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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les pieds dans le plat

Un ange passe …


 

Il m'est arrivé un phénomène qui n'a rien de particulier, qui ne devrait être ni remarquable ni inquiétant et qui pourtant vient une fois encore titiller mes sens en éveil sur les grandes tendances de notre société. Je sais que je suis un bien curieux personnage, prompt à m'enflammer pour ce qui ne provoque pas même le plus petit émoi chez l'homo-sapiens ordinaire, mais je ne peux taire ce qui m'est advenu par une belle soirée gastronomique.

La table est le lieu de la convivialité, des réunions entre semblables ou pas trop différents, des gens qui se pensent mutuellement de bonne compagnie. Ne soyez pas offusqués par le propos, nul ne songe à inviter chez lui un quidam qu'il range dans la catégorie des cuistres, des imbéciles ou des malappris à moins d'en faire une source de plaisanterie, ce qui avouons-le, serait du plus mauvais goût.

Non, c'est ainsi que nous tous, qui que nous soyons, nous nous efforçons modestement de respecter l'adage : « Qui se ressemble s'assemble » pour éviter les mauvaises surprises, les conversations qui dérapent, les conflits qui tournent vinaigre bien avant la salade. Nous n'aimons rien moins que la querelle lorsqu'elle peut être évitée dans le cocon douillet de son domicile.

Je ne déroge pas à cette pratique élémentaire qui assure la paix sociale, évite le renouvellement trop fréquent de la vaisselle au grand dam des publicitaires qui rêvent de nous voir changer nos services au gré des modes si fugaces. Nous sommes tous de bons conservateurs même lorsque nous nous targuons d'être d'un courant opposé.

Mais les temps changent et c'est là que vient à propos, ce billet de mauvaise humeur et de bris de verres. Dans une société forcément distinguée relativement homogène, en âge et en parcours complètement repérable dans les catégories socio-culturelles, un aréopage de gens de bonnes familles, réuni autour d'un repas d'exception, vint à tenir des discours politiques.

Je sais que l'aventure est périlleuse, que le désaccord pointe son nez, que les surprises sont parfois grandes et la fâcherie proche d'un bonnet qui est, plus chaud sur ce sujet. Mais de là à imaginer qu'un distingué convive, homme cultivé et de bon commerce put soudain en venir à l'irréparable, il y avait un pas que la qualité des plats proposés jusqu'alors, ne laissait absolument pas présager.

On ne peut mettre le dérapage sur les excès de boissons. Dans ce monde ci, monsieur, on se tient bien à table et encore mieux arrimé à l'ancre de la convenance. Il faut garder tête froide et posture respectable. Des années de pratique et une conviction chevillée au corps nous ont permis de ne jamais céder aux débordements navrants.

Mais point de tout ça, l'homme qui sortit du rang de la respectabilité habituelle, était bon père, bon époux, travailleur infatigable, sportif qui se conserve malgré le poids des ans, membres émérite et actif d'associations. Il avait tout pour répondre aux normes en vigueur dans les critères d'honorabilité et son véhicule attestait d'une position dominante.

C'est d'ailleurs le détail, à bien y réfléchir qui éclairera fort à propos l'aveu qu'il fit à la noble assemblée. Le marchepied et toutes les roues motrices à la fois autorisent sans doute plus facilement ce dérapage, qu'il n'aurait jamais commis en d'autres temps. Mais ce qu'il avait à nous dire se banalise, nulle honte, nulle gêne maintenant dans la confession publique.

Porté par un courant de plus en plus menaçant, certain du nombre, persuadé d'un avenir radieux, l'homme pouvait sans rougir de confusion déclarer ce qui hier encore se gardait au fond d'un cœur rempli de haine, de rancœur ou de rage. « Oui monsieur je suis raciste. Oui monsieur, je vote pour Marine et j'espère qu'elle va prendre le pouvoir ! » Plus rien ne pouvait passer ensuite, j'en avais fini de ce bon repas …


Démoniaquement sien.

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