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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La Langue de chez nous ...

Le gardien du temple s'en bat les animelles.


 




Luc Chatel est un ministre de l'Éducation Nationale peu sourcilleux des formes. Il vient de le démontrer en couvrant de louanges son grand chef tout en vantant sa science du discours. Non, la syntaxe du Président n'est pas sujette à critiques. Oui, le phare de notre pays brille par un discours aux multiples facettes.

Nous voilà rassurés sur les prochaines directives qui émaneront de ce petit ministre. Bientôt la composition de français ouvrira ses portes à la langue SMS. Les niveaux de langue sont aplanis pour mettre à bas la dictature du bien parlé. Les professeurs de lettres, ces adorateurs de Madame de Lafayette et autres empêcheurs de déblatérer en rond seront les plus nombreux dans la prochaine charrette.

Au diable les formes, seul le fond et l'énergie déployée pour le défendre devra trouver grâce aux yeux des examinateurs que l'on ira chercher dans les rangs des publicitaires, des dialoguistes pour séries télévisuelles adolescentes, des concepteurs des blagues Carambar. La culture présidentielle va s'imposer à tous.

Luc Chatel est dans son rôle, un ministre aujourd'hui n'est qu'un valet, un vassal obséquieux pour son Grand homme. La seule exigence de l'emploi est la capacité à la courbette, à la révérence sans réserve. Défendre l'indéfendable, soutenir le contraire de la réalité, aller au bout de l'ignoble ou de l'abject sont les attentes du patron.

Nous constatons que la fonction ne crée plus la hauteur de vue. L'exemple présidentiel va rejaillir sur les copies et dans les classes. Un élève qui s'en prendra vertement à un professeur refusant de lire la lettre de Guy Moquet pourra lui dire : « Casse-toi pauvre On ! » et recevoir les félicitations Académiques.

Luc Chatel n'est que la voix de son maître, il demeure Porte-parole pour toujours et comme bon nombre de ses collègues, il pousse le mimétisme à adopter les grimaces, les tournures et parfois l'intonation du modèle. Le bien parlé est dans une voie sans issue et notre ministre en apporte une preuve cinglante.

Ce petit ministre a mis neuf mois pour accoucher d'une réponse au député socialiste François Loncle qui n'en pouvait plus des dissonances syntaxiques de notre chef suprême. La réponse demandait effectivement réflexion et nous devons admettre que cela valait la peine d'attendre :
L'expression orale est « soumise à de multiples contraintes ».  « Vous reconnaîtrez d’ailleurs que […] le président de la République montre de grandes qualités rhétoriques, telle que la force expressive, la conviction, l’à-propos, la repartie ou la puissance d’évocation. »

Luc Chatel d'enfoncer le clou dans notre pauvre langue française :  « […] en ces temps de complexité et de difficulté, le président de la République parle clair et vrai, refusant un style amphigourique et les circonvolutions syntaxiques qui perdent l’auditeur et le citoyen.»  Parodiant son modèle, il eut pu conclure par : «On s'demande c'est à quoi ça leur a servi toutes ces années (d'études) pour avoir autant de mauvais sens»

Devant cet éloge du bien parler nouveau, les défenseurs de l'association : « Sauvons les lettres » n'ont plus qu'à se pendre aux cordes vocales du Petit Nicolas, livre qui d'ailleurs va prendre la place de nos grands classiques.

Ainsi va la France sous le règne de Nicolas Premier. Le pire n'est jamais pour demain, il est en marche dès aujourd'hui. Quand l'homme en aura fini avec son illustre fonction, il trouvera place à l'Académie Française pour prendre celle du regretté Giscard d'Estaing. Le bicorne lui donnera enfin un peu de hauteur !

Académiquement leur.

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