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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le Bec dans l'eau

Une demi-Loire.


 


 

Je fis bien de partir de bonne heure en ce matin très chaud. Bientôt le temps se fit fournaise et les pieds me brûlaient sur le revêtement en asphalte de la levée. Qu'elle se nomme de La Mole, du Val, des Rauches, du Poids de fer ou de la Bonne Conscience, la levée est ici gardienne lointaine d'un fleuve qui s'est retiré en ses quartiers d'été.

 


 

D'un côté, des maïs et des cultures céréalières. De l'autre, du côté du fleuve, des landes de bruyères et des prés miséreux où des vaches cherchent patiemment de l'herbe à bientôt ruminer. Le chemin du pont bleu n'est pas très long, heureusement car je n'y fis aucune rencontre. J'étais déjà bien peu présentable quand, pour une fois encore, je repassai à l'ennemi nivernais.

 


 

J'allais mon train à la recherche du bec d'Allier. Non point dans sa réalité tangible qui m'eût barré la route mais dans sa vue panoramique pour embrasser tout d'un seul regard. Le marcheur a parfois des envies normatives comme tout un chacun. J'avançais une fois encore au jugé et mal m'en prit : le joli chemin ombragé ne menant que dans de vastes propriétés qui me barraient la Loire.

 


 

Je gravis alors mon premier relief conséquent après deux cent kilomètres de platitude du Val. Le panorama se mérite et la hauteur est souvent un gage d'horizon dégagé. Rien ne s'obtient sans quelques sacrifices et je gravis mon petit Golgotha à moi sous le soleil écrasant.

 


 

La vue ne me sembla pas valoir la chandelle mais suis-je objectif en la circonstance ? Que ma Loire d'un seul coup perde son frère jumeau et elle se réduit de moitié. Je devais me préparer à ce spectacle, il me tomba des yeux. L'amoureux éconduit ne doit pas vivre douleur plus grande. Le Bec d'Alier me laissait sur ma faim, il était pas loin de midi du reste.

 


 

Je dévalai la pente pour retrouver ma demi-sœur. Un sentier cette fois s'offrait à moi et surtout à mon éducation. Il était habillé de panneaux éducatifs expliquant le fleuve, ses animaux, sa végétation, ses bancs de sable, son érosion. Une belle initiative qu'il convient de saluer. Il a un nom à joli consonance : « Le ver vert ».

 


 

C'est là que je débouchai sur Nevers pour tomber immédiatement sur des amoureux de La Loire et l'Allier. Ils se sentent indifféremment de l'une ou l'autre rivière et portent le beau patronyme de guide des eaux mêlées. Yvan, le chef marinier en sait d'ailleurs bien plus que moi sur les gens de Loire. Il me cite écrivain, artiste, pêcheur avec une passion qui ne dément pas. Nous évoquons comme il se doit le si discutable Festival de Loire de ma cité Cenabum. Nous ne manquerons pas de nous y retrouver du 21 au 25 septembre il me semble.

 


 

Yvan est tout affairé à préparer la visite de l'expert pour homologuer sa grande Gabarde au transport de passagers. Le succès aidant, la réglementation est venu se mêler de ce secteur d'activité et la note est salée pour pour le marin d'eau douce qui veut se mettre en conformité. Les exigences sont multiples : corne de brume, échelle de corde, extincteur, gaffe, bouées couronnes, gilets de sauvetage, jumelles, signaux lumineux aux couleurs réglementaires: blanc pour être vu de tous les côtés, rouge à bâbord et vert à tribord.

 


 

Yvan fait ses comptes, l'expert lui demandera deux mille euros hors -taxe et l'équipement réglementaire plus de mille cent cent euros TTC. La professionnalisation a un coût et notre homme semble vouloir laisser la Loire aux gens sérieux. Il faut sans doute de la rigueur pour embarquer douze passagers quand les eaux ne sont pas aussi tranquilles qu'aujourd'hui. Il est déjà fini le temps des gentils pionniers arcandiers d'une marine qui renaissait de ses cendres.

 


 

Je file au syndicat d'initiative de Nevers retrouver Sabrina, la compagne d'Yvan. Monsieur Le Maire m'a fait faux bond sans doute trop occupé pour un marcheur solitaire, je dois trouver hébergement pour retrouver apparence convenable. Elle s'y emploie avec patience et efficacité rompant ainsi avec la tradition des hôtesses revêches. Je l'en remerciai vivement.

 


 

Bottement vôtre

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