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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Il y a des cruautés qu'on n'oublie jamais.

Mille lectures d'hiver

À Odile & Alain
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Le drame aux Camélias

"Il y a des cruautés qu'on n'oublie jamais.
Pour moi, ce n'est pas la guerre ni la bombe atomique."  Tsubaki


    Un voisin, un ami, un collègue vous convie un soir en sa demeure. Non point pour un de ces fameux apéritifs dinatoires qui s'interdisent tout à la fois la somptuosité de notre gastronomie et la magnificence de nos beaux vins de France, mais une soirée, rendez-vous conte, dédiée à la lecture et au partage. Un livre sera le plat principal, servi par un passeur de talent, un comédien lecteur qui vous prend par la voix pour partager un texte qu'il aime.
 
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    Christiane Mariez offrit « Le poids des secrets » aux amis d'Odile et Alain. Au rythme doux d'un sanglot retenu, elle nous conduit au cœur de l'épouvante ; Yukiko, une survivante de la bombe de Nagasaki, libère son silence. À son petit fils, elle livre sa vision du drame, étrangement distante, compréhensive même pour les américains, froide analyse des intérêts qui se sont joués en ce 9 aout 1945. Le poids de son secret est ailleurs et notre lectrice ne nous en dévoilera qu'une partie …

    Christiane Mariez laisse son public dans l'expectative, elle se montre plus habile que ces quatrièmes de couverture qui libèrent en quelques lignes, la clef du mystère. Nous n'en saurons pas plus et ceux qui veulent partager le secret poursuivront seul, la lecture de ce petit roman et des ses quatre autres variations.

    L'essentiel est ailleurs, les prochains convives du buffet à venir vont échanger, converser, disserter, polémiquer peut-être, s'enflammer aussi. La littérature, les bambous, les camélias, la bombe et le japon sont au centre des conversations. La météo n'intéresse enfin plus personne et il n'est ni question de sport ni de télévision. Un pur régal, une plongée dans l'humanité.
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    Les échanges sont parfois étranges, d'une gentille futilité : elle atteste que derrière chaque lecteur se cache une vison personnelle du Monde. Les Camélias, la fleur emblématique de cette dame du drame, peuvent-ils pousser dans une forêt de bambous ? Les racines du mal ne sont plus, l'espace de cette interrogation botanique, la folie des hommes et du plutonium ..
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    Tsubaki, l'auteur, est une japonaise qui écrit en Français et vit au Canada. On apprend alors que l'avocat du roman supplée le notaire de nos traditions, que son écriture est influencée par le pragmatisme anglo-saxon, un terme qui me fait froid dans le dos après l'entrée en matière fissile à laquelle nous eûmes droit.

    Nous nous risquons aussi à la téléportation. De lecture de salon, cet espace cossu et agréable, nous nous retrouvons dans une gare, espace qui dégrade une littérature qui n'en serait pas une. Le débat prend un nouvel itinéraire, tous les chemins de mots ne nous mènent pas à l'Institut de France.
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    Qu'est-ce que la littérature ? Qu'est ce qui permet à une des auditrices de franchir la ligne jaune et de minimiser ainsi l'œuvre de Tsubaki ? Le rythme binaire de ses phrases courtes. Le passage de l'universel au sordide des secrets de famille. La profusion maladroite des dialogues retranscrits. La précision chirurgicale des mots, des images, des phrases de ce petit jardin japonais qui désoriente  l'aventurier des mots exubérants ...

    Des hommes et des femmes parlent de livres et de mots, d'images et de sensations. Ils osent confronter ce qui ne peut jamais se partager : le ressenti. C'est une expérience merveilleuse, un retour à l'âge de nos bien trop anciennes études. Le buffet n'interrompra pas les controverses, quelques mets délicats viendront alimenter la métaphore, quelques vins coquins libéreront les dernières bouches closes.

    Lecteurgourmetement vôtre.

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