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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La transligèrienne

Et puis, plus rien !


Je partis de la ferme des Tilleuls en y laissant des amis. Le temps d'une petite journée, Joëlle et Jean-Yves sont entrés dans mon existence. C'est suffisamment rare pour profiter de ces moments précieux. Le petit déjeuner dura plus longtemps que prévu, les minutes ne comptent plus guère, nous parlons, le temps est aboli. La magie du lieu sans doute, les enfants se lèvent un à un. 

 

 


Puis, il faut bien effectuer les premiers pas qui me conduiront vers la prochaine étape. Je dispose bien d'une adresse mais la distance est grande et je ne sais de quoi sera faite ma journée. En avant pour un trajet que Jean-Yves a déjà effectué à bicyclette.

 


 

 


 

Je traverse Balbigny, c'est jour de marché, je n'ai pas le temps d'y faire des emplettes. Je traverse dame Loire, quelque chose a changé ! Elle a pris un peu de joues, elle s'est empourprée des dernières pluies sur les Cévennes. Elle a cessé d'être un filet d'eau qui se traîne. Elle roule, elle ne gronde pas encore, mais la dame a pris une vigueur qui lui donne bonne mine.

 


 

J'avance à ses côtés. C'est ainsi que je l'aime, un peu gironde certes, mais tout à fait Loire ! Le chemin est totalement coupé du monde. Les oiseaux attendent mon arrivée pour s'envoler. Rien ne les perturbe ici. Je croise mon premier Martin Pêcheur, quel bonheur, quel bel oiseau avec ses reflets bleus. Il n'a pas eu la délicatesse de se laisser photographier, il aime à se montrer discret. Je le comprends !

 


 

Puis les réalités agricoles s'imposent à moi. Des barbelés me barrent le passage et cette fois pas de petit saut du berger pour franchir l'obstacle. Le sac sur le dos m'empêche de tenter le saut du cabri. Je navigue à vue entre maïs, haies et un petit ruisseau qui m'inquiète. Après un savant détour, une grande boucle sur moi-même, le miracle a presque lieu. Je trouve un gué et une passerelle pour traverser l'obstacle, mais dame Loire a filé loin d'ici.

 


 

Je dois retourner au charme discutable du bitume pendant quelques kilomètres. Je pense la retrouver du côté de Feurs. Effectivement, elle s'offre à moi juste après une première rencontre. Gilles me prie de rentrer dans son atelier pour me poser un peu. C'est une marbrerie ! Il a repris l'atelier de son père non sans mal.

 


 

Gilles a 55 ans, cela fait maintenant 32 ans qu'il n'a pas pris de vacances et qu'il reste à coucher sur la pierre les noms de ceux qui tirent leur révérence. « C'est l'aspect le plus terrible de mon métier. Je revois parfois de vieux amis que j'avais perdus de vue, mais les circonstances sont telles que nos retrouvailles ne peuvent être joyeuses ! »

 


 

Mais Gilles a un secret, c'est pour ça qu'il m'a fait signe de rentrer. Lorsqu'il eut 16 ans, il partit sur les routes pour deux années d'errance, pour rompre les ponts, pensait-il avec un père qu'il ne comprenait pas. Deux années durant lesquelles, il donnait parfois de ses nouvelles à sa mère. Il fit la route, travaillant ici ou là, rendant des services pour un peu de soupe.

 


 

Il a traîné son caban en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et en France. La première année, il dormait en s'enroulant dans ce mince manteau. « Qu'est-ce que j'ai pu avoir froid, c'était pas possible ! . Il lui fallut attendre la seconde année de route pour trouver duvet et un peu plus de chaleur. « Voilà, mes vacances, je les ai prises au début. Je suis rentré et j'ai travaillé avec mon père, et maintenant, c'est moi le marbrier ... »

 


 

Un voile passe dans ses yeux, l'homme partirait bien à nouveau sur les routes. Son invite n'était pas innocente. L'appel du large reviendrait bien vite chez cet homme sec aux cheveux poivre et sel. Il songe à vendre l'atelier, il veut couper avec cette si longue parenthèse auprès des stèles et des noms à graver. La vie veut reprendre ses droits avant qu'il ne soit trop tard.

 


 

C'est juste après l'atelier que je pris le sentier de l'écopôle. Je longeai alors une autre Loire. Une paresseuse, une traînante. Elle n'avait plus rien à voir avec celle de Balbigny. Un détail m'avait échappé que l'on m'enseigna plus loin. Avant le pont de Feurs, il y a une petite retenue. La dame s'y prélasse, se laisse couvrir de lentilles d'eau. Elle se grime en étang de Sologne. Elle n'est pas à son avantage dans ces habits-là !

 

 


 

Puis, elle oublie les eaux stagnantes et se métamorphose encore. Avant l'Écopôle, elle prend des allures de rivière Loir, ce bel affluent qui nous offre, en Région Centre, une vallée magnifique qu'il faudrait découvrir. Un lit plus étroit, une onde apaisée, des berges ombragées à se laisser aller à la sieste. J'avance pourtant sans me départir de mon but. Après cinq heures de marche; je trouve tous les membres de la joyeuse équipe de ce centre d'éducation à l'environnement à la pause café. Je passerai plus d'une heure avec eux, nous en reparlerons une autre fois.

 

 

 


 

Le cartographe du groupe me confia un plan. Il m'assura qu'il existait un chemin le long de la Loire. Je partis confiant, j'avançai près de la rivière jusqu'au bout du Gourd. C'était l'impasse. Un ruisseau, des orties, des ronces et plus trace de sentier. Se tromper au Gourd, fut-il jaune, avouez que c'est ballot ! Je fis demi tour, pris une route qui longtemps après me mena à belle distance de ma Loire. C'est à Chalain Le Comtal que je trouvai hébergement.

 


 

Aventureusement vôtre.

 

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mjo 19/07/2011 13:14



Il pleut, enfin... Si j'en crois tes photos, tant mieux, tu passes encore entre les orages (du ciel, ceux d'humaine figure ne t'évitent pas toujours...).


Visages alanguis, paysages contés... merci pour la ballade offerte aux sédentaires rêveurs...



BR 19/07/2011 17:48


MJO Je vois que c'est le billet le plus Ligérien qui a retenu ton attention. Merci de ta visite. Je suis sur un nouveau barrage, j'avoue ne pas l'aimer ainsi. Chambles dans la Loire pour vérifier
ma progression. Bonnes rêveries