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Chroniques au Val

Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Plonger dans l'inconnu


La mer pour piscine !

 

 

 

 

 

 

Six heures, un samedi matin, devant un collège sous la pluie. Des parents, des grands enfants, des adultes ; sont rassemblés là pour le départ d'un long week-end maritime. Après trois mois d'initiation puis d'entraînement en piscine, les élèves plongeurs font faire un petit saut vers la grande bleue. Pour que l'aventure ait lieu, il a fallu le concours bénévole d'un club d'entreprise : Le parfum de la mer de Christian Dior. Il a donné corps à un rêve inaccessible pour ces adolescents de 15 ans, pas toujours en réussite à l’école.

 

 

De Fleury les Aubrais à Cherbourg, il y a un long voyage de bus. Il faut remplir les soutes de tout le matériel nécessaire pour affronter une eau pas très chaude dans la Manche. Les douze aventuriers aux palmes peu académiques sont encadrés par une cohorte d'adultes. Ils sont presque autant : leur professeur qui se jettera lui aussi à l'eau, sept plongeurs pour sécuriser ce saut dans l'inconnu, deux directeurs pour faire bonne mesure.

 

 

 

Dans le car, il est évident que l'expédition est exceptionnelle. Des signes ne trompent pas. On se photographie, on pause pour une postérité illusoire. Il y a l'énervement des grandes occasions, des faits rares dans des vies plus habituées à la triste rengaine d'un quotidien souvent étriqué. Aujourd'hui et demain, c'est une parenthèse dans l'inhabituel !


 

 

Le voyage est long : presque sept heures de car, arrêts obligatoires et pique-nique inclus. La pause sur une aire d'autoroute confirme le peu d' habitude de notre public. Beaucoup de choses qui nous sont si indifférentes leur sont sujets d'étonnement. Nous nous rendons compte une fois encore que l'école devrait ouvrir ces enfants au monde et qu'elle ne le fait plus parce que la politique actuelle a décidé l’asphyxie de cette noble institution.

 

 

 

Mais point de récriminations mal à propos, ce sont les yeux écarquillés de nos jeunes qui comptent aujourd’hui. Ils le seront tout le périple. Point ici d'adolescents blasés ou revenus de tout. Eux ne sont partis nulle part ! Pourtant l’école ne leur offre habituellement jamais cette chance. Alors , quand nous découvrons la cité de la mer de Cherbourg, ils sont redevenus enfants émerveillés, curieux et heureux de tout !

 

 

 

La visite ne sera qu'exclamations, surprises, cris de joie et de frayeur durant une animation spectaculaire certes mais un peu convenue. Eux, ils marchent à tout, ils ont besoin de toucher, d'admirer, de se laisser prendre par la main. Le temps file, nous sommes partis depuis dix heures et jamais nous n'avons élevé la voix. Quel bonheur !

 

 

 

Nous reprenons le bus pour enfin découvrir notre lieu d'hébergement. Face à l'Océan, entre prairies et rochers, un coin idéal si ce n’est la scène d'un petit festival qui n'était pas prévu au programme.. Ils mangent, fêtent joyeusement l'anniversaire de la pierre angulaire de cette aventure, le trésorier de l'association de nos plongeurs. Celui-ci leur a offert a chacun, un cadeau , souvenir de la visite de l'après-midi. Incroyable, nos 12 garçons et filles viennent faire la bise à nos sept plongeurs aux yeux déjà humides.


 

 

Je vais négocier avec l'organisateur du festival. Il est illusoire d'escompter dormir avant la fin des spectacles et nous avons déjà dépassé notre budget. Celui-ci comprend et offre l'entrée gratuite à notre troupe. Nous nous mettons d'accord sur un retour raisonnable, demain, il faudrait être en forme. Le contrat sera rempli, pour l'instant nous marchons sur les eaux !

 

 

 

La musique empêche quelques adultes de dormir, les jeunes sombrent quant à eux dans le sommeil de ceux que rien ne peut perturber. Ils savent pourquoi ils sont venus, rien ne peut les détourner de ce rêve éveillé.


