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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La quadrature de l'ovale

L'équation impossible

À Alain R, instigateur du titre …
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    Si tout ce qui est rond est mignon, la malédiction pèse alors sur ce cercle qui a mal tourné, cet ovale qui se sait bancal. Nous entrons alors dans l'art complexe du faux rebond, de la trajectoire surprenante et des réactions intempestives …

    Pas un heureux hasard ou un mimétisme géométrique, notre éteuf n'est pas le seul à obéir à cette diabolique loi de l'aléatoire, cette étrange règle de l'improbable, ce mystérieux principe de la pirouette. Être d'Ovalie, c'est appartenir à la confrérie de l'imprévisible. L'homo-rugbystus emprunte nécessairement les chemins de traverses à l'exploration de tous les possibles.

    Le mystère est son compagnon. Toutes ces pratiques échappent au rationnel, au raisonnable. La folie et l'excès font bon ménage dans nos clubs que l'observateur neutre, municipal ou occasionnel regarde d'un œil perplexe : le mauvais si possible !
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    Sur le terrain, dans les vestiaires, dans ce lieu de perdition qu'ils nomment « Club-house », les adeptes de l'ovalité se délectent d'irrationnel. Personne ne peut jamais prévoir ce qui va se passer. Ce sport à nul autre pareil puise toute sa substance dans le mental des hommes. Cette gloire en fait aussi parfois sa bassesse.

    Rien n'est jamais acquis, rien ne peut se répéter à l'identique, rien ne permet de prédire ce qui va advenir la fois suivante. Les entraîneurs se désespèrent, les dirigeants s'essoufflent, les élus s'exaspèrent. Les supporters y perdent leur occitan.

    Dans le jeu d'abord, une équipe brillante un jour pourra, sans raison apparente être l'ombre d'elle-même la fois suivante. Un grain de sable, un excès de confiance, un changement météorologique, une absence imprévue, un mot de trop et toute la belle mécanique mise en place des semaines durant se grippe sans vaccin possible. C'est la merveilleuse incertitude du sport qui s'épanouit encore plus au Rugby, ce sport qui laisse tant de place à la dimension mentale.
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    Dans la vie collective de ce groupe immense ensuite nous retrouvons la m^me ambivalence. Des agneaux parfois qui se montrent charmants et respectueux. De braves citoyens qui rentrent à l'heure rejoindre leur foyer dans un état convenable, les plaies et les bosses exceptées. Des loups plus rarement qui hurlent et refusent d'obtempérer. Des bêtes sauvages qui s'abreuvent sans modération, qui débordent de tous les cadres que de pauvres témoins extérieurs tentent vainement de dresser face à eux. Le groupe se fait horde, la folie mène cette bande jusqu'au petit matin.

    Qui n'a jamais enfilé la tunique de douleur et de gloire ignore la mutation qui s'opère. La bataille transforme les hommes. Le combat, la mise en danger, les coups assumés, les chocs encaissés sont autant de portes entrouvertes vers l'exutoire possible.

    Parfois, le plus souvent même et c'est heureux pour la santé de ces grands gaillards, la douche, si elle est chaude, remet les idées en place, la collation calme les appétits féroces et l'homme réintègre sa carcasse ordinaire.

    Et puis, il y a les coups de grisou. Une flamme se met en brûler au plus profond de ces âmes noires qui ne se sont pas débarrassées des scories de la confrontation dantesque. Le diable ne sort pas de sa boîte, bien au contraire. Il mène grand train avec ses compagnons. Rien n'apaise la soif inextinguible de ces monstres d'un soir. Le bateau chavire, les repères s'estompent et les braves pères de famille se griment pendant quelques heures en d'affreux soudards.
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    Toutes les équipes ont connu pareille transformation. Elles ne sont ni préméditées ni justifiables. Elles sont, tout simplement ! La faiblesse des hommes est d'autan plus dangereuse qu'ils sont nombreux. C'est la quadrature de l'ovale et de tant d'autres groupes masculins. La vigilance s'impose et la prudence est la mère de tous !

    Moralistement vôtre.

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