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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'habit ne fait pas le joueur de Rugby.

    Cette fois, à n'en plus douter, notre Rugby marche sur la tête de gondole des marchands d'équipements sportifs. Nous sommes entrés de plein pied dans l'ère de la vêture qui « flashe », et du détail qui tue nos valeurs et le reste !

    Les enfants des écoles de Rugby sont grimés des crampons à la touffe de cheveux. Ils sont devenus les mannequins sandwichs des marques et des envies, de l'imitation et de la conformité. Les panoplies de Zorro ou de Thierry La Fronde sont depuis longtemps rangés dans les armoires à souvenirs obsolètes de leurs pères. Aujourd'hui, les nouveaux « Robocops » s'affrontent sur nos stades dans des joutes plus vestimentaires que rugbystiques.

    Ces, de plus en plus chères têtes blondes, brunes ou rousses, doivent être épargnées de la plus petite estafilade. Le casque prolifère bien plus vite que la grippe A et impose ses couleurs douteuses. Les bambins sont maintenant casqués du matin au soir : le silence, le soleil, la pluie et les coups au Rugby sont autant d'ennemis dont il faut se préserver. Quand le bonnet de nuit reviendra à la mode, la boucle sera bouclée et leurs têtes resteront couvertes 24 heures sur 24.

    Puis, le détail le plus judicieux de cette panoplie somptuaire, le protège-dents encombre des palais baveux par la faute de cet intrus. Le modèle le plus simple, thermo-formé en dernière minute dans une casserole douteuse est le plus répandu. Il traîne souvent dans des poches, sur la pelouse ou au fond d'un sac pour le plus grand bonheur des bactéries.

    Sous un maillot qui ne tient plus jamais lieu de défroque indigne et reprisée, des bourrelets annoncent à n'en point douter la présence réconfortante d'une épaulière moderne. Le petit hésite à s'engager dans le combat mais il est paré pour la guerre de tranchée …
    Les cuissards, de plus en plus souvent colorés, parfois renforcés de protections superfétatoires, dépassent de shorts en satin parce qu'ils le valent bien. La mode s'impose partout et le slip kangourou d'autrefois n'a plus rien à faire sur un terrain de rugby, même en Australie !

    Sous des bas de plus en plus saillants aux effets dynamiques obtenus par des bandes astucieuses, un nouveau bourrelet confirme la présence de protège-tibias. Le péroné peut aussi bénéficier de la chose renforcée, mais il n'a pas eu le droit à la citation pour des raisons obscures qui ne m'appartient pas de dévoiler ici.

    Un détail singulier nous fait relever les yeux. Le petit mannequin sportif porte des mitaines même si les premiers frimas n'ont pas contrarié les moins convaincus. Des picots  assurent, d'après le fabricant, une parfaite maîtrise de l'engin par temps pluvieux et permettent d'accéder à une technique individuelle d'exception sans fournir d'efforts inconsidérés.

    Enfin, le fin du fin, le nec plus ultra de l'élégance de façade : la paire d'escarpins à crampons. Bicolores le plus souvent, brillants de mille reflets, dissimulant au regard des lacets jamais tout à fait bien noués, la chaussure est devenue la référence esthétique absolue. Le détail pourrait avoir son importance sur un parquet ciré ou dans une salle de réception. Mais sur des terrains boueux, le caprice n'est qu'artifice illusoire et de bien courte espérance de vie.

    Au bord du terrain, un sac à pantoufles pend le long de la rambarde. Un petit espace de rangement supplémentaire pour ce bijou de la cordonnerie sportive. Un achat de plus, une dépense supplémentaire pour frimer à satiété. Le sac de sport, le deuxième élément gigogne, lui, est doté de roulettes. Le rugby est un sport de force mais il est inutile d'exercer ses biceps dans le transport de sa tenue de scène. L'artiste n'est pas là pour se fatiguer mais pour briller de mille feux !
   
    Et pendant ce temps, les clubs hésitent à augmenter le prix des licences et tirent le diable par la queue pour proposer des goûters de plus en plus sophistiqués, ça va de soi !

    Défilédevêtement vôtre.

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