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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 07:01
- Publié dans : Ethnologie sportive - Communauté : Les rugbymens
Loin de son petit coin de terre …

À Philippe; Laurent, Thierry, Jean Pierre et tous les autres …


    Un homme seul, si loin de chez lui, loin de son petit coin de terre, arrive en territoire forcément hostile. Il a tourné à la périphérie de ces innombrables villes où nul panneau n'indique les terrains de sport. Tristesse permanente de nos équipements sportifs, loin du cœur des cités, loin du confort et de la capacité d'autres nations où brûle la flamme sportive.

    Il trouve enfin un parking sinistre et inquiétant, coincé au pied d'immeubles ternes et sans espace de jeu. Il ferme à double tour (ce qui est strictement impossible) une automobile qu'il espère retrouver dans quelques heures. Il prend son sac et pénètre dans l'enceinte de la tragédie à venir.

    En sortira-t-il grandi et respecté ou bien dépassé et vitupéré ? Pour l'heure, il doit trouver les dirigeants locaux, obtenir les clefs de son petit espace privatif, un vestiaire le plus souvent minuscule et toujours borgne. Il y accomplira sa mission administrative à la seule lumière d'une ampoule vacillante. En France, tous les architectes se sont donné le mot pour consentir aux arbitres des lieux obscurs, des petits cagibis sans fenêtre. Comment voulez-vous éclairer le jeu de leur présence rayonnante dans ces conditions ?
    Il se trouve coincé entre le matériel d'entraînement, le compresseur et parfois, les chasubles qui sèchent ou qui empestent. Il peut s'estimer heureux si son petit espace a été débarrassé des traces de boue de la veille ou de la semaine précédente.

    C'est là qu'il va vérifier la feuille de match, ce document sorti du cerveau tortueux d'un recalé de l'école nationale de l'administration. Il faut tout contrôler, tout vérifier, la feuille et les licences, le passe-port médical et les signatures, les mentions légales et les indications conjoncturelles. Il cherche la petite bête, celle qu'on ne manquera pas de lui retourner  à la face à la moindre anicroche. Sa responsabilité peut être engagée par un assureur intraitable, un tribunal impartial, des clubs implacables.

    L'administratif provisoirement repu, place au sportif. Il a parfois la visite d'un entraîneur spécialiste du contournement de la règle, à l'affût de la note de bas de page, du renvoi circonstancié. Celui-ci lui explique une stratégie vaseuse, douteuse ou oiseuse pour refuser l'épreuve de force dans un domaine d'insigne faiblesse pour sa formation. Monsieur l'arbitre l'écoute par politesse, il n'en fera bien qu'à sa tête quand il dirigera les débats !

    C'est au tour des capitaines de lui faire l'honneur d'une visite. Il répète inlassablement toujours les mêmes recommandations, les mêmes mise en garde,les mêmes avertissements liminaires. Il est alors seul maître à bord y compris avant Dieu, représenté ici bas par un directeur de match bavard et  gourmand encore en phase de digestion.

    Quand sa culture personnelle l'y pousse, il propose une conférence aux hommes de devoir, les premières lignes qui vont s'affronter bientôt. Ils tiennent un symposium musical pour déterminer le rythme des quatre temps d'une valse qui ne doit pas se transformer en gigue. Notre homme est le maître du tempo, le roi de la séquence syncopée. Gare à celui qui devance son entrée.
    Il se prépare mollement, il est préférable de préserver ses forces pour ce qui suivra. Sa science de l'arbitrage est maintenant telle qu'il peut se déplacer à l'économie, anticipant les coups de folie et retardant quand c'est nécessaire les impétueux. Il est prêt pour ces minutes cruciales qui feront de lui le centre de ce petit monde, le censeur intransigeant, le juge inflexible, le guide spirituel.

    Rien ne lui coupera le sifflet pendant ces quatre-vingts minutes de totale maîtrise sur les évènements et les hommes. Il aura alors le destin de la rencontre entre ses mains. À ce moment là, il ne se sent plus seul, il est un au-dessus de trente autres, un parmi tous les autres. Puis le coup de sifflet final donné, il redeviendra cet homme seul dans son petit réduit exigu.

    Si-seulement vôtre.
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