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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les dents de l'amertume

Coup de canine …




    Une belle fête, la famille et les amis réunis pour célébrer un moment heureux. Tout est réuni pour que chacun y prenne plaisir. Les gens se sont multipliés pour préparer un buffet de qualité, riche et varié. L'imagination des uns, la patience des autres, l'envie de partager, la certitude de se retrouver autour d'un verre ou d'un plat, d'une musique ou d'un jeu.

    La météo qui fit grise mine la veille s'est mise au diapason ; ni trop chaude, ni trop froide, sans cette humidité qui paradoxalement nous fait rentrer dans notre coquille. Rien ne doit venir entraver ces instants de pure convivialité, tout a été prévu dans ce sens. Il ne manque rien, l'intendance a tout pensé, la tribu a tout mis en place.

    Les invités arrivent : amis, proches, voisins, camarades, famille. On s'embrasse, on se félicite, on se raconte, on se retrouve, on se découvre. C'est le miracle des groupes qui se constituent au gré d'un assemblage nouveau, unique sans doute et qui d'une assemblée hétéroclite fait le pari d'un mélange qui prendra corps le temps d'une belle nuit sous les étoiles.

    Toutes les générations sont représentées. C'est en ces belles occasions que peut encore se trouver cette étrange alchimie des différences qui se conjuguent. C'est rare, il faut en profiter. Notre société clanique nous sépare, nous parque en groupes homogènes : famille, âge, milieu social, profession, opinion. Ici, c'est de la diversité des hôtes que l'on va éclairer la soirée à venir.

    L'apéritif bat son plein, les verres se vident, les têtes tournent un peu, les langues se délient, les rencontres se font, la glace est brisée. Un belle insouciance, des gens souriants, les groupes se font et se défont au gré de la gourmandise proposée, de la boisson désirée. Le joli mélange que voilà, des bonheurs en mouvement, des visages qui se colorent, des voix qui s'élèvent vers un ciel étoilé.

    Les plus jeunes sont l'objet de toutes les attentions. La cuisine tout autant. On se presse autour du four à pizza, on s'enthousiasme devant l'immense « mouclade ». La musique parvient de l'intérieur, elle est encore discrète. Plus tard, à n'en point douter, elle entrainera dans de folles farandoles les couche-tard, les danseuses et les joyeux drilles …

    Soudain, tout bascule ! Le vieux chien si paisible, placide même est caressée par une fillette. Est-ce le bruit, l'agitation, le hasard ? L'animal a une réaction brusque, il chique la petite au nez. Le sang coule, la marque est profonde. Les visages se ferment, la crispation se devine chez ceux qui ont assisté au drame.

    La petite va bien pour autant que ce soit possible. Elle reste calme. Des infirmières, présentes dans l'assemblée, s'occupent d'elle, arrêtent l'hémorragie. On appelle l'hôpital, l'enfant y est conduite par ses parents. Certains n'ont rien vu. Le vieux chien est enfermé, il ne comprend sans doute pas ce qui lui arrive. La fête va continuer puisqu'il le faut …

    Pour moi, c'est impossible. Comment l'expliquer à ces gens que j'aime. Comment leur dire que plus rien en cette soirée ne pourra passer ? Je préfère prendre la fuite, m'éclipser à ma manière de marcheur solitaire. Ni la distance, ni l'obscurité ne me rebutent. Je prends mes cliques et cette grande claque pour filer à l'anglaise sans avertir personne.

    Oui, j'en conviens, ce n'est pas très élégant ni très convenable. Mais je sais que plus rien ne passera, que ce qui vient de se dérouler m'empêchera toute absorption de nourriture, toute conversation joyeuse. Il me faut m'isoler dans ma bulle de vieux misanthrope impénitent. Que ceux que j'ai blessés ce soir-là m'excusent. Il y a eu un coup de canif dans la fête, le joli décor s'était déchiré et je ne pouvais pas faire-semblant. Sauver les apparences, je ne puis !

    Explicativement leur.

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