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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

L'urne à tics

Jean : Il manquera une voix de plus aux humbles !

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Plus de 7 000 lecteurs de ce texte sur lePost hier, à vous d'en profiter hélas !
    Pendant que nous pleurons le départ de Jean Ferrat, la France formolée s'arcboute sur une représentation passéiste d'elle-même. Vieux, Retraités, Bourgeois, notables et jeunes loups des écoles de commerce trônent autour de l'urne d'un bureau électoral.

    Personnages de Ferrat, étrangers, jeunes turbulents, ouvriers, excentriques et différents ne se sentent pas conviés à cette étrange cérémonie. Le vote appartient à la France qui s'ennuie, qui s'enrichit, qui s'établit sur la dépouille du pays réel.
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    Au petit matin, je suis allé accomplir mon « devoir électoral ». La formule ne trompe personne, il y a de la corvée, de la tristesse, de la solennité déplacée dans ce qui devrait être un acte joyeux. Je reconnais que la faute m'en reviens pour une bonne part, je m'obstine depuis tant et tant d'années à porter mon suffrage pour une opinion qui n'est jamais prise en compte, victime d'une arithmétique élitiste et non démocratique.

    Quand j'arrive dans ce bureau, jadis école maternelle de mes enfants, j'ai immédiatement l'impression de déranger. Il est vrai que mon intrusion coïncide avec l'arrivée des croissants, livrés par une camionnette de la ville : il y a une miette de trop dans cet espace !

    Ici l'entre-soi semble être de mise. La cordialité n'est pas la règle, on s'épie, on se surveille, on jauge le nouvel arrivant pour éventuellement l'attribuer à sa famille. Les scrutateurs, tout à leur scrutation en oublient même de me renvoyer mon « Bonjour ! ». Heureusement, la « Courtoisie » ne fait pas partie de notre devise république, il eut fallu destituer l'actuel chef d'État, comme ces dévoués serviteurs matutinaux …
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    L'entrée en matière est dominée par le gaspillage. C'est la foire aux papiers, glacés pour la plupart. Plus ça brille, plus la liste devient crédible, plus l'électeur potentiel est attiré par les sirènes de cette débauche absurde. La même montreuse quantité de feuilles nous est arrivée dans nos boîtes aux lettres.

    Un format plus réduit, une autre formule moins 'papiervore' serait souhaitable. Étrange gabegie dans un établissement scolaire qui demain connaîtra à nouveau la restriction. Absurde encore car tous ces bulletins qui ne trouveront pas enveloppe accueillante ne pourront pas même servir de brouillon.

    On me propose de prendre moi-même l'enveloppe bleue après avoir examiner ma carte d'électeur.  L'ancienne qui n'est encore pas pleine de tous ses tampons plutôt que cette nouvelle qui arrive par la poste à chaque nouvelle élection. Qui paie tout ça ?

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    Je file à l'isoloir sans faire semblant de piocher dans ces tas de listes étalées sur la table. Mon choix bien calée dans la poche, je n'ai pas besoin de jouer cette parodie de la réflexion démocratique. Je vote, je signe et je pars aussi pauvre en « Au revoir » que je fus sevré de « Bonjour ».

    Dehors, un jeune garçon fait le pied de grue pour organiser le stationnement automobile dans une cour d'école qui sera souillée de quelques traces hydrocarbures. L'électeur ne peut marcher, il est déjà si rare qu'il ne faut pas ajouter l'effort à la corvée.

    Je vais encore recevoir les récriminations consternées des tenants de l'ordre et de la rigueur républicaine. Cependant, ne pourrait-on pas donner plus de joie à ce geste si important, un accueil chaleureux, un café ou un thé pour l'électeur ? Un peu de musique ou de gaieté, de sourires et de « bonjour », de vie tout simplement plutôt que cette messe électorale qui doit en rebuter plus d'un si je me fie aux taux de participation, de scrutins en scrutins, toujours plus bas.

    Urnejoyeusement vôtre.

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