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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La main du diable

L'enfer du décor

"Le geste de quelques uns implique souvent tous les autres"

    Il y a un lieu qui fut longtemps abandonné des hommes de ce pays. Grand carrefour des vents dans le creux de la pointe septentrionale du fleuve Liger, cet espace entre Loire et Loiret était autrefois une zone marécageuse offerte aux moustiques et aux batraciens.

    Des édiles municipaux plus soucieux de l'esthétique que de l'aspect pratique décidèrent d'y édifier un temple égyptien dédié au Dieu Ovale. Une pyramide grandiose surgit de fort loin dans cette vaste plaine inondable.

    La 'majestuosité' de cet édifice enferma ses occupants dans une bulle protectrice qui les isolèrent de leurs contemporains et néanmoins voisins d'Ovalie ; les petits clubs d'alentour. Il y a dans ce vaste espace comme une tentation légitime à vivre en autarcie ; à se replier sur son confort chèrement obtenus et sur des acquis sportifs construits par l'histoire et les anciens.
    Alors, quand une rencontre vient mettre en travers des occupants de ce lieu à nul autre pareil, des gueux issus d'une petite formation départementale, Goliath voit arriver David d'un œil quelque peu condescendant.

    David tremble de peur et redoute toujours d'y subir une déculottée mémorable. Il a peu de chance d 'échapper à l'affront tant les forces et les moyens sont disproportionnés mais il est heureux de profiter l'espace d'une confrontation de l'illusion d'être aussi de cette élite vénérée.
    Goliath s'amuse des prétentions absurdes de son visiteur. Il est si habitué aux victoires dans ce contexte, qu'il ne redoute guère ce nouveau visiteur, écumant de rage et d'ambition éhontée.

    David remplit pleinement son rôle de challenger qui se refuse à jouer la victime expiatoire. Il cherche en lui des ressources mentales insoupçonnées pour oser s'attaquer à cette montagne qui se dresse devant lui. Il ne dispose pas d'autres armes et son adversaire du jour devrait respecter le courage des valeureux.

    Goliath ne l'entend pas de cette oreille et goutte fort peu la prétention excessive de ce petit coq dressé sur ses ergots. Et, quand l'incroyable, l'impensable se produisit, Goliath devint mauvais perdant et refusa de serrer la main à ce diable de David. La joie de son vainqueur inhabituel exaspéra la fierté de celui qui n'avait pas l'habitude de mordre la poussière face à ses voisins.


    Comment expliquer au perdant d'un jour que, même si la défaite s'inscrit dans un concours de circonstance qui ne changera jamais le rapport de force établi, elle constitue un incroyable cadeau pour celui qui n'a connu que l'échec dans toutes les confrontations précédentes depuis tant d'années.


    Cette main qui ne se tend pas n'honore pas le perdant exceptionnel alors que son vainqueur occasionnel avait su garder son bonheur discret bien qu'il fut si puissant. Point de chants sur le terrain de son hôte, pas de démonstrations jubilatoires non plus. Il est resté calme et serein parce qu'il savait bien trop pour l'avoir appris à ses dépend, qu'un vainqueur trop arrogant concourt toujours à sa future perte, bien plus surement encore.

    Il est désolant de devoir en arriver là, de se voir privé du respect normal de son adversaire d'un jour. La main qui ne se tend pas, fusse même au diable, n'honore pas celui qui détourne le regard et nie la sanction de ce qui n'était qu'une confrontation amicale.

    Dans cette histoire malheureuse, c'est le petit qui sort grandit et le plus grand qui s'abaisse bien plus que par une défaite qui n'avait en rien entamé son prestige d'autant que chacun savait les limites qu'il fallait donner à l'événement.

    Diaboliquement vôtre.
   

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