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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La défaite de la musique

Notre Mandoline est morte.





Lorsqu'en 1982, Jacques Lang lançait l'idée de la Fête de la Musique, il ne se doutait pas du phénomène presque planétaire qu'il allait provoquer. Aujourd'hui 117 pays célèbrent à leur tour l'entrée en été, l'insouciance et la musique. Belle illustration du désir des peuples à faire la fête, à se réunir autour d'une valeur simple et consensuelle.

Mais, car il y a toujours un mais, il faut apporter un petit bémol, une distorsion, un contre-temps à ce joli concert de louanges. S'il y a lieu de se joindre au chœur des adorateurs de la musique, il faut parfois reconnaître que l'idée a été galvaudée, que les marchands de soupe se sont précipités comme à leur habitude pour ternir ce qui n'était que fraîcheur spontanée.

Podium, sono vomissant de la musique en conserve, amplificateur tuant les amateurs voisins, c'est la course aux décibels qui prévaut le plus souvent. L'esprit amateur est relégué à la périphérie des centres, cherchant refuge et calme dans des squares, des places isolées et préservées de la dictature du bruit.

Les politiques se sont mêlées de la chose. Organiser, régenter, diriger, planifier, récupérer, surveiller, contrôler. Les règles sont strictes, le tempo est fixé au son du clairon. Un programme est établi, ce n'est plus une fête mais un festival à ciel ouvert. Le spectacle a besoin de certitudes et le badaud moutonnier ne veut pas se risquer à l'aventure.

Tout ceci ne serait que fâcheuse conséquence du succès et nécessaires travers pour une société qui aime planifier. Mais le pire est à venir. La fête se fait martiale, les escouades de gardes mobiles envahissent les rues. Parés de cuir et d'un gilet pare-balles, gantés, armés de matraques et d'un regard qui tue, ils ne sont pas les éclaireurs de la fanfare.

Les rangers frappent le pavé, la cohorte menaçante fend la foule, bardée de ses certitudes sécuritaires. La présence se doit ostensible, la menace évidente. Nous sommes au cœur de la théorie de la dissuasion. La démarche est efficace, je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi. La foule ne perçoit plus cette troupe en arme, preuve s'il en était encore besoin que le discours de la peur a fait son effet sur les braves gens.

Est-ce parce que nous sommes à Orléans, la ville de l'ordre que nous avons droit à un tel déploiement de force ? J'espère que les gens d'armes savent se montrer plus courtois, moins patibulaires en d'autres villes et villages. Ici, manifestement, la foule est un ennemi potentiel, un adversaire à réduire. Il faut montrer les biceps, rouler les mécaniques et les yeux !

Qu'ils viennent donc, flanqués d'un orchestre militaire. Qu'ils participent à la fête, prennent le risque de sourire et d'écouter. Qu'ils déambulent comme les autres citoyens jusqu'à ce que hélas, il leur soit nécessaire de remettre à la raison quelques trublions regrettables mais inévitables. Qu'ils vivent en harmonie avec cette foule bon-enfant. Qu'ils ne soient pas là pour faire peur !

Je crois hélas que je ne fais que pisser dans un violon ! Veuillez pardonner cette expression triviale qui a le mérite d'être comprise de tous. Chercher à toucher la corde sensible de ceux qui décident d'une telle politique semble parfaitement inutile. Les seules mesures qu'ils connaissent sont répressives, point de tempo ni de swing. La clef qu'ils ont à leur ceinturon n'est ni celle des chants ni celle de sol, c'est celles des menottes.

La défaite de la musique partagée est consommée. La fête est enrégimentée, embrigadée. Nous marchons au pas, vers un monde triste. À Orléans, plus que partout ailleurs, l'ordre nouveau est en place.

Militarimusicalement leur.
Dans les orchestr' militaires
Henri Tachan

Dans les orchestr' militaires
Y a pas d'cordes, y a pas d'cordes,
Dans les orchestr' militaires
Notre mandoline est morte...


Y a que des cuivres pour fair' des zim boum boum !
Des tagada tsoin tsoin et des brrrrroum !
Y a que des cuivres pour fair' des Pont d'Arcole,
Des cuivr' pour nous passer à la cass'role !

(au Refrain)

Y a qu' des tambours en peau de pauv' soldat,
Des faux tam-tams, des tambourins au pas,
Y a qu' des tambours de gard' mêm' pas champêtres
Qui font vibrer les cons à leur fenêtre !

Y a que des fifrelins de mascarade,
Des flût' de pan ! des pipos d'estocade,
Y a que des fifres pour faire du berger
En cas de guerre un mouton enragé !

(au Refrain)

Y a que des vents qui se lèv'nt à l'aurore
Pour jouer la March' cadencée de la Mort,
Y a que des vents pour claquer les drapeaux
Et fair' bomber le torse aux généraux !

Dans l'orchestre de mon coeur
Y a un' corde, y a un' corde,
Dans l'orchestre de mon coeur
Y a un' petit' cord' qui pleure.


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Le ch'timi 25/06/2011 00:49



Cher Bernard,


Même votre mairie a un service de propagande ! incroyable !


http://youtu.be/wrMnpYKSRmQ


amitiés...


de l'air ! de l'air !


Patrick


 



BR 25/06/2011 08:38



Patrick


 


Il y  a une petite erreur.


Le canon résonne et pas eux !