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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Il vaut mieux se stère !

 

A trop tirer sur la corde ...

B1-.jpg 

L'hiver a ceci de remarquable qu'il faut, à la moindre occasion, mettre du feu dans une cheminée, qui dévore les bûches plus sûrement que les convives en fin de repas. Hélas, l'énergie renouvelable ne s'obtient pas sans effort. Et contrairement aux idées reçues, le stock de bois n'est nullement éternel, et, tôt ou tard, il doit être reconstitué.

 

Un quidam de passage, perché sur un tracteur, sa femme sur le marche pied lui servant de gyrophare, arriva tel un sauveur, en ce dimanche de l'après. Il venait déposer au pied d'un sapin synthétique, ultime concession à la modernité d'une autre ère, six stères d'un bois de chêne fendu et coupé en un mètre de long.

 

Il en faut de la conviction tiers-mondialiste pour bouder la bûche de Noël et se préoccuper de fournir en bon bois de chez nous, des amis d'occasion, des clients de panés, ce vieux légume ressurgi de son passé tubercule, pour briller à nouveau dans nos purées contemporaines.

 IMG 0777 tracteur[1]

Tandis que le livreur et le client amical se congratulent autour d'un café plus équitable que partagé, deux comparses s'affairent déjà à déplacer cette montagne de bois. Ce petit personnel hybride et si mal considéré est composé d'un futur gendre putatif et d'un invraisemblable beau frère, de ceux qu'on ne choisit pas.

 

Pendant que les subalternes suent, quintent, geignent, le vendeur d'échardes et son obligé, se lancent dans des digressions d'autant plus utiles qu'elles traînent en longueur. Elles les emmenèrent à moitié tas de bois, ce qui, il faut l'avouer, quand on a rien à dire, est déjà un bel exploit !

 

Un chèque en bois, fendu dans la longueur et barré comme il se doit, notre tracto-mobiliste pouvait s'en retourner vers ses pénates, heureux de sa sortie dominicale sur son fier et pétaradant cheval vapeur. Il se moqua bien du petit personnel au passage, on ne peut attendre de considération des petits patrons du monde agricole !

 

Ayant usé de tous ces prétextes et alibis fallacieux, le maître de maison se vit contraint de mettre la main à la patte de bois pour achever la besogne. Un bon coup de collier qui redorait un blason bien mal en point depuis de longues minutes...

 bois2489[1]

Il y a des moments dans la vie où nul ne s'expose au risque fâcheux de l'hypoglycémie. Notre trio enfin réuni dans un même labeur ne risquait pas la faiblesse insidieuse. Ce qu'ils avaient dévoré depuis quelques jours les mettaient à l'abri de tout besoin et de la plus petite faiblesse morpho-biologique. Ils étaient même en droit de se féliciter de ne point avoir céder, quelques heures plus tôt, à la tentation démoniaque du foi gras régional.

 

Un peu de tempérance permet de mener à son terme la tâche harassante et les bûches s'empilaient comme des  fœtus de paille. La sueur dégoulinait de quelques fronts adipeux et cet effort valait bien tous les réconforts préalables !

 

Pendant qu'ils achevaient leurs va et vient incessants, en tout bien tout honneur, alourdis de ce vin de champagne qui ne venait pas d'une Marne pouilleuse, leurs épouses légitimes, baronnes en ces lieux, revendiquaient l'éternelle infériorité physique d'une moitié de l'humanité. Réduites au rôle des utilisatrices passives des feux de cheminée, elles poursuivent comme si de rien n'était une partie de Wasabi, jeu aussi imprononçable que commode quand il s'agit de s'épargner des efforts.

 

Les porteurs épuisés regrettaient amèrement ce manque de solidarité et pestaient concomitamment contre un absent, électricien de son état, allier objectif de la fée électrique et du pouvoir EDF réunis. Lorsqu'il faut lutter contre le réchauffement de la planète, nombreux sont ceux qui usent du moindre prétexte pour se désolidariser de cette noble cause.

 

Cheminement vôtre.

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