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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Maraude à Montauban par un ancien de l'USM

Une nuit en Maraude.

À votre service nocturne.


Après une vie au service de ses concitoyens, le policier retraité conserve au fond de lui ce désir de servir et ajoute peut-être le plaisir de rendre service quand on lui a collé trop souvent l'étiquette du grand méchant loup. Paradoxalement, il s'encanaille en donnant à son activité un vocable de malandrin et part vers dix-huit heures en sa Maraude magnifique.


Sous la houlette de la Croix-Rouge, quatre individus, tous bénévoles se lancent à la recherche des Sans Domicile Fixe, dans un fourgon prêté par la municipalité. Ils disposent de nourriture : boissons soupe,et plats chauds, de couvertures,  vêtements d'hiver et des chaussures.


Ils ne vont pas au hasard, les SDF sont pour la plupart connus, fréquentent souvent les mêmes endroits et quand le froid est aussi piquant qu'en ce moment, ils se réfugient dans un local chauffé telle la gare. Ils ont au fil du temps créé un lien de confiance avec ces malheureux que la vie a jetés sur le bord du chemin.


Le contact s'établit facilement. Le circuit du fourgon des bons Samaritains est connu, aux points de ralliement, les habitués attendent réconfort et confort. Si la nourriture est espérée, c'est surtout ce moment rare de dialogue qui réchauffe les cœurs meurtris. Pendant une petite demi-heure, les locataires de nos rues retrouvent leur dignité d'homme.


Même s'il n'est pas rare que les pauvres bougres soient sous l'emprise d'une ivresse anesthésiante, les bénévoles les rassurent, leur apportent de la considération et s'enquièrent simplement de ce qu'ils ont pu faire dans la journée. Le pain, fourni gracieusement par des boulangers de la ville, permet de rompre le silence de toute une journée.


Des places sont proposées dans différents foyers. Il existe un foyer par catégorie : homme seul , femme seule, couple. La grande difficulté réside dans l'éventuelle présence d'un animal. Celui-ci est interdit dans les foyers et nos « traîneux » ne veulent jamais se séparer de celui qui partage leur sort.


Comme il gèle à pierre fendre, il n'a pas été très difficile de les convaincre d'aller à l'abri pour la nuit. Ils y sont conduits par l'équipe de Maraude. Puis quand la conduite en foyer est effectuée, les bénévoles de la nuit poursuivent leur tournée à la recherche d'éventuels isolés. Souvent, des indications leur sont fournies grâce aux appels de braves gens au 115.


Puis, il faut aussi se préoccuper des solitaires, des plus hostiles aux solutions collectives. Ils vivent généralement à l'écart, dans des endroits isolés et peu accessibles. Ils sont sous des tentes, des ponts, des abris précaires. D'autres sont dans des voitures qui deviennent leur ultime toit.


La Maraude repère ces survivants du froid : un peu de buée sur les vitres, un amas de cartons, des bouteilles vides et des sacs plastique, tous ces petits indices qui décèlent la misère humaine. Mon jeune retraité reconnaît que des moins scrupuleux profitent de leur générosité pour venir quémander de la nourriture avant de retourner dans leurs appartements. Ils sont les nouveaux bataillons de la pauvreté urbaine et l'équipe ferme les yeux devant ces solliciteurs d'un nouveau genre.


C'est aussi l'occasion de croiser une multitude cosmopolite, des gens sans papiers qui viennent de passer la frontière espagnole assez proche et espèrent trouver un emploi agricole non déclaré. L'équipe de Maraude fournit assistance aussi à ceux-là.


Les bénévoles sont majoritairement des retraités qui peuvent consacrer une bonne partie de leur nuit à ce geste de solidarité de novembre à fin mars. Il y a aussi des jeunes, des gens de toutes origines et de toutes religions. Sur Montauban, ce bataillon de la nuit est composé de plus de cinquante personnes qui consacrent toutes une nuit par semaine.



Maraudeurement vôtre.

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