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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le cadencement infernal

La bataille du rail …




        Nous n'avions pas perçu jusque là les conséquences de l'abandon des vieux problèmes d'antan de baignoires qui se remplissent ou de trains qui se croisent. Les mathématiques modernes nous ont appris les grands ensembles, les belles réunions mais aussi les intersections douteuses. Nous avions de quoi aborder la complexité du monde réel, du moins c'est ce que nous pensions !

        Les jeunes loups de nos écoles que l'on pense grandes ont ainsi grandi loin de ces calculs ferroviaires. Ils se sont nourris de la certitude que tout peut se concevoir de façon basique, organisée, régentée par les désirs d'administrateurs zélés. Tout doit se plier à la volonté administrative et centralisée de nos énarques.

        Alors, quand leur est venue la curieuse idée de repenser les horaires de la SNCF, ils se sont mis en tête d'inventer un nouveau concept : « Le cadencement ! » Sans doute influencés par le doux murmure des roues sur les rails, ce murmure rythmé si agréable à celui qui veut s'endormir en voyage, nos rois de la machine à calculer ont plié les horloges si précises de nos gares à leurs délires chronologiques.

        Tous les trains pour une destination donnée devront partir à la même heure. Belle et grande idée qui permettra sans doute très bientôt de faire des économies de dépliants informatifs. C'est ce qu'on appelle une niche de rentabilité. Les rois de la pensée inique se font fort de mettre la France entière à l'heure des grandes villes et du trajet unique : Paris – Province.

        Ils n'ont pas appris dans leur jeune âge que des trains pouvaient se croiser, que d'autres ne se préoccupaient pas, les malheureux de rejoindre l'étoile ferrée, et qu'il y avait une vie dans les provinces, mêmes reculées. Ils n'ont pas non plus compris que la correspondance n'est pas qu'un échange épistolaire entre deux grands auteurs, mais que cette notion inaccessible à leur esprit trop cartésien, concerne des millions d'anonymes.

        Et si, à cette farce logistique, nous ajoutons les trahisons des élus régionaux ou départementaux qui suppriment des arrêts, qui effacent des villages de la desserte ferroviaire et vous avec une France d'en bas qui déraille, qui se trouve contrainte à prendre une automobile (quand c'est possible) pour aller gagner sa misère dans la grande ville voisine !

     Le mépris des élites, la fuite en avant vers une privatisation prochaine et radicale des transports ferroviaires et ce sont les isolés, les petits, les provinciaux à l'écart des lignes TGV qui seront les dindons de la farce. Le service public aux oubliettes, le respect de tous sur le territoire n'existe plus et le mouvement s'amplifie.

        Enfin, dans un contexte qui devrait pousser les gens vers le train, rien n'est vraiment fait pour privilégier ce mode de transport économique et durable. Les intérêts sont trop forts, la convoitise des lobbies automobiles trop grande et surtout la gloutonnerie des sociétés de chemin de fer privées qui vont se faire du beurre sur des équipements payés par les contribuables, pour espérer un vrai développement du train pour tous et à des tarifs compétitifs. Nous sommes tous scandalisés par les prix qu'on nous propose pour un trajet qui est inaccessible pour une famille, contrainte par défaut à prendre sa voiture face à ce brigandage d'état.

        Une fois encore, une fois de trop, on nous mène en bateau ! La métaphore est douteuse quoiqu'elle annonce le prochain naufrage des petites lignes, des petites gares pour servir une conception inégalitaire de ce service bien loin du rôle historique et territorial de la défunte SNCF.

        Le libéralisme continue à plier le pays sous sa coupe. Tout nous prépare au pillage de ce qui faisait la gloire du service public. Nous sommes sur une mauvaise voie et le pire est encore devant nous !

    Déraillement vôtre.

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