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Ma Fille Liger

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La Fille Ligère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

A sa naissance on lui fit

Un berceau d'une gerbe de joncs

Elle aurait grandi au Puy

Avant de rejoindre des garçons

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Ils étaient tous marins

Cœurs gros et mœurs légères

Ils suivirent son chemin

Jusqu'à sa tribu Liger

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

En été elle se prélasse

Alanguie, elle prend tout son temps

C'est sans fin qu'elle rêvasse

S'endormant le long de ses bancs

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

Et en automne, elle forcit

Elle redevient fréquentable

Mais si elle reste dans son lit

C'est pour se faire plus aimable

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Et en hiver elle s'emporte

En roulant sa colère

Tout en se faisant plus accorte

À tous les marins en galère

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

C'est au printemps elle se lâche

Débordant de toutes parts

C'est alors qu'elle se fâche

Et nous refuse le départ

 

 

C'est une fille sauvage

Qui vous conduit dans son lit

C'est une femme rivage

Qui s'écoule à l'infini

 

 

Elle n'est jamais aussi belle

Qu'en notre soleil levant

Lorsque la brume l'éveille

À ses petits matins naissants.

 

 

C'est une Loire volage

Qui roucoule dans son lit

C'est un fleuve visage

Qui coule sans soucis.

 

 

Ligèrement vôtre

IGP6422

Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 06:50
- Publié dans : Y'a pas que le rugby dans la vie

Le camelot du roi.

 


Un docte professeur d'Espagnol et amoureux de la chose publique découvrit par inadvertance que des émeutes anti-parlementaires avaient eu lieu en 1933 dans la bonne ville de Sully-sur-Loire. Pour un républicain intransigeant, cette information fit l'effet d'un tremblement de terre. Il en perdait le sommeil, l'appétit et l'envie de poursuivre son action d'élu municipal pour un département, qui, dans une époque pas si lointaine, était tombé bien bas !

Quand on habite près de Pithiviers, à deux pas de Beaune-la-Rolande, il est facile d'avoir une hypertrophie du symbole, une exigence absolue de pureté et de vérité pour la chose historique. L'année 1933 préfigurait déjà ces temps obscurs qui défigureront durablement la réputation de son cher Loiret. Philippe, puisque c'est ainsi que nous l'appellerons, voulait en savoir plus, il enquêta …

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De coups de fils en aiguilles de boussole, il trouva son bonheur dans les archives départementales. Sa bonne étoile l'avait guidé vers une lumière étincelante. L'affaire Stavisky était la clef, elle n'aura plus de secret pour sa soif intangible de connaissance.

Il s'enthousiasma de la similitude avec notre époque : une crise économique venue d'outre-Atlantique, des menaces extérieures pour les pays du Monde, un parlement en mal de représentativité, une crise morale avec la perte des valeurs humanistes au profit d'un individualisme forcené, une communauté montrée du doigt  et toujours la domination du Dieu Argent …

Les archives finirent pas lasser notre homme, elles ne contiennent que ce que les hommes ont bien voulu confier à la mémoire officielle. Philippe est l'un de ces historiens de la vie quotidienne. Il s'émerveille d'une carte postale qui relate un incident politique, il s'enthousiasme pour un dessin amateur croquant un notable, il est ébloui par des cahiers d'écoliers où un adulte relate ses impressions et ses sentiments d'une époque révolue.

Il devint alors un rat de brocantes et de vide-greniers. Un de ces petits rongeurs qui arrivent au petit matin à la recherche du Graal, du trésor qui éclaire l'Histoire des hommes. Sa quête de l'absolu, il la mena sans relâche, avec une obstination digne des habitants de ce plat pays de Beauce, au Nord du Loiret. Il fouillait les paniers des bouquinistes, les cartons des cartophilistes, les stocks des caricatophiles, les trésors des chromophiles, les merveilles des éphémératophiles, les secrets des gazettophiles et les étranges documents des fiscaphilistes.

Ses amis se moquaient bien de cette passion, ses collègues riaient de ses marottes d'un autre temps, sa femme se désespérait de ce bric à brac qu'il entassait chez eux. Qu'importe, c'est avec l'obstination d'un Théodore Monod  à la recherche de son inaccessible étoile dans le Sahara, que le professeur cherchait tout ce qui pouvait avoir trait à l'affaire Stavisky.

Sa quête relevait même de la frénésie depuis que le patronyme du nouveau président de la république lui rappelait par ses extrémités, S…Y, sa chère obsession. 

