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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La matinée d'un gréviste ordinaire.

Quand il n'est plus possible de fermer les yeux.


    Je me lève en sachant que, exceptionnellement, je n'irai pas travailler. La situation est trop grave, le mépris trop fort, l'injustice si évidente, l'indécence poussée à son paroxysme. Je ne serai pas à mon poste malgré la conviction  toujours vivace que c'est le seul endroit où je pourrai changer les choses en apportant savoir et réflexion à des enfants condamnés par cette société à la précarité permanente et aux petits boulots de misère. Je m'en excuse auprès de leurs parents.

    Depuis deux années j'ai pris le parti de la lutte écrite. Le combat fait rage contre un pouvoir coupé du peuple et qui s'est mis totalement au service des puissants sans même se cacher. Dès potron-minet, je mets en ligne un billet iconoclaste sur la prière de notre Saint Nicolas, pas celui qui fait des cadeaux, le père fouettard des acquis sociaux, de la devise de la République et de l'honneur de la France. Nous sommes des milliers, chaque jour, à pointer d'un doigt vengeur ce monstre d'iniquité et de fourberie !

    Mais prêcher dans le désert  ou sur le net n'est pas suffisant. Même si tout est bouclé, même si j'ai l'intime conviction que le gouvernement ne cédera pas et souhaite ardemment un vrai conflit social pour préparer le retour en grâce du petit homme qui ne recule jamais, je viens moi aussi crier ma haine contre ce déni de démocratie !

  Bien-sûr, je ne porterai ni banderole, ni insigne, je marcherai à côté avec mon ordinateur sur le dos pour décrire et commenter. La foule m'étouffe et je n'y suis pas à l'aise. À la marge, je prendrai mon stylo rouge pour biffer à ma façon, cette loi inutile, ce brouillon de réforme, ce dossier bâclé  qui ne pose pas les vraies questions pour la pérennité de nos retraites.

    À une demi-heure du départ, surprise désagréable : la place de la retraite martyrisée est presque vide. Que se passe-t-il ? Pourtant une clameur au loin indique un changement de nature. Les lycéens rappliquent, bruyants, agités, pas nécessairement concernés mais parfaitement exaspérés par le petit homme qui s'agite à la tête de notre pays.

    Puis, la vague arrive, à rebours du trajet officiel. Un flux continu qui va grossir la plus importante manifestation depuis fort longtemps en notre bonne ville. Des couleurs qui se mêlent, des gens qui s'embrassent, se saluent, se félicitent de ne point baisser les bras face à ces élites sourdes à toutes leurs plaintes. Une banderole s'exclame « La France du sous-sol est dans la rue ! », elle illustre à merveille le fossé qui s'est creusé pendant les années Sarkozy.

    Des rumeurs bruissent, Orléans oblige. La police dissuade les automobilistes de converger vers le centre névralgique de la cité. La fourrière remplit son rôle ignoble, punir par le porte-monnaie ceux qui perdent déjà une journée de salaire. Le fric, toujours le fric pour ce pouvoir avide de l'argent des plus humbles !

    Je remonte ce long serpent serein. Je retrouve des amis, des collègues, des sportifs, des travailleurs, des mères de famille, des retraités, des cheminots, des soignants. Chacun vient porter sa colère et afficher une détermination qui se moque de l'inflexibilité du gouvernement. Des images viennent renforcer le rejet du pouvoir. La Place d'Arc : le centre commercial, est gardé par des hommes en armes. Une petite escouade démontre que la police est aux ordres des puissants.

    Je regarde le défilé passer. La longue chaîne humaine est interminable. Comment compter ? Qui compter ? Sur les trottoirs, contrairement au samedi 2 octobre, les spectateurs sont des amis. Ils partagent les revendications. Ils prennent le train en marche quelques mètres et retrouvent d'autres amis. Il y a une vraie communion et point besoin ici de réciter un « Notre père » pour se concilier une partie de la population.

    Le soleil est de la partie, le défilé n'en finit pas de s'étirer, de se diversifier, de clamer son désir d'une vie meilleure. Cette fois, ce sont les étudiants et les lycéens qui ferment la marche. Ils avancent en rangs compacts. Ils ignorent sans doute qu'un peu plus d'aération favorise le décompte.

    Justement, je me presse auprès des responsables pour obtenir les chiffres du jour. La police affirme que le cortège a défilé durant un peu plus d'une heure pour 12  000 manifestants.  Mon décompte personnel estime à 25 000 manifestants ce cortège qui défila durant quatre-vingt-sept minutes. Les organisateurs prétendent que trente  mille militants ont battu le pavé pendant plus de cinq mille sept cents secondes.

    Je rentre bien vite pour mettre sur le clavier ce petit texte témoignage. J'écoute une radio périphérique pour mesurer l'air du temps et la teneur de cette journée. Le contenu de ce que j'entends est effarant. La bonne pensance des nantis, la haine des « vrais » travailleurs contre les manifestants, l'humour à la petite semaine. Radio Lagardère vient à nous et c'est proprement insupportable.

    Qui rendra vraiment compte de ce qui se déroule dans les rues de France ?

    Témoignagement vôtre

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Le ch'timi 13/10/2010 17:33



Bonsoir..article de Laurent Cotte


RETRAITES |


Un peu moins de monde à Lille, mais au niveau régional, jamais autant de manifestants n'ont battu le pavé contre le projet de réforme des retraites. Nouveauté : les étudiants et les lycéens
ont grossi les cortèges, mais modérément pour l'instant. Avec cette question : quid de la radicalisation ?