 

 

C'est le matin du grand jour : le baptême de plongée en mer. Le petit déjeuner est pris dans le calme, la sérénité est de mise depuis le départ. C'est maintenant le moment le plus délicat : l'habillage. Qui n'a jamais essayé d'enfiler une combinaison de plongée n'a jamais connu la terrible sensation d'être un bibendum comprimé et malhabile, un pachyderme engoncé. Masques, chaussons, palmes, combinaison et tout le matériel nécessaire pour respirer sous l’eau, c’est impressionnant !

 

 

 

Il faut aussi charger le matériel. C'est une véritable armée en campagne. La logistique prend une place considérable. Un tracteur et sa remorque sont nécessaires à l'acheminement de l'attirail sur le lieu des ablutions. Car, c'est le premier petit bémol, la météo est chagrine, le vent de mer provoque le clapot, il n'est pas possible d'embarquer. Le départ se fera de la plage, le long de la longue jetée …

 

 

 

La houle remue les cœurs. Nos plongeurs des mers du sud sont sur les charbons ardents. Ils n'ont pas l'habitude de partir face à la vague. La nuit écourtée, l'angoisse de cette belle responsabilité, la concrétisation d'un projet auquel ils ont consacré tant d'énergie chavirent quelques solides gaillards. Cul par dessus tête, contact violent avec la jetée et fuites d'oxygène nous en mettent trois sur le flanc …

 

 

 

 

 

Il y a du flottement dans l'air ce qui n'est jamais favorable quand on souhaite plonger dans les profondeurs ! Heureusement, le club local qui nous accueille prend les choses en palme. Les jeunes n'ont rien remarqué. Mais il s’en ait fallu de peu que l'expédition tourne court. Je bénis Neptune que le creux de la vague ait été franchi sans encombre.

 

 

 

Comme il y a moins d'encadrants dans l'eau, chaque sortie sera plus courte. Mais le clapot, le sable, les vagues, la marche du crabe empatté sont autant de difficultés qu'il faut surmonter et qui donnent à la petite expérience une allure de triomphe sur soi-même. Ça tangue pas mal et les quelques minutes passées sous l'eau seront une éternité de bonheur, un moment impérissable.


 

 

Trop vite, il faut quitter l'habit de caoutchouc. L'effeuillage est plus mal commode que l'enfilage. La gance est mouillée, les jeunes finissent par avoir froid. La Manche n'est pas une piscine. Il faut se déshabiller dans la dignité et sous la douche pour rincer le costume de scène. Il faut ranger la matériel et maintenant c'est un peu moins facile, les enthousiasmes ont été un peu douchés, la fête est trop vite finie.

 

 

 

Tout s’achève dans la bonne humeur retrouvée. La contrariété ne semble pas avoir affecté nos plongeurs d'eau calme, douce ou tropicale ! Je me moque gentiment d'eux, ils n'ont pas souvent de telles conditions et force est de reconnaître que la tâche n'était pas simple. Le dernier repas efface tout risque de nuage, on rit, on s'amuse, on se prépare au long voyage retour.

 

 

 

Avant de remonter dans notre car, chacun se verra remettre un diplôme attestant de l'exploit : avoir vaincu son appréhension, être rentré dans des règles rigoureuses, avoir appris des gestes et des codes, s'être engagé tout un week-end pour affronter la vague traîtresse. Ils sont nombreux dés demain a partir en stage en entreprise. Dans trois mois, c'est l'entrée dans la vie active par l'apprentissage pour ceux qui auront le bonheur de décrocher un contrat. Quelques-uns trouveront place dans un lycée professionnel. Tous, et c’est là l’essentiel, seront maintenant plus fort de cette expérience de vie !

 

 

 

Ils dorment du sommeil du juste dans ce car du retour. Nos plongeurs récupèrent eux aussi de leurs émotions et trouvent le réconfort dans quelques gourmandises dont ils sont si friands. J’écris ces quelques lignes pour laisser une trace sur le sable. La marée effacera mes mots, les souvenirs resteront à jamais gravés dans la gibecière de leur mémoire, bientôt ils seront nimbés des douces effuvles de la nostalgie ; c’est sans doute cela le parfum des mers !


 

Palmipèdement leur.


 

 

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