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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le camping se dérobe

Le refus de la différence.

L'ostracisme au quotidien …

 

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Dans un joli coin de France, au bord du fleuve royal, un terrain de camping coule des jours heureux à l'abri du tumulte et de l'agitation. Les braves citoyens en vacances aspirent au calme dans la plus parfaite homogénéité. Entre français de Guy Lux, admirateur de Pernoud et buveur d 'une boisson anisée.

 

La Loire offre son cours majestueux sans se préoccuper de qui veut bien l'admirer. Le gérant du terrain de camping n'a pas la même conception de l'universalité. Il est le garant d'un ordre nouveau, celui qui exclut ceux qui sont différents.

 

Depuis quelques années, nous venions en ce lieu pour effectuer le stage de cohésion d'une équipe de Rugby. Mon dieu, la vilaine chose que voilà ! Des hommes uniquement, jeunes de surcroit et sportifs pour aggraver leur cas. Rien ne vaut ici, de gentils retraités adorateurs de la sieste et admirateurs de Michel Drucker.

 

Le gérant a changé, l'ordre nouveau s'est imposé aux bons esprits de notre pays. Le camping municipal n'accepte plus des hordes sauvages, de groupes incontrôlables, des délinquants qui s'ignorent. Il faut prévenir plutôt que guérir, la méthode a du bon et évite bien des tracas.

 

Dommage qu'elle s'applique en un espace municipal censé appliqué la loi commune et les règles élémentaires du commerce. Il s'agit ici d'un cas caractérisé de refus de vente. Nous pouvons y ajouter une discrimination patente et évoquer l'injustice pour corser le tout.

 

Nous eûmes à chaque visite les félicitations de tous pour l'entrain et la bonne humeur des garçons ainsi que des remarques élogieuses sur leur comportement. Mais voilà, les temps ont changé, la stigmatisation est devenue sport national, il faut éliminer ce qui n'est pas conforme à la majorité ambiante.

 

À la mi-septembre, je ne vois pas comment, une trentaine de braillards forcément avinés, violeurs potentiels et assassins qui s'ignorent vont pouvoir semer la terreur dans un camping vide. Les affaires du gérant sont si florissantes qu'il préfère se priver d'une ressource que prendre le risque d'affronter les forces du mal !

 

Les rares campeurs de ce joyeux espace pourront continuer à glisser dans l'urne des bulletins transpirant la peur et le rejet de l'autre. Ils n'auront pas l'occasion de constater par l'expérience vécue qu'il est possible de côtoyer des plus jeunes que soi sans que la guerre des générations se déclenche aussitôt.

 

Il se trouve de plus courageux que notre mâle gérant frileux d'une ville qui s'honore pourtant de recevoir le musée de la marine d'eau douce. À deux pas de là, toujours en bord de Loire, le camping voisin ne nous prend pas pour des andouilles de foire et nous ouvre ses portes en nous mettant un petit peu à l'écart. La réserve ne paraît pas excessive, elle explique qu'il y a bien sûr une différence évidente entre un couple de retraités et de jeunes gens dans la force de l'âge. Elle détermine des précautions d'usage mais ne stigmatise pas par un refus catégorique et sans recours possible.

 

Notre quotidien est maintenant jalonné de petites frustrations, de rejets par principe, de méfiance et de vilaines peurs. Refuser toutes les différences c'est ne jamais prendre le risque de se rencontrer. C'est ainsi que l'on fabrique une société du développement séparé.

 

Je souhaite que notre gentil gérant trouve à son tour, un homme qui lui tourne le dos sans raison, rien que pour n'être pas conforme à ses critères ségrégationnistes.

 

Et,tatentement vôtre

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