Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le discourrs d'un roitelet

La réthorique du bon sens.



Hollywood célèbre le discours d'un roi quand nous nous désespérons des monologues de notre roitelet. Dans les deux cas pourtant, le pouvoir des mots, la force de la parole sont célébrés. L'un, empêché par des souvenirs anciens, bute sur chaque mot lorsque l'autre, ravagé par des tics, passe au-dessus du sens pour enfoncer des évidences dans nos crânes de vermisseaux.

Le film veut nous conduire à un texte fondateur, celui qui a soudé tout un peuple pour affronter la pire barbarie que le XX siècle, peu avare pourtant en la matière, avait enfanté. Des mots du fond des entrailles, des propos arrachés à l'empêchement pour transcender un peuple. Notre réalité nous enfonce dans un sordide impitoyable. Des maux sans cœur, des saillies sans pitié, des traits de peu d'esprit pour réduire une nation à la haine, la crainte, la peur ou le mépris.

Tout ce qui est grand chez Georges VI est petit chez Nicolas premier. Tout entrave le roi, le pousse à se dépasser pour atteindre à la substantifique force du discours, à l'essence même des émotions qui subliment les individus. Tout ce qui libère le prince de ses angoisses profondes, le conduit à vomir son mépris condescendant pour stigmatiser, accuser, condamner.

Laissons le roi à son Oscar réjouissant et attachons nos pas à la parole présidentielle, celle qui remue ciel et enfer pour saccager le tissu social et permettre à quelques privilégiés de continuer à se servir sans vergogne avec l'assentiment d'un peuple anesthésié par des paroles de feu.



Il nous prend par la main comme des enfants immatures, nous prend à témoin de nos pensées intimes, celles qui sont souvent inavouables. Il se fait le héraut d'un inconscient qu'il libère des barrières sociales, des convenances et des valeurs ancestrales. Il pousse à revenir aux pensées archaïques : la vengeance, la sanction terrible, l'élimination des nuisibles. Il tient se discours affreux avec un petit sourire enfantin au coin des lèvres. « Suivez-moi, n'ayez plus peur de vos mauvaises pensées, faisons-en notre demain radieux ! »

Il libère ce qu'il y a de pire en nous tout en appelant souvent à la compassion la plus régressive qui soit pour la malheureuse victime. Nous nous devons d'être ange pleurnicheur et démon vengeur, nous sommes émotion permanente et vindicte insensible. Il a fait de nous des réceptacles à sordide, des girouettes à réactions incontrôlées.

Il ne nous fait pas avancer. La régression est son seul but, sa seule mission, son unique perspective. Il se joue du « Je » de majesté pour nous subjuguer par sa puissance évocatrice en se jouant de la réalité, en pliant l'histoire à sa vision, en réduisant la complexité du Monde à sa lecture basique. Il passe alors à ce « On » de dégradation pour entrer en connivence et partager ses infamies. Il nous fait les témoins de nos faiblesses en prétendant en faire une force collective, débarrassés des réserves que notre vieille éducation nous a imposées.

Messager des puissants, il a un discours de gourou, une rhétorique primaire qui s'avale comme une sucrerie douceâtre. Il cherche à établir le lien d'asservissement qui fera de nous des valets serviles, des sujets obéissants, pour ses amis les marchands de rêves illusoires

Les naïfs qui l'écoutent encore n'ont pas compris ce jeu diabolique auquel il se livre. Son absence de majesté est un savant calcul, il s'approche de ceux qu'il veut envouter pour mieux les anéantir, les réduire à néant au sens premier de ce mot qu'il a fait un sien avec une remarquable efficacité. Gardez-vous de tomber dans ses rets, il fera de vous un être vide de compassion.

Pour échapper à ce piège où tant de nos compatriotes sont tombés il y a quatre ans de cela, fermez vos écrans de télévision, n'écoutez pas le discours du roitelet et allez plutôt voir si vous ne l'avez pas encore fait le discours d'un roi !



Royalement vôtre.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Miguel 11/03/2011 09:45



Finalement, dans le discours décrypté de Sarkozy, en début de mandat (?), il y avait déjà tout... impressionnant.



BR 11/03/2011 18:37



Miguel


 


Nous étions quelques-uns à prédire le pire. A l'époque, je n'écrivais pas sur la toile mais je disais cet apocalypse de l'esprit qui allait arriver. On me disait souvent que l'exagération était
la règle quand le désaccord est politique. Je répondais qu'il n'était pas question d'idéologie mais de psychologie, que l'individu en question réglait des comptes qui échappaient à l'entendement.


Aujourd'hui nous savons et pourtant encore 1/4 d'entre-nous continue à le soutenir parce que l'appartenance à un clan est plus forte que la triste réalité. 


C'est ce qui m'effraie le plus.