Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le pince sans rire.

Changer de sens.




18445934jpg-9f83-e554c.jpg

    Un lecteur assidu, roi des débordements ovales, me prie gentiment de bien vouloir me munir d'une qualité qui selon lui m'est tout à fait étrangère. Je prends alors soudain conscience du risque qu'il y a à recevoir en ces lignes quelque chose d'exotique fusse le sens de l'humour.

    Pastriste (C'est son patronyme ) n'ignore pas que ce monde est sens dessous-dessus (je m'y perds déjà …) et que la gravité de la situation m'irrite au plus haut poing (dans la face honteuse de ceux qui nous gouvernent). Mais pour lui le rebelle ne sera écouté que s'il se fait bouffon !

    Le sort réservé à Monsieur Guillon à qui on a gentiment demandé de prendre le chemin de (la) Porte n'est pas de nature à me rassurer sur cette nécessaire génuflexion (devant nos amis censeurs) de mes propos. Le pince sans rire devrait dorénavant chatouiller en pouffant. La radicalité de l'éclat de gorge exige une bande son en arrière plan pour signifier au lecteur « cocacolisé » l'instant de la saillie où les zygomatiques doivent agir.

    Changer le sens de mes billets, c'est reconnaître que j'évolue dans une impasse ou pire encore dans un sens interdit, ce panneau rouge de honte avec son bâillon blanc sur sa liberté d'expression ou de circulation. Que dois-faire ? Une pirouette telle la girouette qui hume les changements d'ère , tourne sa veste pour inverser le mistral et ses insidieuses et dangereuses menaces d'outre-méditerranée.

    Changer le sens des mots qui fâchent. Ce port qui ne sait plus à quel charcutier se vouer dès qu'un passager clandestin a graisse (avec) un matelot. Ce pâtre grec de la chanson de Moustaki qui rime si bien avec guatémaltèque et pastèque mais qu'il est désormais interdit d'écrire ici. L'humour ou la farce (à la condition extrême de n'y mettre aucune viande d'origine porcine) vont remplir des billets drolatiques tac.

    Car, comme sur nos chaînes de télévision, il faut s'amuser de tout pour ne pas sombrer dans la « maure-osité ». Mais gare, le chemin douanier est étroit, il ne faut pas marcher de travers et emprunter la voie fortement déconseillée d'un humour de couleur sombre qui provoque foudres et courroux des bien-pensants. En humour comme dans la rue, il faut montrer patte blanche et des papiers conformes à la couleur locale.

    Je ne vais pas me voiler la face, l'inflexion suggérée ne sera pas aisée. De rebelle à paillasse, de Guillon à Ruquier, il y a une vraie contre révolution, la victoire du calembour sur le trait d'esprit, la domination du jeu de mots laids sur l'ire honnie acide. Je vais m'atteler à parcourir ce difficile chemin qui fera de moi un bouffon inutile, un clown blanc (c'est une obligation légale) au nez bleu (le rouge est fortement déconseillé dans ce nouveau cirque médiatique).

    Arrivant au terme de cette confession, en pleine confusion, je perchiste à vouloir élever le débat au dessus d'une ceinture abdominale qui marque définitivement la seule frontière que je m'interdis de traverser sans papier. De cette place, au dessus d'une barre tenue par un commandant devenu fou, je puis bien plus facilement assurer cette inévitable chute qui doit accompagner toute forme comique qui respecte bien plus les convenances qu'elle même !

    J'entends déjà au loin le bruit des bottes du comique troupier, cette forme promise à des lendemains qui enchantent les tenants de l'épuration humoristique, les veilleurs du val Inter, les bouffons des services après vente de nos hilarantes émissions qui endorment les esprits ou les bercent de l'illusion d'un rire vide de sens.


    Insensé-ment vôtre

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article