Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La Brigade légère ...

Le mariage de la carpe et du lapin.




Une équipe mobile de sécurité intervient maintenant dans notre établissement. Trois gaillards qui en imposent, manifestement des vieux de la vieille des circuits répressifs ou éducatifs. Ils viennent à nous pour expliquer qui ils sont, justifier une présence qui est sans doute un indicateur défavorable pour la réputation de notre collège..

Ils tiennent à se présenter pour que les élèves cessent de les confondre avec des policiers en civil, entrés subrepticement dans le collège. Comment ne pas donner raison à nos élèves ? La mine patibulaire mais presque, le vêtement de cuir et une façon de se mouvoir ou d'observer qui n'appartiennent qu'à cette noble profession.

Le discours aussi est en décalage avec les habitudes du lieu. Un phrasé qui n'est pas tout à fait celui du professionnel de l'éducation, plus simple, plus direct, plus percutant peut-être. Un vocabulaire différent aussi et qui ne prend pas de gants avec la réalité. La syntaxe qui tourne le dos à l'académisme en quelque sorte.

Notre équipe est constituée de trois personnes, excusez du peu en un temps où avoir un poste de surveillant en plus relève de l'impossible ! Ancien gendarme, éducateurs spécialisés, ils sont mandatés par le Recteur pour couvrir un secteur qui a eu l'honneur de figurer à la Une de l'actualité. Hier, il y a eu violence, menaces par SMS (mais comment peuvent-ils le savoir ?). pour nous, ce sont des promeneurs du bâtiment. Ils sont intervenus la veille pour entendre l'élève qui avait commis une incivilité violente et lui parler de la loi, celle qui fait foi sans soulever les montagnes.

Les médiateurs ont été créés en octobre 2009 . Leur prérogatives sont floues, je m'en suis informé à bonne source*. Ils sont entrés dans les collèges et les lycées pour « informer et prévenir en amont pour réduire les tensions », quand je vous parlais de montagne ! Pour qu'elle n'accouche pas d'une souris ils peuvent « intervenir immédiatement en cas d’incident grave », hypothèse peu probable puisque tout se passe bien dans les établissements qu'on déleste, d'année en année de personnels de surveillance. Respectant la grande tradition de la prévention théorique, la directive ajoute sans rire : « protéger les personnes et les biens par une présence continue », en confondant l'alternatif et provisoire et le permanent !

Je pousse plus en avant la documentation et d'entrée, je découvre que nous avons à faire à une armée en campagne : « Le déploiement d’équipes mobiles de sécurité au sein des académies fait partie du plan d’action mené conjointement par le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de l’Intérieur ». Ce déploiement me fait froid dans le dos et ce ministère de l'intérieur qui pénètre l'école ne me dit rien qui vaille, mais je ne suis pas au bout de mes surprises …

L'administration aime la redondance ou la pommade adoucissante et rappelle qu'il s'agit de : « prévenir les situations de violence » et nul ne peut s'opposer à ce noble idéal. Mais les choses se gâtent, dégénèrent même avec cette étrange invitation à « former les personnels ». La pédagogie n'a plus sa place dans notre grande maison mais un peu de basse Police ne fait de mal à personne ! Enfin, les masques tombent et la brigade revient à la charge avec cet objectif opérationnel : « organiser les conditions d’intervention. ». La cinquième colonne pour de bon !

Les médiateurs seraient les éléments avancés de la future confiscation des tâches de la vie scolaire par le ministère de l'intérieur. Portiques de sécurité à l'entrée des écoles, brigades circulant dans les couloirs, poste de police installé au sein des établissements chauds, fichage à la source, rien ne doit plus nous surprendre avec ce pouvoir policé.

En attendant, les médiateurs font débat. Ils suscitent méfiance, espoir, rejet, suspicion, interrogation, dans notre communauté éducative. Les sensibilités de chacun semblent pourtant se retrouver sur le déplaisir qu'il y a à croiser dans un collège des gens que nous aurons bien du mal à considérer comme des collègues.

Éducintérieurement vôtre.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article