 



À Fenain, commune de 5 000 habitants du Douaisis, une quarantaine de personnes, plutôt âgées, ont foulé spontanément le pavé entre la mairie et le café Chez Paulette contre la réforme des
retraites.





Anecdotique, certes. Mais c'est un signe : hier, les manifestations de proximité ont mieux marché qu'à l'accoutumée. À l'échelle régionale, le record a été battu. Par rapport au 7 septembre,
qui avait jusqu'alors été la journée la plus mobilisatrice, on serait passé de 40 050 à 43 800 manifestants selon la police. Et de 75 000 à 97 700 selon les syndicats.


Et ce bien qu'à Lille la manifestation régionale ait, elle, été un peu moins rassembleuse que le 7 septembre : 12 500 personnes contre 19 000 selon la police. 30 000 manifestants, soit 2 000 de
moins selon les syndicats. C'est dans des villes comme Boulogne, Calais, Valenciennes ou Béthune que les cortèges ont surtout grossi. Dans le Pas-de-Calais, on est passé de 9 500 à 15 700
manifestants (chiffres police).


Mais au-delà des chiffres, la journée d'hier n'a pas tout à fait ressemblé aux autres. La sixième, tout de même, contre le projet du gouvernement. Dès le matin, quelques opérations escargot ont
eu lieu. Quelques lycées, à Hazebrouck, Lille ou Dunkerque, ont été perturbés ou partiellement bloqués.


Et ces jeunes, pas très nombreux pour le moment, ont rejoint pour partie les cortèges. À Lille, hier après-midi, étudiants et lycéens étaient 600 selon la police. Quelque 3 000 selon les
syndicats.


Pourquoi se mobiliser si tard ? « Nous sommes là depuis le début, mais nous mettons un coup d'accélérateur. À la rentrée, nous nous sommes concentrés sur les problèmes que les jeunes
avaient à régler, de logement, de bourse... Mais désormais, nous mobilisons sur les retraites. Et pour cela il faut multiplier les réunions d'information », indique Léo Voisin, responsable
du syndicat étudiant l'UNEF à Lille II. « Ce n'est pas facile de convaincre les jeunes que c'est leur affaire. Moins évident en tout cas que le CPE ou la loi sur les universités »,
reconnaît-il. Ce qui explique une journée un peu balbutiante.


C'est avec beaucoup de conviction que des jeunes, défilant entre la CFDT et la FSU pour éviter tout incident, scandaient néanmoins : « Sarko, t'es foutu, la jeunesse est dans la
rue. » Un militant CFDT donnant du tambour s'en est senti regonflé : « Ça fait vraiment du bien de les voir ici. » Un argument a fait mouche : « Repousser l'âge de la
retraite, c'est nous fermer un million de postes qui ne seront pas libérés », répétaient tous les jeunes que nous avons interrogés.


Antoine, 18 ans, en terminale ES au lycée Faidherbe, à Lille, arguait, lui : « Ma mère est à mi-temps dans la grande distribution. C'est précaire, je la vois galérer tous les jours, je
n'ai pas envie de la voir galérer encore plus. » Le ministre de l'Éducation a déclaré : « Manifester, c'est dangereux, la place des lycéens est dans leur classe. » Arsène
Ruhllmann, responsable national de l'UNL, principal syndicat lycéen, lui rétorquait : « Il y a vraiment une profonde incompréhension. »


La suite ? « Des lycées vont certainement poursuivre la grève, nous pourrons décider d'actions en plus de celles des organisations. »


Lesdites organisations appellent à de nouvelles manifestations samedi. Locales. Même celle de Lille ne sera pas régionale.


Quant aux grèves reconductibles, l'intersyndicale, qui n'y appelle pas, entretient un certain flou à leur sujet : « Ça doit se décider au niveau local, des entreprises. Nous veillerons à
ce que la démocratie soit respectée, et si elle l'est, nous les soutiendrons », déclare Pascal Catto, responsable régional de la CFDT. Qui menace : « Si ça se durcit, le gouvernement
devra en assumer l'entière responsabilité. » Des appels à la grève reconductible ont été lancés à Triselec Lille, à la mairie de Grande-Synthe ou de Raismes. Dans une douzaine
d'entreprises de la métallurgie, ils ont été soumis au vote mais dans la plupart des cas ils doivent encore l'être et souvent pour des débrayages de deux heures. Comme si chacun observait
l'autre et ne voulait pas se lancer seul dans cette radicalisation. Les jours qui arrivent s'avèrent décisifs.


 


bonne soirée




BR 13/10/2010 22:14



Ch'timi


 


La grande question qui agite nos politiques et nos journalistes est : "Pourquoi la h-jeunesse vient se mêler d'un problème qui ne la regarde pas !"


 


D'abord l'affirmation est infondée même si il y a loin de la jeunesse à la retraite.


Puis il y a vraiment un ras le bol de ce pouvoir et les jeunes plus que les autres sont sensibles à l'image, à la force des symboles, à l'injustice, au mensonge. Alors ils viennet gonfler les
rangs des travailleurs pour dire leur haine de cette forme personnelle, absurde, vaniteuse, hypocrite deu pouvoir.


 


Écoutez-les et vous en serez convaincu.


 


Seuls les jeuens n'oont rien à perdre et peuvent faire basculer le rapport de force et l'espoir.


Laissons-les agir en conscience.