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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le rituel matinal

Le petit déjeuner collectif.


 Ours mal léché devant l'éternel à moins que ce ne soit son alter égo diabolique, j'ai toujours fui la compagnie de mes semblables au moment du petit déjeuner quand les circonstances me conduisent à vivre en groupe. Les vacances sont à ce titre un grand moment pour les adeptes du rituel matinal : le petit déjeuner collectif !


Échappant pour une fois à ma règle personnelle, j'ai participé à l'une de ces grandes messes de la tartine et du bol et j'ai pu observer les mœurs de mes frères les hommes. La chose me parut si étrange que je ne puis me priver de vous en faire part, ignorant sans doute que vous êtes vous aussi de ces fidèles pratiquants.


Tout commence par un premier levé. Il lui incombe le redoutable privilège de quérir le pain frais, cet ingrédient sans lequel, rien ne serait tout à fait pareil. Les plus jeunes ou les gourmets réclament croissanterie sans souci du jour qu'il est, preuve s'il en est que nos traditions se perdent ! Il lui faut enfourcher bicyclette improbable, vieux clou abandonné à la corrosion hivernale, pour aller chercher le pain quotidien.


À son retour, il se peut qu'un autre se fut levé, mais ce n'est hélas pas souvent le cas. Alors, la soubrette de circonstances doit se lancer dans le dressage de cette table aux mille et une facettes. Il n'est pas opération plus complexe que celle-ci. La diversité des goûts n'a d'égale que la profusion des possibles en matière de confiture, mais de cela, nous en parlerons plus tard !


Café, thé, chocolat sont les princes de la boisson chaude. Il faut multiplier les récipients et ne pas oublier les appareils adéquats. La cafetière demande le plus de manutention et de temps. Elle trône sur le plan de travail sans se soucier de la médiocrité de son breuvage. Où sont nos vieilles cafetières d'antan ? La sophistication électronique n'est pas garante de qualité gustative.


Il faut que l'eau chauffe pour assurer l'alimentation des tenants de la poudre ou de l'infusion. La casserole est ici en action, ailleurs, la bouilloire l'a poussée au rang des accessoires obsolètes. Le thé réclame théière, la poudre de café se satisfait d'un bol, diminuant ainsi la chaîne vaissellière. Le lait est plus insidieux, il tâche la casserole et menace toujours de s'évader.Mais point de ça chez nous, le lait a été oublié !


Le préparateur impromptu n'est pas au bout de ses peines. Si le breuvage est chose complexe, le solide est mystère insondable. Il y a les mangeurs de pain frais, ceux qui vénèrent le pain grillé, les tenants de la biscotte et les adorateurs de la brioche sous cellophane. La miette est le seul point commun de ce barnum boulanger. Mais nous ne faisons qu'effleurer les arcanes des circonvolutions déjeunières.


Ce que l'on pose sur la tartine réclame encore plus de diversité. L'étrange, le pas simple et le vraiment farfelu se disputent le milieu de la toile cirée. Le beurre se pare de tous les habits : doux, demi-sel, allégé, imputrescible et sans saveur … rien n'échappe à la fantaisie des producteurs.

Puis vient le complément sucré, la part de rêve ou de cholestérol : le miel, la confiture et les pâtes à tartiner. Tous les possibles ne satisfont jamais les derniers levés.


Quand le courageux du petit matin a fini de dresser la chose, préparant bol et tasses, car on n'est jamais à l'abri d'un caprice de poterie, il lui faut encore sortir le jus d'orange ou de tout autre agrume pressé, penser aux verres et aux petites cuillères, ajouter quelques yaourts pour constater effaré qu'il ne reste plus aucune place pour les mangeurs à venir, ceux qui finissent douillettement une bonne nuit réparatrice.


Ni tenant plus, sur le coin de l'évier, debout, il dévore à la hâte de quoi tenir jusqu'au midi avant que la horde éveillée ne vienne envahir les lieux !

Plantigradement vôtre


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