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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La paille et le grain

Solidarité bien ordonnée commence par soi-même !


 




La pluie manque, les prairies souffrent et les éleveurs sont inquiets pour la subsistance de leurs bêtes. Le ministre de l'agriculture : Bruno Lemaire, dogmatique comme il se doit, écarte toute idée d'un nouvel impôt sécheresse et en appelle à la solidarité de tous.

La belle affaire que voilà ! Nous évitons une fois encore de nous poser les bonnes questions sur ce dérèglement climatique qui n'est toujours pas acté. Quelques politiques allègres s'autorisent même à nier l'évidence pour que rien ne change au pays de la gabegie et du mépris de la planète. Ne rien changer à toutes nos pratiques, continuer au même rythme et, quand il n'est plus possible de faire autrement, proposer quelques rustines provisoires.

La solidarité pour répondre à une situation probablement catastrophique dans de nombreuses régions d'élevage. Voilà la belle idée qu'il nous fallait. Un vœu pieu d'ailleurs qui ne mange pas de pain, celui dont il ne faut pas priver nos céréaliers des grandes plaines agricoles. Ceux qui ont polluer joyeusement et dans l'impunité la plus totale les nappes phréatiques. Les rois des nitrates et les princes des rendements absurdes !

Car, nos amis les céréaliers, gens très respectables et fort bien représentés dans les instances dirigeantes de la profession, ne sont pas hommes à manquer une bonne affaire. Ils se sont vite transformés en courtiers en bourse, l'œil plus souvent rivé sur les cours des céréales que sur l'herbe qui ne verdoie plus ! Ils spéculent, ils jouent à la hausse le cours du blé pour s'en mettre encore plus dans la poche !

Que leurs amis éleveurs depuis belle lurette, tirent la langue, les indiffère royalement. Ils sont bien au-dessus des soucis de ces tâcherons de la terre, ces esclaves quotidiens , attachés à leurs exploitations et à des animaux qui demandent présence et labeur. Les céréaliers s'enrichissent, font du syndicalisme agricole pour s'occuper et tirer encore quelques menus avantages, se lancent parfois dans la politique. Ils ont tant de temps libre qu'il ne faut pas leur en faire grief.

L'occasion eut été belle de renvoyer un peu de cette aisance qui fait tant défaut aux autres secteurs de la profession. Un beau geste désintéressé, un acte de générosité (oh, que ce mot est épouvantable et si peu professionnel !). Ne plus couper l'herbe sous le pied de leurs collègues, cesser pour une fois de les asphyxier avec des prix inabordables, cela eut été un geste de classe, un signe fort et si utile.

Mais il ne faut pas demander à des hommes d'affaires d'avoir du cœur. L'argent est un métal dur, il ne prédispose pas à la sensiblerie. Les affaires sont ce qu'elles doivent être et un sou de plus est un sou de mieux. La paille vient à manquer, il faut la stocker, attendre que les prix montent, gérer la pénurie, y ajouter son grain de sel pour faire la culbute le moment venu.

Pendant que les éleveurs ruminent leur détresse et cette maudite sécheresse qui leur tombe sur le poil de plus en plus souvent, ils mettent à l'abri balles rondes ou carrés, sans avoir à manier la fourche ça va de soi ! Monsieur Lemaire n'évoque surtout pas ce comportement abject. Il ne peut se permettre de dénoncer une attitude totalement logique dans une démarche libérale. Ce sont une fois encore, les consommateurs qui vont gonfler le bas de laine des céréaliers.

Les jachères vont rentrer dans le bal. Les primes demeureront à n'en point douter d'actualité quand ce  foin de seconde zone se vendra au prix fort. Le beurre, l'argent du beurre et la fermière (à condition que ce soit la femme d'un éleveur), il ne faut pas se gêner. Nos céréaliers continuent à arroser leurs immenses champs de maïs et nous marchons sur la tête sans voir venir la pluie. Quand ce système totalement fou prendra-t-il fin ?



Fourragement vôtre

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mire 02/06/2011 08:37



Merci pour cet article qui me permet de me rappeler tous les comportements insupportables que mes anciens voisins (ces "chers" propriétaires beaucerons) ont toujours eu.



BR 02/06/2011 09:03



Nicolas


 


Merci de venir parcourir ausis les billets qui ne sont pas de forme ovale. Samedi et dimanche, ils le seront.


 


Quant à nos céréaliers, l'argent et les méthodes extensives en ont fait des économistes, des hommes d'affaires, des nantis qui ont oublié d'où ils venaient et combien souffrent leurs collègues
des autres professions de la terre.


Et le pire, c'est qu'ils trustent tous les pouvoirs et se moquent bien des éléveurs et des exploitants de nos montagnes.


 


L'argent tue la solidarité dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres y compris en principauté d'Ovalie (suivez mon regard !)


Humblement vôtre