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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le grand transbordeur

5 : Le bateau et le marché ...


       




     Oyez braves gens, une bien triste histoire sise en notre bonne ville de Cenabum lors de son Festival de Loire. Elle illustre à merveille l'incommensurable difficulté qu'ont les hommes à se parler quand ils ne sont pas embarqués dans la même galère ! À moins que des considérations vestimentaires séparent les porteurs de grands chapeaux de feutre et les tenant d'un képi plus sobre.

     Pour être amants de dame Loire nous n'en sommes pas moins terriens à nos heures creuses et le Festival nous contraint parfois à user d'expédients inavouables pour nous rendre au bord de l'eau. Si le marinier à l'âme aventureuse, il n'en demeure pas moins piéton médiocre et automobiliste fortement chargé. Soucieux du matériel comme de lui-même, il s'éloigne rarement de l'un de ses deux vaisseaux.

    Il s'évertue alors à larguer l'amarre au plus près de son chaland de bois, ayant toujours dans ses soutes ou son coffre, force ravitaillement et grand barda à transporter. Quand la nuit le surprend, il est encore à faire des ronds dans l'eau, à moins qu'il ne boive le long du quai, un joli breuvage de chez nous.

        Son rafiot de fer file à la dérive, il ne le sait pas encore. Un transbordeur municipal a rempli son fond de cale au mi-temps de la nuit. Les marins, tous gars pas malins à moins qu'ils ne furent simplement pas informés, s'étaient garés, on devait s'en douter sur le devant d'un bateau qui ne tarderait pas à devenir marché. Leurs véhicules à bitume avaient mis les bouts, quand ceux-là, bien bénaises, faisaient les jolis cœurs à une heure où les braves gens ont fermé leurs huisseries !

        « Sacre bleu ! », eut beuglé un de ces vieux loups d'eau douce et de vins palots. Trente cinq bateliers, venus en la bonne ville de la dame Jeanne pour rendre hommage à la tribu Liger, payèrent à la Loire son octroi coutumier. La fourrière se fit marinière et l'amende fut amère à ces marins rançonnés. C'est un acte de grivèlerie, se plaignit l'un de ces braillards qui voyait dans l'affaire un larcin de grande piraterie.

        Le fleuve, qu'on pensait à l'occasion du Festival, enfin apprivoisé, venait sans crier gare, de leur jouer un de ses débordements dont il garde le secret. Les flots tumultueux avaient, au milieu de la nuit, emporté la cohorte automobile jusque dans les faubourgs de la ville. Il faut avouer que l'aventure pour plaisante qu'elle soit à vous narrer ici, n'en demeure pas moins, bien dure à avaler.

        Le grand ordonnateur avait omis d'avertir qu'il y aurait foire coutumière, grand déballage de fruits et de légumes, au petit matin, à deux pas de là, le long d'un canal qui avait retrouvé son eau. Pour gênant que fut, la flottille immobile, il eut été aimable et digne de l'hospitalité de nos grandes confréries, de héler l'assemblée du danger qui la menace.

        La colère gronde dans la foule marinière, justice est réclamée pour les imprudents ou simplement négligents que la maréchaussée n'avait pas cru prévenir. Devant le succès de la Fête, un geste de bienveillance municipale est espéré du maître de céans. Qu'il efface l'ardoise et la flottille toute entière, reviendra dans deux ans, refaire liesse et bombance en ce joli coin de France, avec la certitude, qu'en ce lieu, il y a bonne et grande ville de Loire  !

    Carrossablement vôtre
vidéo :
Festival de Loire 2011 : A contre-courant avec... par legrandlive

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