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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le pire de la prévention.

Peace and Lobe

Quand la pédagogie sort du cadre.

 

Le Conseil Général du Loiret, louable et nécessaire intention, organise une campagne de prévention contre les risques auditifs. Les adolescents sont lourdement touchés par les pratiques actuelles, l'écoute massive, forte et souvent ininterrompue de musiques amplifiées. Il faut agir, déjà un jeune sur dix aura des séquelles irréversibles. Mais comment leur faire entendre raison ?

 

Après la journée de formation pour les adultes, la mise à disposition d'une mallette ressource contenant matériel, documents et vidéos, ensemble complet et diversifié dont je n'ai eu qu'à me féliciter, avait lieu le clou du spectacle : le concert pédagogique. Nous étions attendus dans la salle des musiques actuelles, l'Astrolable, qui pour les besoins de l'opération, s'était équipée de chaises pour accueillir une fournée de collégiens.

 

Tout commença bien mal pour moi. Un homme au demeurant fort sympathique, accueillait les groupes au nom de cette noble institution qui, pour mémoire, nous écarta de la rénovation du collège afin de nous laisser dans nos vieux locaux. Ce monsieur, bien maladroitement, désigna mes élèves sous le nom de Segpa, confondant ainsi ces jeunes avec le nom de la structure qui les reçoit. Quand je lui fis remarquer qu'ils étaient des collégiens comme les autres, je pense qu'il ne comprit pas ma remarque. Je percevais mieux pourquoi nous étions ainsi parqués dans notre réserve indienne loin des visages pâles !

 

Est-ce ceci qui me donna quelques préventions pour ce qui allait suivre ? Je ne sais et l'honnêteté vaut de dire que mes collègues ne partageaient pas mes réserves. Cependant, ayant participé à d'autres animations de ce type, j'ai assez de recul pour émettre une opinion fondée sur l'expérience.

 

Quatre joyeux animateurs sur scène firent en quelques accords et nombreuses facéties, le tour de l'histoire des musiques amplifiées, apportant presque un éclairage encyclopédique par l'exemple, de cette aventure du Gospel à la dance, du Jazz au Rap. De petits extraits si courts que c'en était frustrant, pour ancrer l'animation dans une dimension musicale.

 

Ce n'était que prétexte, la suite allait être bien plus bavarde, un peu ennuyeuse, souvent didactique : propos savants grimés de quelques pirouettes langagières pour faire jeune, des intervenants portant perruques et faisant les clowns pour contrebalancer le sérieux du message à faire passer. Je doute de la nécessité de cette stratégie. Si le message est sérieux, il faut qu'il soit clairement repérable.

 

Des vidéos elles, tout à faite pertinentes vinrent compléter le message, parfois le redonder, d'autres fois lui apporter un éclairage utile. Mais c'en était fini de la musique, des extraits qui avait tant plu aux élèves. Rien même pour les remercier d'une écoute sérieuse, sage, appliquée. C'est trop formaté, c'est moralisateur même quand l'ingénieur du son y va de son couplet façon ancien combattant.

 

Ce n'est justement pas ça qui marche en matière de prévention. Il faut que la parole des jeunes puisse émerger, quand, ici, elle a été confisquée par des gens qui s'attribuèrent une délégation factice. Ils avaient une compétence reconnue, identifiée par les jeunes : ils sont artistes. C'est de cette place qu'ils auraient du parler et apporter des espaces d'information fournis par d'autres supports. Un petit commentaire et un autre morceau, pris au sérieux tout en s'amusant s'ils le souhaitaient.

 

Les jeunes qui pour beaucoup n'étaient jamais venus dans une salle de spectacle ne savent toujours pas ce qu'est un concert. Ils ont assisté à une animation hybride et injonctive, déséquilibrée et moralisatrice. Je crois que le message est passé, certes un peu mieux qu'en classe, mais pas aussi bien qu'un milieu d'un concert qui aurait enthousiasmé des spectateurs bien trop sages en un tel lieu. Les conseils, les recommandations avaient suivi la partie musicale. Il y avait rupture du message essentiel : « La musique est un plaisir qui peut devenir dangereux ! »

 

Nous avons eu le plaisir au début, la farce et le savoir ensuite. Je suis un râleur patenté, j'en fais même une spécialité que je pousse à son paroxysme parce qu'il est nécessaire de sortir d'une conformité de bon aloi, d'un silence poli pour ne pas choquer ceux qui prennent des initiatives. La prestation ne souffre d'aucune faute, passe un message nécessaire qui atteint son but. Cependant, ce n'est manifestement pas pédagogique, le message ne s'inscrira pas durablement dans les esprits, et c'est là l'écueil le plus classique des opérations de prévention.

 

Discordancement vôtre.

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Kakashi 25/04/2012 00:08


Un dernier morceau pour la route ;) :


http://www.youtube.com/watch?v=ZX_0Q2Wn32s&feature=related

C'est Nabum 25/04/2012 08:10



La route sera difficile en ce moment 



Kakashi 24/04/2012 23:54


Vous râleur ? Vous êtes un agneau !;)

C'est Nabum 25/04/2012 08:10



Un agneau fort laid



Kakashi 24/04/2012 23:53


A écouter le volume à fond !

C'est Nabum 25/04/2012 08:09



Silence les mouettes



Kakashi 24/04/2012 23:51


J'espère qu'un jour vos élèves connaîtront ce genre de moment :


http://www.youtube.com/watch?v=xisIVhc64Ng

C'est Nabum 25/04/2012 08:09



Kakashi


Vive le spectacle vivant !