Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Il n'y a pas classe aujourd'hui !


En désespoir de cause perdue …




    Je ne suis pas à mon poste aujourd'hui. Ce n'est ni dans mes habitudes ni dans mes croyances. J'ai toujours émis les plus grands doutes sur l'efficacité d'une journée de grève et m'en suis exprimé ici. Faire classe est de loin, l'acte le plus subversif dans un contexte politique où, l'existence même de l'Éducation Nationale est en jeu.

    Nous sommes confrontés sur le terrain à une bataille d'arrière garde pour maintenir, contre directives et baisses des subventions, contre impositions contradictoires et surcharges de tâches inutiles, ce qui reste de l'ascenseur social. Il y a maintenant des écoles à plusieurs vitesses et dans les quartiers ou les structures de relégation, nous devons nous satisfaire de maintenir l'illusion de l'instruction quand l'éducation même n'est plus au rendez-vous !

    Nous allons dans le mur, les enfants ont perdu toutes limites, s'imposent en petits rois à qui il  n'est plus possible de demander le moindre effort ni même les marques élémentaires du respect et de l'attention. L'école périphérique est devenue un champ de bataille, un espace de désordre, d'incivilités diffuses, d'insultes et de petits coups entre mêmes. De la rue à la cour, il n'y a maintenant plus de rupture : les mêmes comportements, le même langage ont droit de cité entre nos murs.

    Mais de ça, vous n'entendrez rien aujourd'hui. Il faut taire cette dégradation infernale, nier la baisse des compétences, l'effondrement abyssal du niveau global. Tout est organisé pour créer l'illusion d'une mission qui perdure malgré tout grâce au courage des enseignants. Mensonge que tout cela ! Il n'est plus question de travailler mais d'organiser une garderie sociale tant bien que mal.

    Alors oui, surcharger les classes, réduire les moyens, créer des inégalités scandaleuses entre les établissements, tout cela n'a plus guère d'importance. Il n'y a aucune volonté de mettre en œuvre une véritable politique éducative. Toutes les mesures s'inscrivent dans la logique de l'anéantissement de ce merveilleux héritage de la troisième république.

    La liste est longue de ce malaise, qui reste étrangement silencieux dans une opinion, largement influencée par la stratégie du mépris orchestrée par une droite arrogante et arcboutée sur la constitution de privilèges pour les siens. Les enseignants ne sont plus formés à leur métier, le budget de fonctionnement ne permet pas d'acheter des manuels à chaque élève, il faut faire des restrictions de chauffage pour tenir tout l'hiver, le parc informatique n'est pas entretenu, les remplacements ne sont plus assurés, les postes de surveillants viennent à manquer, les agents en font toujours plus en étant toujours moins, ....

    Je suis moi aussi confronté à des situations intolérables. À deux pas (plus d'un kilomètre que les élèves doivent faire à pied pour aller déjeuner) d'un collège flambant neuf,  une section vit dans une lente dégradation matérielle. Mais il n'en faut rien dire, ne pas se plaindre. J'avais à l'époque de cette forfaiture demandé l'intervention d'un parlementaire afin qu'il saisisse la Haute autorité des luttes contre les discriminations. Il n'en fit rien et m'a même menacé depuis, de poursuites judiciaires si j'évoquais son inaction dans ce dossier. J'en eus des sueurs froides !

    Nous sommes impuissants, bâillonnés par un devoir de réserve que ce pouvoir de plus en plus procédurier, ne manque pas de mettre en avant quand les aberrations sont dénoncées au nom de la désobéissance éthique. La rue est notre ultime recours, la situation est si grave qu'il en va maintenant de la survie de notre système éducatif égalitaire. Je n'évoque pas ici, les souffrances silencieuses des adultes, confrontés aux tumultes des classes, aux mépris de l'administration et de plus en plus de famille, aux lourdeurs des tâches administratives, aux surcharges de travail. Un  ancien ministre de l'Éducation, sur Inter ce matin, évoque même un « Vandalisme d'État » : pour une fois je ne lui donne pas tort !

    Grévistement vôtre.
    

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article