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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le coq et les œufs à la neige.

Les fêlures du collectionneur !


À Marie-Jo et tous ses amours …

    Tout près des ruines du château de l'Isle, l'étrange se mêle à l'improbable. La Loire entretient le mystère de ces lieux marqués par de terribles inondations, les sournoises bîmes qui peuvent vous engloutir à tout instant et les souvenirs souriants des mariniers d'autrefois !
    Entre Loire et mystère, la brume enveloppe le paysage et le visiteur d'un soir risque fort de se perdre dans ce territoire du bout de la terre. Il devra sa route à l'apparition soudaine et inquiétante d'un homme à la cape noire qui lui indiquera son chemin contre un contrat bien maléfique !

    Après bien des détours, il arrivera au pied d'une bâtisse où les arbres sont peuplés d'installations artisanales qui se balancent sous les rafales du vent de galerne. Il se précipite à l'intérieur, après ce long périple éprouvant pour sa raison.

    Pourtant, il n'en est pas au bout de ses peines et de sa folie naissante. En entrant, il est saisi par la présence oppressante d'une multitudes de gallinacés de toutes matières et de toutes couleurs. La maison semble dédiée à la volaille, celle qui se peint sur un fond d'assiette, se sculpte sur une cruche à eau et qui se mire dans les vitrines.

    Ici, le coq a abandonné depuis belles lurettes son habituel tas de fumier, il a congédié les poules caquetantes pour trôner, majestueux sur le monde étonnant du bibelot « Rôt Coq Eau. »


    Le choc passé, l'intrus se dit qu'après tout, la fantaisie peut se nicher où bon lui semble. Il n'en est pas pourtant au bout de ses surprises. Car un coq de faïence, plus gros et plus fier que tous les autres semble le narguer du haut de sa crête flamboyante.

    À ses ergots, la bien curieuse bête a une caisse plastique qu'il couve autant du regard que de ses plumes multicolores. Dans ce nid artificiel, une multitude de petites coquilles ovales. Leurs coquilles translucides laissent voir des formes confuses dans un liquide amniotique parsemée de petites taches blanches.
    En s'approchant avec méfiance, le curieux en reste quoi. L'animal pond des boules de neige, le fait pour incroyable qu'il paraisse n'en est pas moins certain et ce ne sont pas les quelques verres de vin qu'on n'a pas manqué de lui offrir ici qui peuvent remettre en doute ce qu'il voit de ses propres yeux.
    Le bel et fier coq a la ponte vagabonde, l'imagination féconde et la réalisation mappemonde. Un tour du Monde s'étale à ses pieds. La mosquée bleue et le  pont du Rialto, Rome et Paris, Budapest et New York, Barcelone et Madrid et surtout, Saint Denis en Val et le Mont Saint Michel.

    Rien ne rebute notre coq qui pousse le détail jusqu'à graver à l'intérieur de la coquille le nom du lieu qu'il nous a pondu par un soir de fièvre voyageuse. Il n'a pas oublié non plus le petit bouchon pour pouvoir remplir son œuf d'un liquide qui a la fâcheuse manie de s'évaporer plus vite que les souvenirs.
    La fermière du lieu est si fière de ses œufs magiques qu'elle passe ses longues soirées d'hiver à mirer et remuer la chose. Alors, une tempête de neige se déclare à l'intérieur de ce miracle de minutie, les paillettes volent et finissent toujours par retomber au fond. À ce moment précis, le coq qui est aussi un cœur sensible esquisse une larme d'émotion devant un spectacle si majestueux !

    Dans le lointain, Lucifer rigole sous cape. Le maléfice du coq à crétillon fourchu a encore frappé. Une nouvelle âme est tombée dans son panier à œufs fêlés !
    Neigenboulophiliquement vôtre.

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