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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'Homme est au centre de tout.

Prendre la température …

 

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Le tout à l'égo ne cesse de charrier ses déjections intimes, ses rejets avouables ou non. L'individu est au centre de la Nature, de la Planète, de l'Univers. Il faut se le tenir pour acquis, nous sommes devenus le centre d'extrême gravité de toute chose.

 

Rien ne doit échapper à cette force centrifuge qui provoque une attraction universelle vers la plus belle créature de Dieu, celle qu'il aurait faite à son image. Soit dit en passant, le vieil architecte doit être parfaitement insupportable. Quand on observe ses avatars, on n'a plus envie de faire sa connaissance. Ses défauts sont multiples et ses qualités fort rares.

 

Mais revenons aux moutons de cet illustre berger. Ils bêlent, ils vont en files indiennes se jeter en masse derrière la dernière notion à la mode, le concept qui surgit de nulle part et s'impose à tous, comme une évidence intangible. C'est l'instinct grégaire qui pousse le troupeau à dire la même chose, au même moment.

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Le sujet de conversation préféré de cette pauvre créature à quatre pattes et à la toison bouclée est sans aucun doute le temps qu'il fait. Il a une incroyable capacité à disserter à l'infini des variations climatiques, des orages et des tempêtes, des canicules et du grand froid. Il tient la dragée à tout son entourage avec une alerte orange, il ne lâche plus la parole si l'alerte rouge est déclenchée.

 

Il se délecte, notre mouton de base, à user de la formule savante ou populaire qui est mise en avant par les circonstances météorologiques du moment. L'anticyclone peut vous faire un été, la dépression un automne, les précipitations un bel hiver fort arrosé et le front chaud peut vous embellir votre printemps.

 

Nous ne sommes jamais à court d'un vocabulaire déblatéré à la France entière par de charmantes potiches se mouvant avec le sourire devant une carte illustrée d'icônes nuageuses. Celui qui fait fleurette aujourd'hui est une belle invention de l'homme. La température ne se mesure plus sous abri, elle ne s'exprime plus en degrés de mercure, elle sort du caractère mesurable et véritable. Non, tout ceci était trop simple, trop précis, trop in-interprétable !

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La température s'exprime désormais en ressenti individuel. Celui qui a le nez au vent ressentant sans doute plus que son voisin bien abrité derrière son dos. L'imprudent mal vêtu ressentant tout autrement que le prudent chaudement couvert. Personne n'évoque le ressenti de ceux qui dorment dehors faute de toit pour se couvrir, mais ils sentent et n’ont pas besoin de ressentir !

 

Les journalistes sportifs, toujours en mal de propos vides et creux se sont précipités sur la belle nouveauté. Le correspondant de guerre, l'envoyé spécial au bord du terrain va nous narrer à longueur de partie les mystères des alizés, les caprices des précipitations, les effets du gel sur les acrobates en crampons. Mais surtout, depuis cette vague de froid qui dure et qui empêche les hommes en short de nous casser les pieds, la température ressentie est la mesure nouvelle qui dépasse la mesure !

 

 

Je ressens, tu ressens et il se fait du mauvais sang. Tout est prétexte à déblatérer sur cette sensation qui vous glace le sang et le cerveau. Il parait même que des ministres en viennent à conseiller aux sans-abris de rester chez eux afin de ne pas ressentir les morsures (autre mode langagière) du froid. Je sens qu'il est grand temps que je cesse de me gausser de cette manie stupide, le froid nous tire sa révérence, bientôt nous ne ressentirons plus rien si ce n'est la douloureuse note de chauffage. Mais de cette hausse ininterrompue, pas de ressenti ! Non, une terrible certitude, une évidence ruineuse …

 

 

Ressentiment vôtre.

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