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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'injonction mémorielle.

Le point culminant de l'horreur …



Je me souviens de ce jour d'il y a dix ans déjà, comme la dernière limite au-delà de laquelle mon billet télévisuel ne fut plus jamais valable. J'avais perçu alors que nous étions malgré nous, assignés à un rôle de voyeurs malsains du drame des autres, que nous étions manipulés pour établir une hiérarchie dans l'ordre de la souffrance, des crimes et des abjections qui ont de toujours jalonné l'histoire de l'humanité.


Cette fois-là, la borne avait été placée si haute que toutes les autres devaient être rabaissées au rang de faits mineurs, de nature moindre, d'importance insignifiante ou simplement subalterne. Les hommes sont ainsi fait qu'ils doivent toujours établir des classements, proposer un palmarès y compris pour les actes les plus ignobles.


Dans cette anthologie de la monstruosité il y a pourtant largement de quoi se désespérer de notre espèce. Les crimes, les génocides, les croisades, les guerres ont laissé leurs lots de victimes innocentes, de souffrances immenses, d'horreurs inacceptables. De la Saint Barthélémy à la Shoah, Dieu s'est taillé la part du lion pour pousser ses créatures au meurtre.


Pourtant ce jour-là, d'après les bons penseurs, les autorités responsables, les maîtres du monde et les autorités morales de presque toutes obédiences, il y avait eu quelque chose de nouveau, de supérieur à ce qui était advenu jusque là de par cette vallée de larmes. Le Grand Satan lui-même, l'Oncle Sam en personne était touché dans sa chair et son cœur. Il n'en fallait pas plus pour déclencher les foudres de la vengeance planétaire, la guerre universelle,civilisatrice et bienfaitrice (n'ayons peur de rien) contre les forces du mal !


Beaucoup ont cru à cette fiction belliqueuse. Le glaive enfin au service de la blanche colombe ! Plus rien ne serait pareil, il y avait un avant, il y aurait un après cette honte de septembre ! Il fallait alors démontrer au bon peuple, aux foules bouleversées des puissances occidentales que la vie d'un homme n'a pas le même poids en fonction de sa terre natale.


C'est alors que l'indignation occidentale décréta de proclamer le devoir de compassion en introduisant pour la première fois une surprime à l'émotion. Les trois mille victimes du Wall Trade Center se plaçaient au-dessus de tous leurs compagnons de misère dans cet immense cortège des sacrifiés sur l'autel de nos férocités abjectes. Pour elles, il fallut décréter trois minutes de silence quand pour toutes les autres, une seule suffisait quand on leur accordait ce morbide privilège !


Nous avions mis le deuil dans l'engrenage. Ces trois mille morts américains valaient plus que tous les autres, les victimes du passé comme celles qui suivront une colère, revendiquée comme légitime. Il y avait un nouveau peuple élu de Dieu et de la finance internationale …


Alors oui, je suis comme vous tous, je me souviens du basculement de notre Monde. Nous avons compris lors de ces jours de grande intensité qu'un nouvel ordre allait naître. L'utopie de l'égalité universelle des hommes tombait définitivement en même temps que les deux tours jumelles. Il y avait les représentants des forces du bien, les anges étoilés, la bible sur le cœur face aux cohortes du mal, un autre livre en bandoulière à côté de leurs explosifs.


Rien ne peut sortir de ces manichéismes simplistes. La vision d'un Monde contre l'autre, qu'elle soit celle que je vous livre ici à travers le prisme déformé de nos écrans occidentaux ou bien l'autre toute aussi malsaine transmise à des foules endoctrinées par des barbus mortifères.


En ce jour de mémoire suggérée, n'oublions personne, n'évacuons aucune introspection, ne décrétons pas de coupable idéal. Inclinons-nous pour toutes les victimes d'ici ou d'ailleurs, des barbaries, des famines, des guerres, des attentats, des catastrophes et cessons enfin de croire que quelques hommes puissent être supérieurs à tous les autres, de leur naissance à leur trépas ...


 

Égalitairement leur.

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