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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La Marche Nocturne

Le repas qui marche !


La marche nocturne de Lescures-Jaoul

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Il y a beaucoup de monde sur la place du petit village perché au dessus de la si belle et si sauvage vallée du Vior. C'est la sixième édition de la marche nocturne du comité des fêtes et de la ripaille locale. Nous sommes plus de 1 350 à battre le pavé d'une semelle ferme pour aller casser la croûte en chemin marchant !


Sur un pré tout vert, de hautes herbes qu'on aurait pu faucher se disputent l'espace à la multitude automobile qui est parquée ici pour l'occasion. Le cousin Daniel se plaint d'une telle négligence lui qui peine à trouver pitance à ses bêtes en ces temps forts secs.


Les cloches de l'église sonnent à la volée, il est 19 heures 30 et nous allons partir sur un itinéraire qui nous mènera de plat en plat à la plus totale satisfaction gourmande. Les pèlerins du bon pain se dispersent sur la sente, certains sont déjà partis depuis près d'une heure.


Étrange progression de marcheurs aguerris, de familles en sortie, d'amateurs incertains et d'improbables touristes. Il y a ce monsieur, la glacière à l'épaule et le mocassin aux pieds. Il y a une dame de bien fort tonnage qui traîne ses pauvres jambes prolongées de claquettes. Il y a les rois des bâtons de marche, souvenirs certains des sorties de ski.


Et tout ce joli monde vous fait d'honnêtes marcheurs qui suivent le jeu de piste pour quérir l'apéritif à la première pause. Nous y sommes reçus par une belle brochette de bénévoles déguisés en basques : béret sur la tête, chemise blanche et petit foulard rouge pour ne pas les perdre quand la nuit sera venue.


L'eau, le jus d'orange ou le sirop sont préférés au vin blanc en carafe et au rosé limonade citron qui n'a pas même aiguisé ma curiosité. Les marcheurs savent que la nuit sera longue et qu'il vaut mieux la tempérance à l'imprudence.


Chacun se met en route quand il a bu son saoul, le chemin de terre soulève la poussière sous les pas répétés de ces milliers de semelles. Le marcheur solitaire que je fus ne supporte pas la presse et cherche à s'évader de ce serpent informe qui avance à bien petits pas. Je double les groupes bavards pour me dégager la route et trouver espace libre devant moi.


Au bout d'un petit chemin pierreux, un vieil homme voûté attend le chaland. Je m'arrête à sa hauteur et entame conversation. Un nouveau portrait vous sera proposé et une longue halte en sa demeure me renvoie bien plus tard au bout de la file.


Je sors de chez Hubert et dois presser le pas pour retrouver les miens et le poste charcuterie qui en ce pays ne peut être évité. Je double les derniers qui arriveront sans doute au bout de la nuit et finis par retrouver ceux avec qui je suis venu, plantés dans une longue file d'attente charcutière.


L'estomac bien calé nous reprenons le chemin. La pente se fait rude, le sentier incertain, la nuit est tombée et les lucioles éclairent cailloux et racines avec leurs petites lumières. Nous descendons au plus profond d'une vallée pour remonter ensuite de l'autre côté du monde.


C'est là que nous attendent musiciens et cuisiniers pour le clou de la marche, la potée auvergnate. Les artistes assassinent une fois de plus un vieux lion qui se meurent sur une marche funèbre. La potée achève ceux qui s'épuisent à poursuivre la route au milieu de leurs doutes.


Le ventre plombé, nous reprenons le périple. La lune rousse au loin indique le chemin. Il est minuit quand nous achevons la boucle pour avoir, récompense sublime, un joli cornet de glace et un bon café pour récompenser ceux qui sont arrivés.


Le bal musette attire les marcheurs mais danser la valse ou la bourrée avec godillots et mollets lourds n'est pas chose facile....


Nuitamment vôtre.


Demain, je rentre en Cenabum. Le retour à la vie réelle ne se fera pas sans heurts. Hier encore j'ai marché seul sur les chemins escarpés au dessus du Tarn, sous la pluie pour faire bonne mesure.

Il me reste quelques récits que vous découvrirez maintenant à un rythme journalier, ce qui est beaucoup plus raisonnable.

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