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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Nos tridactylations du bout du monde.


Le livre ouvert sur son pays.

 

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    En marchant le long des landes et des falaises en pays de l'ajonc et de la graminée folle, nous avons croisé un livre ouvert sur la mer et sur la terre, sur les animaux et les plantes, sur les hommes et leurs folies. L'homme à l'immense connaissance nous a offert une toute petite partie de sa science énamourée pour son pays que je vous restitue d'une bien étrange manière ...

    Les mouettes sont ses déesses, il en est le conteur merveilleux, le tuteur bienveillant, le chantre intarissable. Rien de ce fier voilier ne lui échappe et s'asseoir en sa compagnie au pied d'une falaise vous conduit en son pays des merveilles.
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    La mouette tridactyle ne vient sur nos côtes que pour reproduire le geste qui lui valut de sortir vainqueur de l'immense loterie de la naissance et de l'heureuse destinée. Si l'assassin hante  les lieux du crime, la mouette revient sur sa falaise native et le fera chaque année si elle trouve nid et compagnon à son goût. Dans le cas contraire, elle ira tenter l'aventure dans une autre colonie et rompra ainsi ses vœux philo patriques.

    La mouette est fidèle à son compagnon si celui-ci lui a démontré sa capacité à assumer sa descendance. Elle recherche cette stabilité qui lui permettra, de longues années durant de mettre au monde un ou des petits qu'il faudra couver de l'aile et du regard quarante et un jours durant.

    La chose n'est pas aisée, le hasard se mêle de noircir le tableau avec d'affreux prédateurs. Le grand corbeau se régale des œufs, le Goéland des oisillons et le faucon pèlerin de tout ce qui tombe sous son bec. Le nid est instable, la mer gronde à deux pas, « l'anidsage » n'est jamais simple et l'envol guère plus facile.

    Pour sortir victorieux de ces chausse-trappes, le couple doit avoir bien de la chance et beaucoup de courage pour nourrir des petits qui ne pensent qu'à se remplir le ventre sans la plus petite reconnaissance. Pour eux, il faut aller jusqu'à 100 km au large pour chercher le poisson convoité. À 50 Km/h le temps est long pour assurer l'essentiel.

    Quand l'un arrive, l'autre repart pour ce balai incessant du gavage de la marmaille. Et si encore, la progéniture montrait des signes de reconnaissance. Si chacun s'identifie par des signaux sonores, la dimension affective n'est pas au programme de nos drôles d'oiseaux.

    Les poussins quémandent, les parents se lassent et espèrent que leur descendance accédera bien vite à l'autonomie. Il faut laver le plumage pour réussir le vol inaugural et prendre l'habitude de maintenir en état le délicat fuselage. Une mouette qui se respecte consacre un tiers de sa journée à sa toilette, passant chaque plume à la graisse et au lubrifiant d'un bec méticuleux.

    Quand les oisillons volent de leurs propres ailes, les parents quittent la falaise maternité pour s'en retourner en Irlande voir si leur vallée est toujours aussi verte. Les enfants se préparent au grand voyage et découvrent l'autonomie en une quinzaine de jours avant que de partir visiter leur oncle d'Amérique.

    Ceux qui reviendront de ce long voyage et passeront avec succès les contrôles douaniers de plus en plus rigoureux dans notre pays de France, viendront trois années plus tard tenter à leur tour de trouver mouette à leur convenance pour fonder une nouvelle dynastie.

    La mouette tridactyle est un oiseau voyageur, elle ne reste sur les falaises de France que le printemps et une partie de l'été. Voyageuse et immigrée, la mouette est au cœur de notre triste actualité. Certains drôles d'oiseaux affirment sans rire, qu'elle vient profiter du système de santé français sans honte ni respect. Surtout n'en croyez rien, il en est de la mouette comme de tous les oiseaux du monde, le ciel est leur unique patrie.

    Naturalistement vôtre

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