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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La soupe du bord du chemin.

L'école de la seconde chance.


    Il n'y a pas si longtemps de ça, au Nord de la Loire du moins, les écoles de rugby pouvaient parfaitement se voir affubler de cette appellation d'origine dévaluée. Les garçons ( les filles étaient alors très minoritaires) qui échouaient là avaient connu des expériences laborieuses, malheureuses ou infructueuses dans d'autres sports. La lie de l'humanité sportive en somme et de ce brouet impossible, les maîtres-queux de nos écoles de Rugby obtenaient une soupe du bord de chemin qui tenait au corps et au cœur.

    Trop petits, trop gros, trop lents, maladroits, malhabiles, …, ils rejoignaient les enfants de la balle et au fil du temps, à force de patience et de confiance, devenaient de vrais joueurs de Rugby. Les temps ont changé, la médiatisation, les sirènes du professionnalisme, la coupe du Monde (souvenir ancien et amer) sont passés par là. Les garçons affluent, les filles s'y osent et le niveau initial de ces aspirants champions est bien supérieur à ce qu'il était jadis. Il en est même qui arrivent maintenant avec des rêves de gloire, des carnets d'autographes et bientôt des catalogues « Panini » complets.


    La soupe devrait se faire consommé. Les gros et bas morceaux ont disparu de nos écuelles. Il y a bien longtemps que l'on ne fait plus tremper le pain dur et ce vieux chabrot n'est plus qu'un nuage de nostalgie. Nos nouveaux gladiateurs sont habillés de la tête aux pieds dans une tenue de scène étincelante et oublient le plus souvent les vertus guerrières qui font partie de la panoplie.

    Pendant ce temps, l'industrie agro-alimentaire œuvre à la disparition de nos vraies soupes familiales. Puisqu'on met tout en sachets, le portrait du joueur de Rugby en talons aiguilles ou le potage à la tomate, ils se sont déchaînés sur des légumes certainement pas issus d'une agriculture biologique. Desquamé, mouliné, déshydraté, lyophilisé, atomisé et dénaturé (vous pouvez constater que j'effectue des recherches documentaires sérieuses), le pauvre légume fait grise mine, y compris dans des emballages qui cachent bien plus de mauvaises intentions que de bonnes saveurs.


    L'emballage est le mal récurrent de cette société et le Rugby n'échappe pas au syndrome de la soupe industrielle. Sur nos vertes pelouses, les maillots à l'effigie de Blanche de Fontarce ou de la Reine de Castille fleurissent aux entraînements. Les zébrures et les éclairs s'imposent sur ces paletots chatoyants si tendance…

    Hélas, le jeu ressemble aussi aux consommés automatiques sortis tout froid de robots lobotomisés. Tout à la même saveur du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. La soupe ou le rugby subissent de plein fouet l'uniformisation de notre société, des goûts, des valeurs, des procédures et des contenus.


    L'épicurien chroniqueur s'en retourne sur les chemins de traverse à la recherche des légumes abandonnés, oubliés ou simplement négligés, ceux qui n'ont pas été retenus par des clubs prédateurs, ces épiciers modernes. Il se donnera la peine de laisser le temps au temps, au mijotage à petit feu, aux assemblages improbables, aux compositions subtiles ou imposées par la nécessité. Il ne s'interdit pas des associations inédites et invite ainsi, à des festins plus modestes, ceux qui n'étaient pas conviés à la table de nos marchands de soupe.

    C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, celles qui laissent autant de souvenirs qu'elles remplissent les estomacs. Les papilles enchantées et la sueur au front, c'est à la croisée de trois chemins que l'aventure culinaire se poursuit.


    Bon appétit à tous et vive le Rugby Garbure !

    Consommément vôtre.

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