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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La contamination des larbins

Le seigneur et les agneaux !



    Dans un échange avec un camarade bien plus irréductible que je puis l'être, nous évoquions les perspectives qui s'offrent aux enseignants, contraints de plus en plus à se plier devant des injonctions iniques, des tâches parfaitement subalternes et des procédures de jugement et d'évaluation pour les faire tous passer sous la toise de l'obéissance et l'obséquiosité hiérarchique.

        J'entends déjà les cris d'orfraie des tenants de l'ordre nouveau, de l'éradication de la fonction publique et de la dissolution de l'intelligence et de la libre pensée. Ceux-là n'aiment rien tant que les larbins, ceux qui, les mains sur la couture du pantalon, claquent des talons devant le supérieur pour exécuter les pires saloperies. Point de désobéissance éthique avec ces pions lobotomisés, point de regard critique, mais des agents zélés prompts à toutes les bassesses pour servir leurs maîtres.

        Mais de ceux-là, nous ne seront jamais. Rebelles jusqu'au plus tréfonds de notre conscience, nous n'acceptons ni Dieu ni maitre, ni chef ni guide spirituel. L'honneur de celui qui doit éveiller les consciences, c'est d'avancer libre de toute entrave sur le chemin de ce qu'il pense être la vérité. Bien sûr, il y a grand risque de se tromper, il n'est d'ailleurs jamais certain qu'il y ait une vérité et un chemin pour y mener. Mais ce qui est certain également, ce sont les fausses routes, les impasses multiples dans lesquelles mènent toujours les idéologies de l'obéissance et de la servitude.

        Il est des métiers où la liberté n'a pas de prix. Je crois intimement que celui qui est le nôtre ne peut se satisfaire des chaînes que l'on veut nous imposer. Nous ne serons jamais des répétiteurs serviles, des adorateurs de l'ordre établi, quel qu'il soit, des petits soldats du pouvoir en place. L'esprit critique, le doute, la controverse, la remise en cause des vérités établies sont autant de passages obligés pour former un esprit en dehors même des conceptions qui peuvent être les nôtres.

    Nous sommes confrontés à un désir totalitaire de normalisation des esprits, des cultures et des pensées. Il faut passer sous la toise qui fera de chacun d'eux et de chacun de nous un bon petit consommateur, un esprit libre de toute réflexion, capable d'absorber toutes les injonctions officielles ou commerciales.   À bien des égards, les intentions de l'état ne sont pas si éloignées de celles des groupuscules religieux qui semblent, selon le chanoine de Latran les plus aptes à parler de morale.

        L'école devrait devenir cette machine à donner des connaissances sans conscience, des savoir-faire sans savoir-être, des compétences sans la capacité de les évaluer par soi-même. Nous ne pouvons accepter cette conception parfaitement mécanique de l'individu que l'on veut résumer en une interminable litanie de capacités dénuées de sens et de liens.

        Nous ne pouvons accepter d'enfermer nos élèves dans ces cases réductrices. Nous ne pouvons tolérer de devoir étouffer des talents qui dérangent, des particularités qui irritent au seul profit de la norme établie par de grands administrateurs lointains.

        Nous sommes face à des êtres uniques, tous différents, tous porteurs, à des degrés divers, de richesses et de merveilles. Les enfermer dans les demandes mécaniques est un crime, les limiter à leur seules futures fonctions d'exécutants, de consommateurs, de bons soldats du libéralisme n'est ni acceptable ni conforme à leurs besoins propres et à ceux de notre société.

        L'école n'est pas une vaste entreprise de normalisation. Elle n'est pas plus un lieu où l'on doit se satisfaire de la médiocrité décrétée en haut lieu pour ne pas à avoir a juguler une révolution des consciences. Nous sommes des artisans au service de ceux qui deviendront des hommes. Jamais les larbins ne rempliront cette mission. Il faut des professionnels debout, fiers et libres.
      
        Laissez venir à nous les petits enfants, rassurez-vous, nous n'en ferons ni des agneaux ni des loups mais des humains libres de choisir leur chemin et pas celui  qu'on  leur soufflerait ni celui qu'on veut leur tracer dans les officines d'un pouvoir au service du seul Dieu Argent.

    Librement vôtre.

L'irréductible m'envoya alors ce message.

" La pompe est parfois nécessaire, pour regonfler le moral ou pour le coup
de pied au cul qui s'était perdu ..
."

Les instituteurs syndicalistes ne manquaient déjà par d'air en 1905 :
"Notre enseignement n'est pas un enseignement d'autorité. Ce n'est pas
au nom du gouvernement, même républicain, ni même au nom du Peuple
français que l'instituteur confère son enseignement : c'est au nom de la vérité. Les
rapports mathématiques, les règles de grammaire, non plus que les faits
d'ordre scientifique,
historique, moral, qui le constituent, ne sauraient dès lors être soumis
aux fluctuations d'une majorité."
http://michel.delord.free.fr/mis1905.pdf

"Qu'est-ce que la vérité ?" disait Pilate avant de crucifier le Juste.
Nous ne nous vanterons pas de l'avoir trouvée, mais nous ne renoncerons
jamais ni à la chercher ni à en montrer la direction.

Pompeusement tien


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bodard 14/10/2011 09:10



Je parlais bien du difficile chemin qui mène à la désobéissance et celui de faire reculer Chatel qui a perdu(l'a t'il eu) le sens de la réalité!


Yves Bodard



BR 14/10/2011 13:59



Yves 


 


J'avais compris mais j'aime bien me perdre dans les mots, prendre des sens de travers pour fuire parfois cette réalité monstrueuse que nous impose ces fous furieux qui nous gouvernent. Savent-ils
vraiment ce qu'ils font ?


J'espère qu'ils se trompent au moins au nom d'errements intellectuels et non en prenant délibérement les chemins de la bête brume.


Alors, oui, la désobéissance est indispensable, elle se nomme résistance et notre salut ne peut passer que par cette voie si périlleuse.


 


À bientôt yves



Bodard 13/10/2011 20:55



Ha,la fameuse désobéissance éthiquedont j'ai fait ma compagne au travail et qui pose bien plus de problèmes à la conscience de ceux que je dérange qu'aux doutes qui me tenaillent car douter
,aussi et surtout, c'est éthique.


"Ce n'est pas le chemin qui est difficile" disait la grand-mère de mon copain:"C'est le difficile qui est le chemin"


Philosophiquement tienne l'ami Bernard!


Yves Bodard



BR 14/10/2011 06:30



Yves


La désobéissance devient impérative avec le billet du jour.


Classer dés 5 ans des enfants comme étant à hauts-risques.


Ils sont fous et ne reculent plus devant rien. Quant au chemin que l'on veut nous faire prendre, je ne pense pas qu'il soit difficile, il est volontairement mortel. C'est la chute du service
public qui est voulue par ces monstres.


Le profit n'est que leur seule pensée lisible mùais je crains qu'il y ait aussi des intentions liberticides