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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le Comité de la scie à dents dures.

À l'ombre des anciens.

 




    Il est un coin de nos stades, tout près de la pelouse, où aiment à se regrouper les vieilles gloires, les porteurs de casquettes grises, les mémoires vacillantes d'un Rugby qui n'allait pas aussi vite. Le béotien pourra aisément les identifier, bien que la main courante soit métallique, à leurs pieds des monceaux de copeaux attestent de leur incessante activité verbale tout au long de la rencontre.

    Ne vous y trompez pas, j'ai une certaine sympathie pour ces esthètes d'un jeu qui n'existe plus, ces adorateurs des envolées magnifiques, pour ces chantres d'un Rugby Champagne alors qu'ils ne boivent plus que de la bière. À ce dernier détail prêt, je ne rechigne pas à leur donner un petit coup de langue quand j'ai l'opportunité de me rendre à une rencontre de notre club phare. Chacun a ses faiblesses, les miennes sont considérables !

    Revenons à nos scieurs de long, grands manieurs de la scie à dents dures. Ils commentent toutes les actions avec dans les pupilles ce qu'ils pensaient pouvoir faire du temps de leurs jeunes années. L'objectivité n'est pas de ce monde, en sport plus que partout ailleurs. La mémoire se fait beaucoup plus sélective que le propos, elle privilégie la critique abusive et oublie bien souvent de nuancer.

    Pourtant, il suffit de regarder sur E.S.P. N. Un match international vieux de quelques décennies pour être effaré de tant de discontinuité. Le Rugby d'alors n'était que phases collectives confuses d'où émergeait parfois un ballon qui se trouvait promptement envoyé plus loin en dehors du terrain. Les passes étaient rares, les regroupements informes, les touches inextricables, les mêlées redoutables et parfois barbares. Il fallait que Roger Couderc déploie des trésors de mauvaise foi pour faire chanter le cuir.

 


    Alors, les scieurs de long oublient toutes ces vérités incontournables pour se proclamer les défenseurs d'un jeu qui n'avait pas cours en un temps où leurs jambes daignaient aller plus vite que leurs langues aujourd'hui. Il ne faut pas leur en vouloir, personne n'échappe à l'enluminure des jeunes années, ces temps de cocagne où les excès d'alors s'oubliaient avec une incroyable facilité.

    L'amertume se paie mécomptant, ce sont les pauvres joueurs actuels qui effacent les outrages du temps, les failles de la mémoire et les illusions magnifiques. Il faut se donner l'air d'avoir été et priver ceux qui sont encore de ce bonheur sans égal.

    La critique est permanente, la réflexion sans réplique, le commentaire sans nuance, le propos sans raison. C'est ainsi et le comité de la scie à les dents qui s'allongent au fur et à mesure de la rencontre et des voyages incessants vers la buvette ;  cet espace qui prolonge plus que les autres les velléités sportives de nos vieux messieurs indignes.

    Pour faire taire nos langues vipérines, il faudrait, mais la chose n'est pas aisée, leur confier quelques responsabilités dans l'association. Les vieux crampons brillent davantage par leurs souvenirs que par leur disponibilité. Ils ne sont pas nombreux à rendre une partie ce qu'ils eurent le bonheur de recevoir, quand plus jeunes, ils bénéficièrent de dévouement d'anciens. Cette fois, ils préfèrent passer leur tour ! Ils restent étrangement silencieux quand on aborde cette éventualité.

    La vie est ainsi faite que celui qui donne de sa personne et de son temps n'a plus le goût de vomir son animosité, sa frustration ou ses regrets. Il comprend bien mieux la réalité s'y confrontant plus souvent qu'à son tour. C'est le début de la sagesse, c'est aussi le moteur essentiel de nos associations. Il sera bénévole quand d'autres resteront à jamais scieurs de long !

    Copeausement leur.

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N le Texan 21/01/2011 16:07



Bonjour BR,


C'est effectivement en regardant ces matchs sur ESPN que je me suis rendu compte que nos vieux pardessus, que je taille à grands coups de tronçonneuse, on fait, pour une fois, de belles choses:
Les évolutions des règles de ce jeu sur les 40 dernières années sont vraiment super bénéfiques!


Le lift en touche, les interdictions du jeu au sol et de botter directement en touche, de jouer obligatoirement dans l'axe sont une bénédiction pour le jeu.


l'équipe de 1977 et le grand Béziers, P... que c'était Chi..t!


Lavéritésijemens votre,


N le Texan



BR 21/01/2011 16:17



La vérité ...


 


N'accordons pas au vieux pardessus ce qui revient aux techniciens, aux arbitres et surtout aux gens de l'hémisphère sud. Les innovations sont souvent venues de l'autre côté de l'équateur. Un
esprit et un regard neufs, l'absence de pesanteurs inoxydables, la volonté de faire du spectacle pour les impératifs audio-visuels.


Les progrès sont effectivement considérables et nous n'avons pas pratiqué le jeu que nous demandons aux joueurs de réussir, mais il ne faut pas le leur dire ...


À ce soir j'espère.


Confusément vôtre