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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'eau file entre les doigts.

La fuite qui fait tache.

Retour en Ovale de Loire


    Amoureux de ce fleuve Liger dont je ne me lasse pas d'admirer la diversité, la beauté, les furies et les grands calmes, sa faune ailée qui n'a jamais été aussi nombreuse, je découvrais avec stupeur qu'un détail avait échappé à une sagacité que je pensais infaillible à l'instar de notre bon pape Benoît …
    Le Fleuve s'étire mollement, son niveau est si bas en une saison où sa fierté aurait déjà dûse moquer de l'étiage estival, qu'il semble ainsi émettre une longue plaine pour avertir les hommes de l'éminence d'une catastrophe écologique.

    Le badaud d'eau que je suis flânait le long de ces berges molles, inquiet de ce qu'il constatait avec le dépit du marinier condamné à l'immobilité. Soudain la plus grande perplexité s'imposa à mes rêveries ligériennes.
    Diantre qui diable a eu envie de construire des douves le long du fleuve royal ? Le grand architecte local a sans doute l'intention de bâtir un château de cocagne sur la rive Nord. Mais, ce système de défense archaïque ne se conçoit pas en ligne droite, fut-elle longue de 5 kilomètres. Le cercle s'impose à l'assaillant pour, en toute logique étymologique, encercler l'assailli !

    A bien y regarder, et la chose est aisée tant il est préférable de suivre le courant avec la tête tournée à droite pour ne pas risquer de perdre son regard dans ce vilain trou béant, pas de trace de construction féodale même si les trous se multiplient dans cette bonne ville. L'hypothèse des douves tombe d'elle même, faute d'eau et de château.

    J'y suis. Je suis impardonnable et bien puni de m'obstiner à ne pas lire ce si précieux journal local. La bataille du rail n'aura pas lieu, le débat sur le tracé du tramway est – ouest a fait long feu. Pharaon, dans sa grande sagesse a opté pour un tracé parallèle au fleuve qui redonnera, à n'en point douter, toute son lustre à ces rives désertes. Il s'offre même ce bonheur immense d'innover en créant la première ligne française d'un tramway enterré.

    Un esprit retors me fait remarquer qu'on eut pu tout aussi bien penser au métro. La remarque pour pertinente qu'elle soit est un tantinet incomplète, il s'agirait ici de construire un métro à ciel ouvert et à ligne inondable.

    Insondable inventivité de nos élus, le doute s'instille dans une réflexion pourtant foisonnante. N'aurais-je pas perçu tous les éléments du problème qui se pose à ma perplexité ? Au bout de ce trou boueux aux rebords parfaitement réguliers, un espace qu'on nomme « Capitainerie ».

    Le langage du transport public et néanmoins commun ne s'encombre pas d'un lexique marin. Cette piste s'effondre elle-aussi. J'aperçois du reste une écluse à sec qui se plaint de n'être d'aucune utilité dans ce contexte sahélien. Cette béance doit être un canal à sec. Nouveau concept là encore pour éviter de faire couler trop d'eau sous les ponts.
    Je vois au loin une manifestation de marcheurs du bord du chemin. Ils paraissent en colère et portent des banderoles. De nombreux policiers les encadrent, les contraignent, les écartent de ce centre ville où seule la colère paysanne a droit de cité. Ils font pourtant preuve d'une sagesse louable et ne demande que l'installation de filets de protection pour assurer les familles inquiètes et les marcheurs incertains.

    Un canal sans eau où se briser les os ! En d'autres temps, les caméras privées de chaînes nationales à la botte de destins ambitieux, seraient venues filmer cette gabegie économique. Mais les temps changent et ce canal n'est pas une halle. Il suffit de ne pas baisser les yeux sur ce triste spectacle de nos impôts qui nous filent entre les doigts !
    Canalsèchement vôtre.

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