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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Petit singe affligeant !

Les rêves de gloire …


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    Il y a parfois des incongruités dont il faudrait se passer. En un salon des écrits de jeunesse, les organisateurs croyant bien faire ont donné carte blanche et vierge à un abominable petit bonhomme, bête de foire et de cirque, qui rendit bien mauvais service à la cause du livre …

    Porteur d'un prénom d'arbre sylvestre à consonance anglo-saxonne, le gentil singe qui se veut savant a, c'est navrant, conçu un livre sans vraiment savoir écrire. Le diable s'en vante avec jubilation et déclare ne pas se soucier de lire ! La portée de tels propos quand on cherche à faire œuvre de pédagogie désarme l'enseignant et ulcère l'amoureux des mots.

    C'est donc sous la dictée tyrannique de ce moulin à paroles sans fond que madame mère coucha  sur le papier les délires imaginatifs d'un fiston qui se sait unique. La pauvre femme devait, par ce sacrifice de son temps, suppléer à la dysorthographie de son génie du verbe. La logorrhée n'est pas garante de pertinence mais qu'importe, le jeune garçon est destiné à une grande carrière médiatique, tout ce qui lui attirera les lumières de ce monde est bon à prendre pour des parents vampirisés par ce redoutable Pygmalion …

    De la prose ainsi accouchée, nous ne retiendrons que la trame sinistre d'une autobiographie travestie. Étrange inspiration pour celui qui se vante d'une imagination exceptionnelle et n'ayons jamais peur des superlatifs, éternellement intarissable (sic). Il y est question d'une abominable institutrice, Madame S, que l'épicéa de la littérature jeunesse voulait absolument éviter. Trucs et astuces, une petite dose de pédophilie pour assurer les tirages, des aventures enfantines et des règlements de compte malsains pour échapper à cette classe !

    Notre 'dicteur' affirma avec délectation que la parution de ce brûlot poussa la pauvre femme à prendre sa retraite. L'abjection n'a d'égale que la suffisance de cette tête à claques. Madame mère se tient au chevet de son fils, effacée, recroquevillée à l'angle de son fils qui est son soleil. Lui seul suffit à son bonheur, elle s'efface totalement dans la contemplation bâillonnée de cet astre. Elle porte une ample jupe, toute de terne vêtue, elle se cache à elle même pour n'appartenir qu'à cet enfant admirable !

    Au milieu de la pièce, c'est monsieur Père qui fait du vent. Grand commis voyageur de son prodige, il fait de la retape, alpague le chaland avec grand bruit et petites idées. Il consacre toute son énergie  à inscrire le fruit de sa semence tout en haut de l'affiche. Hâbleur, exubérant, il est le lointain du Giton de La Bruyère. Il parle aussi fort qu'il tient de la place …

    La carrière du fiston est sur de bons rails. Vedette enfantine d'un film à succès, auteur publié il a manifestement un plan média comme les plus grands. Nous sommes quelques-uns dans l'assistance à fulminer de tant de pitreries pathétiques. Le pitoyable trio se fait plaisir pour notre plus profond déplaisir !

    La vedette tient le micro à l'instar de celles qu'il rêve d'imiter. Propos lénifiants et grimaces désolantes, il tire toute la couverture à lui et écrase de sa vacuité la pauvre L … l'autre invitée et seule véritable écrivain en herbe de la table. L'affreux affirme sans honte qu'il ne lira pas le roman naturaliste de sa voisine car il est trop gros et que de surcroît il ne lit jamais !

    Tout est dit, il continuera à ne parler que de lui, la seule chose qui le préoccupe. Il sera certainement un beau singe grimaçant, fera beaucoup d'argent tant que le filon ne sera pas épuisé. Un jour, il grandira et ne pourra plus faire illusion. C'est alors que ses pauvres parents se mordront les doigts d'avoir instillé les germes de sa déchéance à venir.

    Souhaitons-lui de ne point tomber et de réussir dans le cinéma. Mais par pitié, qu'il abandonne ses envies de livre, Gutenberg ne mérite pas ça !

    Désolement vôtre

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