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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le voyant reste inerte

 

L'indispensable compagnon.



Envers et consternation, mon fidèle compagnon des heures creuses que je plais à combler de colères inutiles, de billets vengeurs, de confessions impudiques, reste sourd à mes signaux électriques. C'est la panne, l'écran vide d'une impossible connexion. Il faut faire sans le symbole de l'homme moderne, la prothèse de l'homo-cybernétique.


J'ai tout essayé pour renouer le fil de notre tête à tête. J'ai changé la prise, croisé les doigts, invoqué les dieux de la mer, psalmodié des formules magiques ou supposées telles. J'ai hurlé, tourné en rond, frappé du poing sur le bureau avant que de me résoudre à l'évidence terrible ; mon ordinateur est en rideau.


Pourtant, je croque la pomme depuis toujours. Le ver a la réputation de n'être pas dans ce fruit là. Je n'ai jamais goûté la complexité des tenants des persiennes, pensant que la simplicité est souvent du côté du modèle. Mais cette fois, il me faut reconnaître l'évidence, je suis en rade la veille de l'ouverture de la Coupe du Monde de Rugby. Comment pourrai-je suivre les potins, publier mes impressions forcément nécessaires, ajouter ma voix aux concerts des commentaires sans intérêts ?


Je vais rester aphone et aveugle. Je ne sais ce que je redoute le plus ; ne rien voir ou n'en rien dire. Je devine que vous êtes nombreux à vous réjouir de ce silence à vous seuls, agréable. Ce sont les défaillances de la technique qui vont vous offrir ce bonheur merveilleux. Mais, c'est que vous n'avez aucun cœur ! Ce qui me tue, vous comble d'aise …


Je déraille. C'est le coup porté qui me fait perdre la mesure. Mon ordinateur ne se soucie ni du calendrier international ni même de la rentrée des classes. Comment vais-je pouvoir préparer mes documents pédagogiques. Déjà que l'établissement où je viens de poser mon cartable est totalement sinistré en équipement informatique. Tout ou presque est en panne, je ne dispose ni de liaison internet ni de vidéo projecteur. C'est un recul technique sans précédent pour quelqu'un qui s'était habitué au confort et à la pertinence de la pédagogie câblée.


Je m'écarte de ma préoccupation du jour, quoiqu'il doit y avoir un mauvais œil qui pèse sur les hôtes de cet établissement abandonné des financeurs départementaux. Me voici à mon tour dans l'impossibilité de communiquer avec mes semblables. Il me faut porter mon indispensable confident au réparateur agréé de la marque. Nouvelle difficulté, je ne dispose pas de voiture, la machine est trop fragile et bien encombrante pour accepter le scooter. C'est à pied qu'il me faudra achever mon chemin de croix.


Le réparateur est homme plein de ressources. Il accepte de tirer des entrailles de ma machine inerte le billet du lendemain, dont naturellement, je ne disposai d'aucune sauvegarde. Il s'agit de ne pas céder aux caprices de la technique, le blog aura sa pitance quotidienne, tant pis pour vous. C'est sur une clef qu'il glisse le billet de l'amer des sarcasmes et autres turpitudes. Sait-il au moins de quoi il se fait le complice ?


Maintenant, c'est la longue attente qui va commencer. Le bureau est vide, nu à en devenir indécent. Des fils traînent, épars sur cet autel dressé au dieu électronique. Le clavier ne donne sur rien, il est devenu d'une impensable vacuité, d'une impudique inutilité. Je regarde ce mur contre lequel je vais me cogner jusqu'à ce qu'une juste réparation me soit rendue.


Vivre un jour sans ordinateur. Est-ce possible ? Deux jours si la panne est sérieuse, c'est bien le plus que je puis concéder à l'impondérable. Plus, je n'ose y penser. Je me traîne, l'âme en peine et le regard qui ne sait où se poser. Comment faisions-nous dans la vie d'avant, d'avant la toile et d'avant cet étrange miroir de la complexité de ce Monde ?


Surtoilement vôtre.

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