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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le chemin de Travers mène au Bonheur.

Merci Pierre ...

 





    Je croyais être passé définitivement à côté de ces émotions pures, des instants en suspension que provoqua parfois la chanson française. Qui a regardé sur notre étrange lucarne le récital de Jacques Brel à l'Olympia, a dû se dire tout comme moi : « Jamais hélas, je ne connaitrai pareil instant d'éternité ! »

    Ainsi, au fil des actes manqués, des rencontres impossibles ou oubliées, je n'avais pas vu sur scène Brassens, Ferré, Barbara et bien sûr maître Jacques. Beaucoup d'autres chanteurs et surtout grâce à Pierre, me donnèrent souvent grand plaisir, proposant beau travail d'artisan de la chanson, honnête métier de rimeur et de mélodiste. Il leur manquait simplement ce qu'on peut nommer le charisme, le génie, la grâce et qui ne se trouve jamais sous le sabot d'un cheval.

    Tout cela n'était que trop vrai jusqu'à cette soirée du Festival de Travers où l'ami Pierre et sa joyeuse troupe d'ABCD, invita les gens aventureux, les amoureux des ritournelles à des découvertes curieuses. C'est souvent les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes que je me rends aux propositions si honnêtes de cette association qui œuvre inlassablement pour le spectacle vivant.

    Ce jeudi soir, la salle des Fêtes de Saint Jean de la Ruelle nous proposait son inconfort insupportable, son incapacité à attirer les curieux et le public payant. Nous étions moins de cinquante quand tant de gens se pressaient sans doute devant des stupidités affligeantes sur les écrans de télévision. Tant pis pour eux, nous ignorions alors que le plus beau des moments allait nous être proposé.

    Des deux artistes à l'affiche, d'illustres inconnus des émissions à gogos, je ne savais strictement rien d'eux, c'est l'un des charmes de l'aventure. Aucune chanson de l'un ou de l'autre n'avait pu se glisser subrepticement dans les programmations des radios et télévisions publiques que je fréquente parfois. Il en faut du courage, de la persévérance pour mener son chemin de chanteur de qualité dans un environnement qui n'ouvre ses portes qu'à la seule médiocrité patentée.

    Jean-Baptiste Veuloz ouvrit le bal des mots qui s'entrechoquent, qui cherchent la rime ou l'envers du décor, qui vous prennent par le bout du cœur pour quelques jolis pieds de nez et de tête. Nous étions déjà sous le charme d'un bel artisan rimeur, d'un ciseleur des contre-sens et de la métaphore aventureuse. La soirée débutait bien.

    Puis ce fut le choc, Pierre avait été dithyrambique quand (comme) souvent, mais il est préférable de mettre parfois un peu d'eau dans son vin de louanges. Il avait raison ! L'âme qui chavire, le corps qui se dissout, la poitrine qui se comprime et les maxillaires qui tremblent d'émotion. Nous étions en suspension, accrochés à un pierrot lunaire, un petit homme fragile à la voix de l'intérieur. Rémo Gary venait de surgir dans mon panthéon et sans doute celui des trop rares spectateurs. J'en voulais à tous ceux qui m'avaient caché son existence jusqu'alors.

    Une écriture maîtrisée, précise, limpide, inspirée, sublime. Des mots savants, des mots d'autrefois, des mots tordus et des images pleins la tête. Ses textes, taillés comme des perles précieuses, ceux de grands poètes aussi pour célébrer l'absolue (L'affiche Rouge et les oiseaux de passage) . Il nous transporta littéralement vers un ailleurs irrésistible. Nous étions feu et rage, colère et rébellion, amour et passion au gré de ses chemins de travers et de rimes, de fureur et de passion. La poésie chantée, le libérateur était notre enchanteur d'un soir.



    Je n'ai pas le talent qu'il convient pour rendre compte de l'impensable révélation, la fusion que chacun de nous vécut ce soir-là. À la sortie de la salle, des yeux rougis pour beaucoup, des larmes qui n'étaient pas contenues pour d'autres. Pour tous, l'incapacité manifeste de rentrer chez soi. Chacun voulait rester lové dans cette bulle qui ne crèvera jamais. Parler, pour croire vraiment en la réalité de ces minutes d'exception. Personne n'avait rêvé et nous étions si peu, hélas, pour vivre l'extase enchantée !

    Notre bonheur ne pouvait se satisfaire de cette trop faible assistance. Nous aurions aimé être des centaines à partager ce miracle. C'est injuste, c'est trop bête de passer à côté de l'équilibriste magnifique ! Pourquoi la culture demeure-t-elle si confidentielle ? La beauté serait-elle subversive ? Merci Pierre et bravo encore à vous, Rémo Gary, vous êtes un seigneur de la chanson ! Le Festival de Travers continue, tout le weekend, il plante son chapiteau sur la place Saint Aignan à Orléans, ne manquez pas d'autres parcelles de paradis.



    Admirativement sien. 

vidéo :
Rémo Gary par Fibro63

 le site de rémo Gary :
http://www.remogary.com/


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