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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'école de la République est sur les dents ....

La racine du mal.





Une opération de sensibilisation à l'hygiène bucco-dentaire dans un collège presque ordinaire. Une population certes issue de la mixité sociale sans ce désir d'épuration ethnique que l'on voit dans certains établissements de bonne famille mais pas particulièrement marquée par les stigmates de la relégation sociale.

Une ville moyenne de province, un quartier qui fut jadis un bastion communiste et qui demeure très ancré dans la culture ouvrière. Un brassage comme il en existe partout maintenant et qui ne pousse ni au misérabilisme ni à l'euphorie béate. C'est parfois difficile, souvent un peu remuant mais ce n'est pas le Bronx !

J'avais proposé aux élèves un petit questionnaire sans grande originalité pour préparer la séance et connaître au moins le nom et le nombre des dents. Je demandais également le nom de leur dentiste et la date de la dernière visite. Là, je ne supposais pas qu'il y aurait autant de points d'interrogation. Ils ont douze ans, l'âge où il est temps de se soucier de sa dentition à venir.

Certains n'y étaient jamais allés à moins que le souvenir fut trop lointain pour qu'ils s'en souviennent. D'autres repoussaient cette visite nécessaire à deux, trois et même quatre longues années ; un tiers de leur existence ! Quelques-uns se faisaient suivre fort heureusement.

L'homme de la science et de la fraise fut à la hauteur de sa mission de missionnaire. Il expliqua, montra, schématisa et répondit avec une disponibilité remarquable. Il sut se faire écouter de toutes ces bouches ce jour-là étonnamment closes .Il faudrait sans doute plus de dentiste dans nos classes …

Puis vint le moment d'un contrôle individuel, d'un petit voyage au cœur de la réalité familiale. Les repas, les lavages de dents, les soins apportés à celles-ci. Il n'était plus temps de mentir ou de travestir, les dents déposaient à charge ou bien à décharge. J'enregistrais les observations du maître et découvrit ma troupe sous un nouveau jour.

Il y a une classe sage et l'autre franchement plus remuante. Des parents qui viennent spontanément d'un côté et d'autres qui se font parfois tirer l'oreille. Des rapports cordiaux pour les plus jeunes, quelques tensions et un peu plus parfois pour leurs ainés d'une année. Le traditionnel coup du millésime, une année bonne et l'autre non. La loterie de l'existence en somme !



La roulette plutôt me semblerait plus appropriée !
D'un côté, treize dentitions à mettre entre toutes les bouches pour seulement deux porteurs de caries. Bien-sûr, le brossage n'était pas parfait et l'un d'eux semblait même ignorer jusqu'à son existence mais globalement, il y avait de quoi croquer la vie à belles dents.

Dans l'autre classe, six seulement étaient candidats au sourire télévisuel. Sept présentaient des caries sur des dents définitives et trois autres seraient candidats à la fréquentation assidue d'un orthodontiste si la chose n'était pas devenue un luxe inaccessible pour bon nombre de palais. Étonnamment, j'écris ceci pour jouer encore les naïfs, il y avait une corrélation forte entre la difficulté à être à l'école et l'état de la bouche.

Une nation qui laisse à l'abandon progressivement une partie des siens, qui ne permet plus que se fassent les soins élémentaires va mal et finit par le payer d'une manière ou d'une autre. Ces gamins, s'ils ont souvent des mots vilains dans la bouche ont sans doute quelques raisons. La seule culture qu'ils parviennent à maîtriser est celles des bactéries qui creusent leurs trous dans un émail qui n'est plus si éclatant. Combien d'entre eux consulteront vraiment d'ici quelques semaines ? J'ai bien peur qu'ils soient quelques uns à n'en rien faire …



Racinement vôtre

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