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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Monsieur Roger de la Blancherie

 

Une maison de Loire.


 


 


Roger est de ces gens qui vous ouvrent leur porte aussi vite que leur cœur. Cet ancien éducateur spécialisé a la voix cassée des marlous et bourlingueurs. Il en a un peu la gueule, de celles qui font les acteurs d'un film de Mocky. Avec lui, pas de faux semblants, ni de courbettes inutiles. Le tutoiement est immédiat, la confiance sans réserve. C'est dans sa chère Blancherie qu'il me narra la Loire, sa maison, son histoire.


«  Il y a bien longtemps, ici, c'était la levées des Rauches. On s'interroge encore sur le sens de ce mot. Puis, entre 1811 et 1815, de pauvres bougres, prisonniers de guerre d'un tyran qui se fit appeler Napoléon, vinrent ici, suer sang et eau pour construire une magnifique muraille de pierres pour éviter les colères du fleuve. Ils mirent tant de cœur pour ce travail de forçats, que les gars d'ici, fort reconnaissants, baptisèrent la digue, 'Levée d'Espagne'. Ils eussent sans doute espéré plus belle gratitude mais ceci est une autre histoire.


C'est à l'ombre de cette levée qu'en 1840 quelques gabardiers trimardeurs, des gens de pas grand chose pour les uns, de francs gaillards pour les autres, de fieffés coquins, braillards et querelleurs à merci, se mirent d'accord pour bâtir ici un lieu pour recevoir dignement leurs frères de halage ou mariniers avalants. Ils le nommèrent Blancherie parce qu'ici, les commères battaient le linge plutôt que leurs marins d'eau douce, voyageurs à la jambe légère. 

 


 

La maison reçu la fine fleur de la corporation des marins de Loire. Il y avait à l'époque grand mouvement sur notre fille Liger. Le commerce se faisait par l'eau, des trains de bateaux, des sapines ou des fûtreaux, des toues ou des gabarres allaient de l'est à l'ouest ou inversement. Il y avait toujours grand monde et gros buveurs dans notre belle maison !

Plus tard, la vapeur et le canal ont eu raison des mauvais garçons. Petit à petit, la Loire s'est vidée de son commerce et notre Blancherie a été abandonnée faute de mariniers. Ce sont les cantonniers qui un temps y trouvèrent refuge, quand on entretenait régulièrement nos digues, turcies et levées. Puis, il n'y eut plus guère de monde pour s'occuper de la Loire, la maison fut louée jusqu'en 1968.

 

 


 

Les belles choses ayant toujours une triste fin, la Blancherie fut laissée aux ronces, aux oiseaux, aux outrages du temps et à l'abandon des hommes. C'est une ruine qui, un jour émut une bande d'écolos dont ton serviteur, des irréductibles, tous membres d'un groupuscule honorable : le MERLE, mouvement écologique de respect de la Loire et de son environnement.

 


 

Une première association vit le jour ; « Sauvons la Blancherie ». Elle ne fut pas assez structurée ni assez efficace pour batailler pied à pied avec l'administration et les difficultés de toutes natures qu'on met en travers des gens qui ont des idées simples. En plus, il nous fallait de l'argent pour rénover notre ruine. En 2003, nous changeâmes de braquet en devenant : « Les amis de la Blancherie ».

 


 

Cette fois, c'était sérieux et bien vite nous nous mîmes au travail avec une affiche, des actions, des financements. Nous avions un peu appris depuis nos luttes perdues d'avance contre ces maudites centrales qui enlaidissent le fleuve et pourrissent l'avenir. Nous n'étions plus les gentils rêveurs qui accompagnions la marche des paysans du Larzac. 

 


 

Nous voulions faire de cette maison un lieu de vie, d'accueil et d'échange autour de la Loire. Nous le ferons malgré quelques difficultés que nous fait parfois madame La Préfète qui refuse que le public vienne en ce lieu à cause des inondations qui, comme on doit l'apprendre à l'Éna, surviennent sans crier gare ! 

 


 

Ça n'empêche pas que mercredi 13 juillet au soir, nous recevrons ici deux cents personnes qui partageront des plateaux repas en attendant le feu d'artifice que la ville tirera exprès pour nous. Nous avons fait du bon travail et bientôt dans notre salle, nous recevrons des expositions et tu viendras nous lire des extraits de tes textes de Loire, pour une soirée bien arrosée. »


L'ami Roger me laissa sur cette belle promesse. Il s'en allait rendre visite à son vieux père de 90 ans qui est dans une maison de retraite. Il ne manque de partager un peu de son temps avec lui, deux fois par jour. À moins qu'il ne fût, comme l'autre jour, dans la joyeuse bande des manifestants de « Sortir du Nucléaire ». On ne change pas d'idée même quand on a eu tord d'avoir raison bien avant les autres …


Amidelablancheriement vôtre

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