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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le jour d'après ....

Histoire à ne pas prendre par dessus la jambe !

Après vingt-deux jours consécutifs de marche, un parcours beaucoup plus long que je ne le pensais, l'envie de poursuivre à pied jusqu'à Millau rentrait alors dans la folie pure. J'avais assez souffert pour m'arrêter à la source de ma Loire. Le reste se ferait bêtement à quatre roues, pour rentrer dans le rang. C'est ainsi que mon épouse vint me retrouver au Mont Gerbier De Jonc pour la suite du voyage.


Vingt-deux jours puis plus rien ! Le jour d'après est peuplé d'un grand vide. C'est le premier jour sans. Sans envie, sans rituel, sans souffrance, sans but, sans l'incertitude du chemin ou de la halte à trouver, sans rencontre impromptue, sans la marche solitaire.


Si le corps fait relâche, la tête cesse de se plier au rythme de la nouvelle vie. Sans que cela soit nécessaire, le réveil se fait aux mâtines, sans que ce soit indispensable, les mêmes rituels du matin se reproduisent machinalement, sans que ce soit urgent, le billet du matin est mis en ligne de bonne heure. Faire comme si, avant que de comprendre que ce ne sera plus tout à fait pareil, avant que de se rendre compte que tout sera désormais différent.


Puis la journée va se dérouler entre deux mondes. C'est un état bizarre, un entre-deux comateux. L'ancien marcheur n'est pas un compagnon agréable. Il n'a ce jour-là envie de rien. Il ne veut plus marcher, il ne parle pas encore, il reste dans son monde d'alors. C'est une petite journée de dépression, le ciel se met au diapason en se voilant de gris et de noir …


Le temps s'étire, la vitesse automobile n'ajoute rien à la sensation de lenteur qui demeure présente. Des barrages d'agriculteurs en panne d'imagination, arrêtent un mouvement que je ne percevais pas vraiment. La sécheresse de ces manifestations sans communication rompt avec les rencontres d'avant. Comment peut-on à se point se fourvoyer pour défendre une cause juste ?


Puis, à Millau, le miracle se produit. Le Tarn, la Dourbie se mêlent en une sarabande d'eaux tumultueuses. Le murmure des rivières vient me glisser à l'oreille (celle qui me reste en état de fonctionnement) une autre histoire de fleuve. Elles vont couler en un autre lieu, se fondre dans la Garonne pour aller vers un autre destin que celui de ma Loire.


Les bassins versants, comme disent les géologues imposent leur déclivité aux eaux qui nous viennent du ciel. Des lignes partagent le destin des rivières, les unes vont vers l'Atlantique, les autres vers la Méditerranée. Il y a divergence pour quelques kilomètres. Ce sera Nantes ou Bordeaux. Pour Tarn et Dourbie, le sort en est jeté. Elles ont juré allégeance à dame Garonne.


Elles grondent mes deux nouvelles amies. Elles sont plus pressées que ma Loire, elles dévalent bien plus vite pour finir par paresser dans leur fleuve tranquille. Mais les hommes n'en ont pas toujours décidé ainsi. Au dix-neuvième siècle, il y eut des crues terribles, des torrents soudains et tueurs qui dévalaient des montagnes, emportant tout sur leur passage.


L'homme était passé par là. Les montagnes d'ici avaient subi les coups des haches voraces qui déboisèrent pour les besoins des industries, du chemin de fer et des appétits toujours plus cupides des hommes. Le Mont Aigoual était devenu montagne nue, les eaux coulaient et dévalaient vers la plaine, tuant des innocents de ce carnage imbécile. 1856 et 1857 furent des années noires !


En 1887, Georges Fabre se lance dans un travail de titan, reboiser le Mont Aigoual pour sauver les populations des vallées. Cet Orléanais doit avoir en mémoire les colères de la Loire. Nommé à Alès, il met de nombreuses années à imposer son projet. Des milliers d'hommes et de femmes des montagnes de Lozère sont embauchés pour replanter la forêt. Georges Fabre ne verra pas les arbres grandir mais son œuvre a stabilisé la folie des eaux poussée par la stupidité des hommes.


Au vingtième siècle, nos grands hommes eurent imaginé sans doute des barrages pour réguler les rivières. Il ne leur serait pas venu à leur esprit scientifique, moderne et pragmatique que des réponses naturelles peuvent régler des dérégulations humaines. Gloire soit donc rendue à Georges Fabre qui sauva l'honneur des rivières de ce pays que certains aiment à qualifier abusivement de « capricieuses ».


Naturellement vôtre.

Vidéo 1 : Reboisement de l'Aigoual par marckhanne

Merci à Étienne C qui m'a conté cette histoire.


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Philippe 28/07/2011 19:17



merci Bernard d'avoir partager ton periple avec nous quelque part je t'envie.


a bientot


Philippe



BR 29/07/2011 07:33



Philippe


 


Le partage est le plus grand bonheur.


Je n'aime pas les plaisirs égoïstes, je propose aux gens de m'accompagner d'une autre façon.


Bon voyage


 


Bernard