein et comme partout dans cette région, pour se retrouver dés matin, on organise un tripoux festif !


Les tables sont dressées. Des hommes forts comme la terre sait les engendrer se pressent comme à confesse pour prendre un petit déjeuner à leurs manières rustres et ô combien sympathiques. La saucisse sèche fera bien mieux l'affaire que la confiture, le pain croustillant et croquant remplacera aisément nos amis les croissants.


Mais les rois de la fête, la tête d'affiche tripière, le nec plus ultra de la gastronomie matinale, se sont les tripoux à la mode de chez nous. Petit cube délicat de chair et de jambon, d'un peu de tripes et de beaucoup d'amour, ils baignent dans un jeu de vin blanc et d'épices qui vous émerveille les papilles à cette heure matinale.


La pomme de terre dans sa robe des champs vient s'imprégner des parfums multiples que nous offrent sauce et délice. Elle est la reine de l'alimentation locale. Avec le tripoux elle trouve l'un de ses plus beaux rôles avec naturellement celui qu'elle se presse de jouer avec l'aligot d'Aubrac.


La coutume se pare parfois de biens vilains atours. L'autochtone se prend alors pour celui qu'il n'est pas. De plus précieux, de beaucoup trop délicats demandent à la place de la tripe des œufs au jambon ; une version aveyronnaise des œufs au bacon de nos voisins anglo-saxons.


Ils n'en restent pas moins de solides gaillards qui accompagnent tout ça de quelques verres de vin rouge pour ne jamais qu'on les confonde avec les buveurs de thé. Ils poursuivent alors leur mise en bouche par quelques fromages de ce pays généreux. Un cantal qui ne fait pas semblant d'avoir du goût et un bleu qui vous emmène aux cieux.


Pour finir sur une petite note salée ; seule concession notoire au petit déjeuner coutumier, un fruit de saison vient achever la subtile collation. Pour honorer le culte au bien vivre et au dieu Cholestérol, une bouteille de Perrier circule d'entre les rangs. Elle permet d'exhaler des parfums de fruits qui vous réjouissent le gosier tout en le brûlant un peu.


Un café vient rappeler à tous que ce n'est qu'un petit déjeuner qu'ils viennent de se mettre en bouche et que bientôt midi sonnant, il faudra se remettre à table pour des mets bien plus conséquents. En attendant l'heure prochaine et histoire de tuer le peu de temps qu'il reste, la troupe des costauds, des forts en gueule et de tous ces gros bras se regroupe en grappes compactes autour d'une buvette pour un petit apéritif d'attente.


Tous ces gentils messieurs, dépositaires d'un art consommé du bien vivre d'autrefois se font servir ça va de soi par une troupe de serveuses bénévoles à leurs petits soins. Le service se fait à table et le mangeur ne doit pas se lever.


Le ton monte bien vite sous le grand hangar. Les voix sont sonnantes et les propos rugueux. Les gestes accentuent le grondement naturel de cette ruche bourdonnante de messieurs heureux aux visages rubiconds et aux ventre rebondis. Le travail au grand air sans doute expliquant cela.


De charmantes demoiselles viennent se mêler aux convives. La jeune génération entend bien s'approprier la coutume en la partageant un peu mieux en les sexes !


Tripetboyautement vôtre


Cette fois je suis rentré à Cenabum, la boucle est achevée, le bonhomme aussi.


 

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