Sa vie bascula ce samedi 13 mars 2010. Il était déjà en voiture pour s'en retourner retrouver son épouse légitime et néanmoins patiente. Un cycliste par lui fort bien connu le hella !
"Philippe, arrête toi, il me semble avoir trouvé quelques documents qui peuvent aiguiser ta curiosité, pourtant déjà si tranchante !" Reconnaisons la médiocrité du propos et allons plus avant.

Il est des jours où tout semble vous sourire. Alors que le stationnement est un véritable problème au-près des puces d'Orléans, celui qui était dans un jour faste, se fit offrir une nouvelle occasion de ranger convenablement son véhicule sans prêter le dos et le pare-prise à des fonctionnaires tatillons et fréquemment procéduriers.

 


Le quidam cycliste lui indiqua  un nouveau vendeur, qui proposait des documents officiels, de l'emprunt russe, au laissez passer de la seconde guerre mondiale. Des papiers qui éveillent la curiosité des amateurs comme des décorateurs de l'improbable. Il parait qu'un procès verbal pour prostitution, dressé par une hirondelle de la belle époque et encadré comme il se doit avec mauvais goût et floritures, est du dernier chic au dessous d'une lampe rouge dans une alcove moderne.

Philippe ignorait tout des trésors que proposait à un public averti, ce fiscaphiliste qui conservait ces raretés dans un coffre de voiture, à l'abri du regard médiocre du béotien de passage…

Les présentations furent faites par le cycliste devenu piéton et Philippe se mit à fouiller ce stock étonnant. Rapidement son cœur s'emballa. Les documents du lot qu'il avait sous les yeux dataient de l'avant guerre. Permis de pêche à la nasse et autres objets dérivant, octroi d'un droit de chasse au faucon, carte d'ancien combattant de la guerre de 1870, permis de construire un hangar à vocation agricole, autorisation préfectorale pour avancer la date des vendanges. Il y avait à boire et à manger , de quoi satisfaire son appétit insatiable.

 


Des papiers sans importance pour le commun des mortels, mais Philippe est-il mortel ou appartient-il à la caste des immortels académiques ? D'ailleurs, il perdait pied avec le réel. Il en oubliait de remercier le piéton qui s'en retourna à sa bicyclette, dépité devant tant d'ingratitude. Philippe en omettait d'accorder la plus petite attention à ce brocanteur miraculeux. Ce dernier  voyait d'un mauvais œil ce fouilleur compulsif et hystérique qui semait le désordre derrière lui et perdait dans sa frénésie la plus petite once de courtoisie.

Soudain, Philippe ressentit un choc violent dans sa poitrine. Un étau lui enserrait le cœur, son pouls s'accélérait dans des proportions incroyables pour un homme qui depuis fort longtemps ignore tout de la pratique réelle de l'activité sportive  …

Le coupe-file blanc donné à Alexandre Stavisky par les services de la préfecture de Bayonne et signé semble-t-il de la main du sous-préfet Antelme ! Ce document,là, sous ses yeux, à portée de bourse, à la condition de paraître calme et dégagé. C'était son chant du cygne, son Eldorado, sa minute personnelle d'éternité. Le sésame pour la postérité, les palmes académiques peut-être !

 


Hébété, il était comme fou. Le vendeur putatif piétinait devant cet excentrique qui se souciait si peu des convenances de la bienséance et des règles commerciales de ce lieu. Alors, quand son drôle de client daigna enfin lui adresser la parole pour s'enquérir du prix de ce document de peu d'importance, le vendeur chafouin perdit de vue son fond de commerce et prétendit qu'il n'était pas à vendre.

Bien trop tard pour lui, Philippe reprit pied avec le réel et s'écria :
" Ciel, le broc se braque !" L'exclémation eut pu dérider l'honorable commerçant comme elle avait déclenché l'hilarité générale dans le voisinage. Mais le fiscaphiliste a aussi peu d'humour, c'est bien connu,  qu'un contrôleur inspecteur du Trésor Public. C'est sans doute ce trait particulier de caractère qui les pousse tous deux vers ces professions de paperasse !

Excédé comme un contribubable à qui l'on vient d'annoncer un redressement fiscal conséquent, le respectable scriphophiliste   ferma son coffre au nez et à l'absence de barbe du pauvre Philippe. Sa caverne d'Ali Baba était à deux pas de lui, son trésor enfermé à l'intérieur et aucune formule magique ne permettait d'ouvrir le cœur de l'énervé comme la porte du cabriolet.

Enfer et damnation, adieu les palmes et la rosette ! Oubliée la conférence au collège Poisson devant des collègues enfin admiratifs ! Le bonheur c'est peut-être simple comme un coupe-file blanc mais c'est aussi inaccessible que la fortune,  la jeunesse ou qu'un bouclier de Brennus pour une équipe de Rugby en région Centre !

Ephémératophilement vôtre

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