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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La grange aux hirondelles

Elles ne font pas que le beau temps …


 


 

C'est finalement à Meyrieux que j'achevai, sans bien le savoir, mon périple de la veille. Grâce à Anne de Biesse, je trouvai refuge dans la Grange aux hirondelles de Christine et Pascal. Ces gens sont un miracle de disponibilité à leurs hôtes. Se mettre en quatre pour rendre service est devenu leur mode de vie.

 


 

Pascal n'a pourtant pas rien à faire. Il a son exploitation de vaches laitières à tenir. Mais quand vient le soir, il se fait maître de cérémonie d'un repas de qualité autour de la grande table commune. Nous étions ce soir-là huit à deviser comme si nous étions de vieilles connaissances.

 


 

Il y avait le couple grenoblois qui après des années à faire lever la pâte, profitait d'une année « sapaintique » après avoir vendu la boulangerie du lac Léman. Leur fille les accompagnait. Après son succès au baccalauréat, elle venait de s'inscrire dans un I.U.T. de Saint Étienne. Ils évoquèrent ce jardin qu'il pouvaient enfin cultiver après des années d'un travail à horaires décalés.

 


 

Un spécialiste de la résolution de problèmes industriels avait table et chambre ouverte ici. Habité du lieu, il y vient lorsqu'une mission d'audit lui demande de venir dans la région. Cet ingénieur à vécu à Orléans La Source avant que de s'installer à Paris. C'est le roi de la méthode, qui, quand elle est suivie à la lettre évite 95 % des pannes dans une entreprise. J'avoue ne pas avoir tout compris mais au-delà de ce discours ésotérique, l'homme est vraiment charmant.

 


 

Une fée électricité était aussi une pensionnaire attitrée. Elle travaille pour le barrage hydro-électrique qui me fit parcourir grands détours. Elle évoqua les problèmes de crue, de régulation du débit de la rivière sans vraiment me convaincre de la nécessité d'embastiller ma Loire. Elle n'était pas dupe des impacts écologiques d'un barrage et avouait refuser catégoriquement de travailler dans une centrale nucléaire. Nous avions terrain d'entente.

 


 

Le couple de nos hôtes étaient entièrement à notre service. Jamais ils ne s'arrêtaient. Toujours le sourire, toujours aux petits soins. Il y a dans certaines chambres d'hôtes un service qui dépasse de beaucoup de celui de nos hôtels obsolètes. Une forme d'accueil qui va fermer sans doute définitivement dans nos petits villages avec l'arrivée prochaine de normes européennes rédhibitoires au profit d'une bien belle conception de l'hospitalité.

 


 

C'est sous la pluie et avec la cape que j'affrontai cette courte étape qui devait me conduire au pied de ma rivière. Dans la brume, deux biches me font un petit bout de chemin. J'avance grâce aux indications de Christine. Les repères sont bons, je ne m'égare pas.

 


 

À Gland, il pleut toujours autant. Je fais signe à trois automobilistes de s'arrêter à ma hauteur pour me confirmer que je suis dans la bonne direction. Si la pluie n'arrête pas le pèlerin, elle a le même effet sur l'automobiliste qui craint l'eau froide. Ces braves gens filèrent comme des poules mouillées. Qu'ils soient remerciés pour leur amabilité en ce lieu dit dont le nom leur va comme un gant !

 


 

Plus loin, je trouvai gens plus aimables pour me rassurer sur la pertinence des indications de mon hôtesse. Je traversai Saint Maurice pour bifurquer vers Aurec. J'arrivai à un panneau indiquant une pente allant jusqu'à 20 %. La Loire est tout en bas. Il faut plonger pour retrouver celle qui s'était ensauvée depuis bientôt deux jours.

 


 

Je descendis prudemment. Je découvrais l'usage de mes muscles « freinateurs ». Le travail musculaire en excentrique est une nouveauté pour moi depuis le départ. Je dois m'aider du bâton pour ralentir cette plongée infernale. Les cuisses me brûlent. C'est dans la descente que je fis la connaissance d'Ali, « Algérien Naturel », se plait-il à préciser, pour signifier qu'il n'a jamais changé de nationalité.

 


 

Pourtant l'homme vient de ramasser quelques kilogrammes de girolles, ce qui en ferait en auvergnat tout à fait acceptable. Il rit de toutes ses rares dents survivantes quand les autochtones se moquent de lui. Il est vrai qu'il est aussi mal fagoté que moi. Des bottes, un ciré de chantier, un sac en plastique (au lieu du panier réglementaire) pour sa récolte dans une main, un bâton de ski dans l'autre. Il est en France depuis 1959 et son accent reste intact.

 


 

Plus loin, dans le village, c'est Roger, 68 ans qui vient à ma rencontre. La semaine dernière, il a parachevé son long périple de l'an passé. Il s'est offert en solitaire Le Puy en Velay, Saint Jacques de Compostelle en juillet dernier. Il s'est dit qu'il fallait partir de chez soi pour un tel pèlerinage c'est pourquoi il venait de rejoindre Le Puy en suivant le GR 65 histoire de se mettre en jambes avant son périple d'août.

 


 

Il partira de Paris, passera par Chartres pour rejoindre le Mont Saint Michel pour un nouveau circuit de foi qu'il va découvrir par petites étapes de 25 kilomètres. Le retraité de la Snecma a laissé l'aéronautique pour se consacrer à la marche. C'est un grand pas vers la sagesse ! Quant à moi, je décidai de faire étape à Aurec pour ... me mettre au sec !

 


 

Raisonnablement vôtre.

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