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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les mots qu'on nous cache ...

De l'éloignement forcé et autres calembredaines langagières.


 

 


Les mots se dérobent, se jouent de nous et des certitudes que nous pouvons avoir. Il faut du flou, de l'improbable, de l'approximatif ou du bien confus pour donner aux idées claires des allures absconses, opaques ou incompréhensibles. Le vocabulaire est à la merci des doctes linguistes de la pensée conforme. Il est impératif de ne point choquer les pauvres citoyens que nous sommes.


Dissimuler la brutalité des faits, la rudesse des situations par des mots à l'emporte pièce n'a jamais rendu à la vue à l'aveugle que l'on qualifie complaisamment de « non-voyant ». Lui faire les yeux doux ainsi est parfaitement insupportable. L'habitude, pour ancienne qu'elle soit n'en demeure pas moins parfaitement insupportable.


Nous nous laissons prendre au piège de ces mots pastels, de ces formes édulcorées qui veulent nous enfumer, nous tromper sur la marchandise, nous emberlificoter dans des expressions alambiquées qui perdent sens et réalité. C'est la prolongation de la langue de bois chère à nos élites, pour désigner les bassesses de notre monde.


Nous avons parfaitement compris qu'en nommant une personne qui est chargée de l'entretien : « technicien de surface » l'on cherche encore plus à l'humilier en le ridiculisant. C'est odieux, c'est montrer du doigt la médiocrité supposée d'une situation qui, vue des hauteurs de ces messieurs n'en est pas une. Forts de cette façon de faire, ils habillent d'oripeaux ou bien de panoplies humoristiques ou anesthésiantes tous les forfaits qu'ils accomplissent en notre nom.


On nous assomme d'un impôt inique, il se transforme bien vite en TVA sociale. On nous met à pied, nous ne serons plus chômeurs mais demandeurs d'emploi. On nous licencie en paquets compacts, nous devons supporter l'insulte du plan social. Nous devons noter que chaque fois qu'ils utilisent l'adjectif « social » c'est pour emballer de bons sentiments leurs plus viles abjections !


Ce qui ne cesse de me surprendre c'est la servilité de ceux qui reprennent à leur compte ces appellations oiseuses, ces babioles langagières qu'ils agitent à nos oreilles et qui sont reproduites en chœur par les journalistes obéissants. Les mots sont crus, cessons de les croire ! Grimons les, travestissons le langage, la vérité suivra le même chemin …


Alors, acceptons l'éloignement forcé ! La belle faribole pour un drame particulier, individuel, personnel sans cesse recommencé et toujours différent qui doit se vivre dans l'indifférence générale, pire même, avec l'assentiment silencieux d'une majorité acquise petit à petit à l'inhumanité de notre société. Devenons ces robots sans cœur, ces monstres d'égoïsme auxquels aspirent les tenants d'un ordre rigoureux.


Nous trouverons bien à notre tour des manières de décrire ces personnages si non-respectables qui nous gouvernement. Nous trouverons plus sûrement manière délicate de les éloignés du pouvoir, de les forcer à en rabattre un peu quand le verdict du peuple sonnera le glas de leur pouvoir. Les noms d'oiseaux n'auront pas la subtilité de leurs litotes, périphrases et euphémismes notoires et mal sonnants à nos oreilles de mal-votants exaspérés et mal-comprenants.


En attendant ces jours heureux où un chat sera de nouveau un chat et un malotrus rien de plus qu'un grossier personnage usant du jargon pour ne pas se faire comprendre de tous, je suis un peu soulagé d'avoir exprimé ici ma colère devant tant d'hypocrisie.



Malembouchement leur.

 

3singes

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