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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Il n'en pouvait plus ...

Les risques d'un métier tant décrié …




JF est mon voisin d'en face. Dans l'anonymat de nos collèges, les portes sont souvent fermées et la solitude pèse d'autant plus quand elle se vit entourée d'une multitude. Pourtant la sienne est toujours ouverte tout comme la mienne. Mais un savant quinconce architectural nous a fait presqu'étrangers l'un à l'autre.

Des récréations trop courtes où personne ne se retrouve vraiment. Les élèves ont tout juste le temps de prendre l'air, les plus chanceux de se rendre aux toilettes. Les adultes 'dropés', d'avaler à la va vite un café et les autres de faire quelques photocopies. Le temps presse, la parole est de façade, elle ne dit jamais les douleurs quand il y en a.

Lundi, lors de cette pause minuscule, JF a juste eu le temps de me dire qu'il n'en pouvait plus. Les troisièmes rentraient de stage, une heure seulement de cohabitation et il n'en pouvait plus. Vous aviez lu le portrait du jeune « M », JF lui doit subir les frasques analogues de la demoiselle « K ». Mêmes dysfonctionnements permanents, même toute puissance, même incapacité institutionnelle à gérer la demoiselle.

« K » arrive quand elle veut, se met au travail quand ça  lui chante, part pour un oui et surtout pour un non. « K » parle à haute voix, ignore subliment celui qui doit pourtant lui apprendre les techniques de base de la vente. JF n'en  peut plus, il l'a dit à maintes reprises mais voyez-vous l'obligation scolaire est plus important que la santé des professeurs !

Pas une synthèse sans que « K » et « M » ne soient évoqués. J'ai à plusieurs reprises mis par écrit les appels de détresse de mes collègues qui ont à  subir ces trublions sans trouver réponse satisfaisante. JF disait son angoisse de retrouver la jouvencelle. Il redoutait son retour après trois semaines de bonheur et de quiétude … (elle était en stage).

Deux petites heures auront suffi pour que la triste réalité d'une maison qui ne mérite plus de se nommer « Éducation Nationale » revienne en pleine face de ce pauvre JF. Il n'en pouvait plus, il  voyait les vacances s'approcher, il les espérait mais il n'a pas pu patienter. Son corps a hurlé ce qu'il ne parvenait pas à nous faire comprendre.

Oh, rassurerez-vous rien de grave à signaler. Aucun Inspecteur, pas de Ministre ni de caméras pour venir à son chevet. Son cœur a battu la chamade tout simplement. Il nous a fait un joli coup de tension, nous qui ne lui accordions pas assez de notre attention. Le Samu a gentiment évacué la victime collatérale de la guerre à l'institution que mènent quelques gamins perdus qui ont totalement manqué de cette éducation qu'on ne peut restaurer en nos murs.

JF sera en vacances avant les autres. Ses élèves n'auront pas cours, des parents vont se plaindre de la légèreté d'une institution où l'on se met si facilement en congé de maladie. JF va se reposer, il en a bien besoin. Dans trois semaines, dans un mois peut-être, quand il reviendra, rien n'aura changé. « K » et « M » feront la loi, la leur, pas celle des adultes ni même celle de notre société.

JF retrouvera la même angoisse, les mêmes difficultés, la terrible impuissance que l'on éprouve tous face à ces enfants, maîtres de tout sauf d'eux-mêmes ! Je ne sais s'il aura le courage de replonger dans la fosse aux lions. S'il le fait, il sera à nouveau en grand danger. Rien ne changera vraiment, les valeurs de notre société ont basculé. Des « K » et des « M » sont légion. Ils sapent de l'intérieur un système que nos responsables veulent abattre. La chute aura de nombreuses conséquences humaines dans le silence assourdissant de notre ministère de la guerre ordinaire !


Correspondantdeguerrement vôtre.

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Patrick 16/12/2010 11:30



Ceci a malheureusement toujours existé. Sauf que les "instituteurs" (comme on les appelait) avaient un "pouvoir" reconnu et les parents un "devoir" appliqué. La mère élevait les enfants et le
suivi scolaire s'en trouvait souvent renforcé. Le père lui survolait les résultats. J'ai (nous) avons connu l'école du respect de l'autre, de la crainte du maitre. Le maitre "tapait" quand il
le fallait et l'élève nou sa famille ne portait pas plainte.


Et puis tout s'est relaché. Meme chez moi. Et pourtant  je n'ai jamais cessé ma vigilance. C'est une marque de notre époque actuelle où le "professeur des écoles" (comme on le nomme
maintenant) transmet des connaissances, et non plus des règles de vie.


Je suis profondément choqué de ce qui arrive à JF. Et il n'est pas le seul malheuresement.


Notre socièté part en vrac.


Impuissament tien



BR 17/12/2010 06:41



Patrick


 


Tout a basculé quand les parents sont entrés dans l'école. Non pas que leur participation fut néfaste mais dans certains esprits chagrins, la critique, le dénigrement; le désaccord devinrent des
sports nationaux.


Tout est sujet à contestation. Le redoublement, la note, le choix des contenus, la façon de conduire la classe, les propos tenus.


Avant, la parole du maître n'était pas discutée ni discutable.


Maintenant des enfants entendent chez eux le plus grand mal de ces fainéants.


 


Quand l'arbitre n'est pas respecté, on voit ce qui se passe sur les terrains de foot.


les classes sont devenues celà !


 


merci