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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le promenoir et le balcon

Les vérités qui montent …


    Il est un stade à nul autre pareil. Immense délire d'un architecte égyptologue, grande folie d'une municipalité d'alors confondant l'être et le paraître, aveuglement des décideurs de l'époque, incapables de donner de la mesure à un projet démesuré.

    L'esthétique est une chose qui a bien du mal à se partager mais qu'on peut admettre avec un peu de bonne foi, ce qui me goûte beaucoup. La dimension pratique en est une autre que seul l'usage révèle au fil du temps.

    Chacun voit midi à sa porte et ce n'est pas le propos de cette fable. La Pyramide est posée là, entre Loire et Loiret et attend de pied ferme et de terrain marécageux, la prochaine crue centennale. Elle regarde cet horizon lointain et plat qui se perd dans l'est incertain. (Le Grand Sud eut été préférable pour afficher des ambitions rugbystiques.)

    La tribune se remplit pour chaque match d'une équipe qui évolue en Fédérale 1 avec des résultats jusqu'à présent dans la mesure des moyens mis en œuvre pour remplir un objectif qui se donne régulièrement trois ans pour être atteint. Les projets triennaux passent, l'objectif demeure éternellement le même, signe d'une grande constante à défaut d'efficacité.

    Les habitués, les plus calmes, les visiteurs, les joueurs se posent sur des petits sièges verts, couleur d'une espérance éternelle, bonne fille et pas vraiment impatiente. Les officiels comme partout dans ce monde de castes et de privilèges, ont des emplacements marqués et au cœur du lieu.

    Les grands chefs du lieu, les décideurs et les rédacteurs de ces plans sur trois ans sont à l'abri des regards dans des loges, seule expression tangible d'un objectif inaccessible jusqu'alors.

    Le peuple goguenard des connaisseurs, des anciens du lieu, des déçus de la réalité, des râleurs intempestifs, tous ces doctes tribuns de cette tribune se déambulent le long de ce promenoir, seule véritable trouvaille de notre ami l'architecte. Un espace large comme une venelle orléanaise, un espace d'hommes debout aux propos bien campés sur des connaissances ovales.

    De ce lieu, la colère bruisse plus vite que l'admiration béate des sièges réservés. Les propos se déplacent à la vitesse de leurs propagateurs toujours en mouvement. Le colporteur de critiques a bien du mérite, dans ses navettes venimeuse le long de ce couloir de la critique, il doit traverser les effluves des inévitables frites, qui doivent mettre un peu de beurre dans des épinards en crise. Il peut s'égarer à la buvette des cimes de ce lieu, un refuge montagnard qui n'oublie pas l'indispensable vin chaud.

    Du promenoir, on parle haut et fort, dur et technique. On manie la scie et le copeau avec la délectation des spécialistes. On se régale de quelques saillies d'autant qu'elles ne se perdent pas dans le vide. Les loges sont juste au dessus et la parole porte son venin à des oreilles qui font les sourdes avec une rare constance.

    Parfois, l'acerbe se voit récompenser d'une réponse qui tombe de ce ciel d'étoiles locales. Il n'en demandait pas temps et se rengorge de plus belle. La gouaille de l'arpenteur du promenoir est inégalable, les princes des loges ne s'en méfient jamais assez. Un mot repris, une réponse maladroite et le ridicule, s'il ne tue pas, amuse beaucoup les encyclopédistes d'Ovalie.
    Plus on s'élève, plus on prend cette distance nécessaire à toute bonne réflexion. Le propos semble avoir une limite physique car au-dessus du promenoir plein de sagesse et de justesse, quelques analyses radiophoniques ou directrices perdent de vue la réalité du terrain. On met au pilori un arbitre certes maladroit mais qui n'est pas responsable de 70 minutes d'apathie. On se moque des propos plein de bons sens qui ont été jetés de plus bas, telle une bouteille à l'amer démonté. On s'isole et on se trompe un peu plus encore, à chaque fois …


    Promenoirement vôtre.

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