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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le mot fin ne s'écrit pas ainsi.

Une vie pour un simple chèque.


Héritier …


Cette fois c'est vraiment fini. La maison de ma mère a changé de propriétaires. Le trousseau de clefs est passé dans de nouvelles mains. Un jeune couple qui attend son premier enfant prendra le relais de la vieille dame et ouvrira une autre page.


Le notaire nous a remis un chèque. Une vie qui se condense, qui se réduit à ce point final, à ce petit papier qui résume une civilisation de la transmission matérielle. L'argent pour ultime trace d'une existence qui ne s'est pas vouée à cette vaine quête.


Je n'ai pas supporté ce décompte réducteur, concentré monétaire plus mince encore qu'une urne funéraire et pourtant tant recherché par beaucoup. Ce legs sans âme qui me range maintenant dans l'immense cohorte des héritiers.


Il n'est pas question de cracher dans la soupe mais simplement de la juger bien dérisoire. Toute une vie réduite à ce petit bout de papier de la caisse des dépôts et de la consternation. Une petite rangée de zéros qui confirme à son étrange manière que tout est vraiment fini.


Je perçois en ce moment formel une absence totale de transmission. Il y va plus du solde pour tout compte que de la transmission symbolique des valeurs d'une vie. Heureusement, nous sûmes mettre à ce moment la dignité qui convenait à la mémoire de la défunte. Nous n'avons pas cherché à miser sur son départ pour gagner le gros lot. Sa maison fut vendue en deux jours parce que proposée à un prix plus que raisonnable.


Nous pouvons lui dire au-delà de l'absence qu'elle a fait le bonheur d'un jeune couple endetté pour de longues années afin de trouver un toit à son futur bonheur. Par notre manque d'ambition financière, il a trouvé chaussure à son pied. La spéculation n'avait pas sa place ici et c'est la continuation qui était notre principal souci.


La vie de celle qui est partie ne fut jamais tournée vers le profit. Sa mort confirmera sa volonté de ne réclamer que son dû et rien de plus. Il n'y eut ni spéculation ni surenchère ni vaine quête d'une plus value infernale qui petit à petit rend impossible l'achat immobilier aux jeunes générations pour la satisfaction égoïste de l'appétit des plus âgés.


Pour aller jusqu'au bout de cette transmission morale, une grande partie du cadeau final reviendra à ses petits enfants, sans procédure légale, sans disposition notariale car la confiance est la principale valeur qu'elle nous a léguée et que nous entendons bien transmettre à notre tour. Ne vous offusquez pas, les sommes en jeu ne valent ni bataille juridique, ni indécent conflit médiatisé car nous le valons bien !


Dans la maison, il est resté des meubles, des objets simples de la vie quotidienne qui continueront leur vie dans d'autres mains. Pourquoi tout prendre quand nous n'en avons pas l'usage ? Pourquoi ne pas se contenter parfois de donner plutôt que de toujours vouloir gagner sur tous les tableaux. Rien ne remplacera celle que nous avons perdue surtout pas quelques billets de mieux.


C'est en agissant ainsi que nous lui rendons vraiment hommage. Au-delà de la tristesse terrible de ce départ définitif, nous avions la consolation de cette future naissance, d'une continuité qui aurait eu l'assentiment de celle qui s'en est allée. La maison n'est plus nôtre, l'âme de ma mère prendra grand soin de ces nouveaux propriétaires.


C'est en versant mes dernières larmes de fils maladroit que je clos ce chapitre et souhaite longue et heureuse vie à ce jeune couple qui a pris le relais d'une simple maison. Pardonnez mon impudeur, elle m'est vraiment nécessaire.

 

Filialement sien.

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Patrick 02/01/2011 10:57



beaucoup de pudeur pour cacher un amour profond. Courage, la vie continue . . .


Avec toi.



BR 02/01/2011 16:52



Patrick


 


Merci pour ton soutien.


Il y aura d'autres batailles à mener et pour celles-là nous serons côte à côte.



Le ch'timi 31/12/2010 23:10



Louis ARAGON


 


Recueil : "Feu de joie"




Soir de tilleul Été
On parle bas aux portes
Tout le monde écoute mes pas
les coups de mon cœur sur l’asphalte


Ma douleur ne vous regarde pas


Œillère de la nuit Nudité
Le chemin qui mène à la mer
me conduit au fond de moi-même
A deux doigts de ma perte


Polypiers de la souffrance
Algues Coraux Mes seuls amis


Dans l’ombre on ne saurait voir l’objet de mes
plaintes
Une trop noire perfidie
L’INTRIGUE (Air connu)
Cette racine est souveraine


GUÉRIT TOUTE AFFECTION





BR 01/01/2011 08:48



Pätrick


 


Grand MERCI ...


 


Devant Louis, je me tais !



Daniel LEBEAU 31/12/2010 10:54



Beau texte et belle émotion.


Accepte mes condoléances et toujours mon amitié.


Daniel



BR 01/01/2011 08:47



Daniel


 


Merci. Ta réaction me touche.


Bonne année à toi.


Qu'elle soit meilleure que la précédente !


Ovalement et normalement vôtre